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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2303227

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2303227

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2303227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGOMMEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 et 19 avril 2023, M. D B, représenté par Me Gommeaux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

2°) d'annuler les décisions du 23 mars 2023 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de réfugié ou de bénéficiaire de la protection subsidiaire, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé l'Angola comme pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de délivrer au requérant un titre portant la mention " étudiant " dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été édictée par une autorité qui n'était pas matériellement habilitée pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle souffre d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été édictée par une autorité qui n'était pas matériellement habilitée pour ce faire ;

- elle souffre d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est empreinte d'un vice de procédure, le préfet ayant méconnu les dispositions de l'article R. 532-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été édictée par une autorité qui n'était pas matériellement habilitée pour ce faire ;

- elle souffre d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le préfet n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné

- et les observations de Me Lescène, substituant Me Gommeaux, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses précédents écrits en ajoutant que M. B aurait dû se voir reconnaître la qualité de réfugié ou bénéficier de la protection subsidiaire, en l'absence de décision définitive de la Cour nationale du droit d'asile et que les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant angolais né le 7 mai 1996, déclare être entré irrégulièrement en France le 20 mai 2019. Le 2 juillet 2020, il a sollicité auprès des services de la préfecture du Pas-de-Calais la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'asile. Sa demande a toutefois été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 9 février 2022 et cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 décembre 2022. Par suite, M. B a fait l'objet, le 23 mars 2023, d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter, dans un délai de 30 jours, le territoire français à destination de l'Angola. Et par la présente requête, M. B demande au Tribunal l'annulation de ces dernières décisions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté n° 2022-10-139 du 26 décembre 2022, publié 27 décembre 2022 au recueil spécial n° 173 des actes administratifs des services de l'État dans le Pas-de-Calais, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. C A, chef du bureau du contentieux du droit des étrangers, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, le préfet du Pas-de-Calais énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.

5. En troisième lieu, l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dispose que : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". L'article L. 424-4 du même code dispose que : " Le délai pour la délivrance de la carte de résident prévue à l'article L. 424-1 après la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile est fixé par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article L. 424-9 du même code : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans ". L'article L. 424-12 du même code dispose que : " Le délai pour la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle prévue à l'article L. 424-9 à compter de la décision accordant le bénéfice de la protection subsidiaire par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile est fixé par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 532-57 du même code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé Telemofpra produit par le préfet du Pas-de-Calais, que le recours de M. B, dirigé contre le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 31 janvier 2022, a été rejeté par la Cour nationale le 30 décembre 2022 et que cette décision lui a été notifiée le 17 janvier 2023. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en ne lui délivrant une carte de résident en qualité de réfugié ou une carte pluriannuelle en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire, le préfet aurait méconnu les dispositions des articles L. 424-1, L. 424-9 et R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, la qualité de réfugié étant reconnue ou le bénéfice de la protection subsidiaire allouée par des décisions de l'Office français des réfugiés ou des apatrides (OFPRA) ou par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), saisie sur recours, le préfet du

Pas-de-Calais se trouvait, eu égard au refus de l'OFPRA et au rejet de son recours par la CNDA, en situation de compétence liée pour refuser à M. B le titre de séjour qu'il avait sollicité en qualité de réfugié ou de bénéficiaire de la protection subsidiaire. Ainsi, les moyens tirés de ce que le préfet du Pas-de-Calais ne se serait pas livré à un examen sérieux et circonstancié de sa situation, eu égard aux éléments propres à sa situation administrative au regard de son droit au séjour ou à sa vie privée et familiale sur le territoire français, ou aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation, sont inopérants.

8. En dernier lieu, M. B ne saurait utilement se prévaloir, à l'encontre d'une décision lui refusant l'octroi d'un titre de séjour en qualité de réfugié ou de bénéficiaire de la protection subsidiaire, ni de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la décision n'ayant pas pour effet de le renvoyer en Angola, ni de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la même convention ou des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la qualité de réfugié ne pouvant être reconnue ou le bénéfice de la protection subsidiaire octroyée pour des motifs inhérents à la vie privée et familiale d'un demandeur d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B, à fin d'annulation du refus de séjour adopté à son encontre, ne peuvent pas être accueillies.

Sur la légalité des autres décisions attaquées :

10. D'une part, M. B déclare être entré irrégulièrement en France en mai 2019, à l'âge de 23 ans. Il y réside depuis 3 ans et demi, à la date de la décision attaquée et peut donc se prévaloir, en sa qualité de jeune adulte, d'une durée significative de séjour, corroborée par ses inscriptions scolaires à compter de janvier 2020. Or il ne ressort pas des termes de l'arrêté querellé que le préfet du Pas-de-Calais, qui s'est borné à relever que le requérant déclarait sans l'établir être entré en France le 20 mai 2019, ait tenu compte de la durée significative du séjour de M. B, lequel s'est déroulé sous couvert d'autorisations provisoires de séjour valables du 2 juillet 2020 au 23 mars 2023. Il ressort, par ailleurs des pièces du dossier, que, contrairement à ce qu'affirme le préfet du Pas-de-Calais dans l'arrêté querellé, M. B a déposé avec succès une demande de titre de séjour auprès de la préfecture du Pas-de-Calais le 22 mars 2023. En outre, le préfet du Pas-de-Calais, qui ne fournit aucun élément de nature à établir qu'il n'aurait pas été informé de ces éléments, ne mentionne ni la naissance des deux enfants de

M. et Mme B, respectivement les 4 janvier 2020 et 4 mars 2023, ni, au titre des éléments propres à la vie privée du requérant, le fait que l'intéressé poursuive, depuis l'année scolaire 2021/2022 des études en comptabilité, ni les soutiens dont il bénéficie à ce titre de la part des équipes de direction de l'université du Littoral-Côte d'Opale ou de l'institut universitaire technologique de Lens, ni d'ailleurs, de la promesse de stage puis du contrat d'alternance dont il dispose comme assistant comptable au sein de la société Yz TeK. Au vu de ces éléments, les services de la préfecture du Pas-de-Calais s'étant livré à un examen superficiel tant de la situation administrative de M. B quant à son droit au séjour que des éléments propres à sa vie privée et familiale, ce dernier est fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais ne s'est pas livré à un examen sérieux et circonstancié de sa situation.

11. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais aurait obligé M. B à quitter le territoire français s'il avait tenu compte de la demande de titre de séjour en instance de l'intéressé ou s'était livré à un sérieux et circonstancié de sa vie privée et familiale. Ainsi, le défaut d'examen sérieux et circonstancié du dossier de M. B a exercé une influence sur le sens de la décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français.

12. Il y a donc lieu, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, d'accueillir les conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, et, par voie de conséquence, d'annuler la décision par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a fixé l'Angola comme pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement implique seulement que le préfet du Pas-de-Calais procède, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à un nouvel examen de la situation de M. B et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à Me Gommeaux, avocate de M. B, sous réserve que cette dernière renonce au bénéfice de la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : Les décisions du 23 mars 2023, par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a obligé M. B à quitter le territoire français et a fixé l'Angola comme pays de destination, sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Pas-de-Calais de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à un nouvel examen de la situation de M. B et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'État versera à Me Gommeaux une somme de 1 000 (mille) euros, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Gommeaux renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Gommeaux et au préfet du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le magistrat désigné,

signé

X. LARUE

Le greffier,

signé

B. NIEUWJAER

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2303227

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