lundi 24 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2303230 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHRYVE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 avril et 6 juin 2023, M. C A, représenté par Me Schryve, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2023 du préfet du Nord en tant qu'il a refusé de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée familiale ", lui a fait obligation de quitter le territoire français et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français dans un délai de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :
- la décision attaquée a été prise en violation des dispositions des articles L. 433-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation eu égard aux dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que M. A n'a plus d'attache dans son pays d'origine ;
- la saisine des services de police dans le cadre de la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires a été faite en méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour ;
- il appartient au préfet de justifier de la compétence de la signataire de la décision contestée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, le préfet du Nord, conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de B.
Par un courrier du 14 juin 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les décisions octroyant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination sont susceptibles d'être annulées par voie de conséquence de l'autorité de chose jugée découlant de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgau, rapporteur ;
- et les observations de Me Schryve, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant ivoirien, né le 2 juillet 2001 à Adjame (Côte d'Ivoire), déclare être entré en France le 1er juin 2018. Le 28 juin 2018, il a été placé à l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur non accompagné sur le territoire français. Par la suite, le préfet du Nord lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité " d'étranger confié aux services de l'aide sociale à l'enfance " valable du 10 septembre 2019 au 9 septembre 2020, renouvelée jusqu'au 20 septembre 2021. Par une demande formée le 21 janvier 2022, M. A a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité " d'étranger confié aux services de l'aide sociale à l'enfance " mention salarié. Par un arrêté du 17 mars 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français dans un délai de deux ans. Par sa requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".
3. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. A, le préfet du Nord a estimé que sa présence sur le territoire français constituait une menace à l'ordre public au motif que l'intéressé était connu défavorablement des services de police, eu égard à des signalements au fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour " dégradation et détérioration volontaire du bien d'autrui causant un dommage léger et vol aggravé par deux circonstances en qualité d'auteur " commis le 30 janvier 2018, " menace de crime ou de délit contre les pers ou les biens à l'encontre d'une charge de mission de service public en qualité d'auteur " commis le 24 mars 2019 et pour " viol commis en réunion " commis le 26 juillet 2019. Toutefois, d'une part, s'agissant des faits de dégradation volontaire du bien d'autrui, de vol aggravé et de viol en réunion, les extraits de fichier TAJ sur lesquels s'est fondé le préfet, s'ils permettent de constater que le requérant a été entendu par des services d'enquête pour de tels faits, ne permettent pas, en revanche, d'établir que les infractions considérées auraient, à l'issue de l'enquête, été jugées suffisamment caractérisées pour donner lieu à des poursuites voire à des condamnations pénales, alors au surplus qu'il ressort desdits signalements que le requérant a fait l'objet, pour chacun de ces faits, de prélèvements ADN. De plus, le requérant soutient, en produisant l'extrait B3 de son casier judiciaire et sans être contredit sur ce point, n'avoir fait l'objet d'aucune poursuite ni condamnation pénale. Enfin, il ressort des pièces du dossier que les faits de dégradation volontaire du bien d'autrui et de vol aggravé ont fait l'objet d'un classement sans suite pour auteur inconnu et que les faits de viol en réunion ont fait l'objet d'une procédure de non-lieu, le parquet du tribunal judiciaire de Dunkerque précisant que la procédure, ouverte à l'encontre d'une autre personne, ne concernait pas nommément M. A, dont le nom avait été mentionné durant l'instruction sans qu'il ait pour autant été mis en cause dans le cadre de cette procédure. D'autre part, s'il est constant que le requérant a été condamné par le tribunal pour enfants de B à une admonestation le 10 mars 2020 pour les faits de menace à l'encontre d'une personne chargée d'une mission de service public, son titre de séjour a été renouvelé postérieurement, en septembre 2020, et ces seuls faits, ne suffisent pas à caractériser une menace pour l'ordre public au sens des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. Dès lors, le préfet, en fondant la décision contestée sur une admonestation par le juge des enfants prononcée en mars 2020 pour des faits de menace à l'encontre d'une personne chargée d'une mission de service public et, pour les autres faits reprochés au requérant, sur les seuls extraits du ficher TAJ, a commis une erreur d'appréciation.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
5. L'annulation de l'arrêté contesté implique seulement, eu égard aux motifs d'annulation retenus, que le préfet du Nord procède au réexamen de la demande de M. A. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer au requérant, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la même date, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à Me Schryve, avocat de M. A, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 17 mars 2023 du préfet du Nord est annulé en tant qu'il a refusé à M. A le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la même date.
Article 3 : L'Etat versera à Me Schryve, sous réserve pour cette dernière de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Schryve et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé
T. BOURGAULa présidente,
Signé
J. FÉMÉNIA
La greffière,
Signé
S. DEREUMAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026