jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2303337 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | NAVY |
Vu les procédures suivantes :
I) Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2303337 les 12 avril 2023 et
5 juillet 2023, M. A F, représenté par Me Navy, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 16 mars 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit tout retour en France pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité et, à défaut, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Navy, son avocat, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
5°) en cas de rejet de sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain et les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations et dispositions précitées ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211- 1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de disproportion eu égard aux conséquences que son exécution aurait sur sa situation personnelle, alors qu'il dispose de liens familiaux et personnels forts en France ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 421-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que, au regard des préconisations de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 du Parlement européen et du Conseil, l'autorité préfectorale se devait de lui octroyer un délai supérieur à trente jours ou, à tout le moins, d'examiner cette possibilité ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mai 2023.
II) Par une requête, enregistrée sous le n° 2309759 le 4 novembre 2023, Mme B D épouse F, représentée par Me Navy, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 9 juin 2023 par lequel le préfet du Nord lui a retiré son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit tout retour en France pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité et, à défaut, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Navy, son avocat, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Elle soutient que :
Sur la décision portant retrait de titre de séjour :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article
L. 211- 1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas tenu compte, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, des observations écrites formulées ; à ce titre, elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour opposée à son époux ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article
L. 211- 1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de disproportion eu égard aux conséquences que son exécution aurait sur sa situation personnelle, alors qu'elle dispose de liens familiaux et personnels forts en France ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que, au regard des préconisations de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 du Parlement européen et du Conseil, l'autorité préfectorale se devait de lui octroyer un délai supérieur à trente jours ou, à tout le moins, d'examiner cette possibilité.
Sur la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D épouse F ne sont pas fondés.
Mme D épouse F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 septembre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Célino, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant marocain et canadien né le 17 décembre 1972, est entré en France le 4 juin 2017 muni d'un visa de long séjour de type " D " portant la mention " salarié ", valable du 17 mai 2017 au 17 mai 2018. A l'expiration de son visa long séjour, il a été mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " valable du
26 mars 2018 au 25 mars 2022. Le 20 janvier 2022, il a sollicité un changement de statut et la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'alinéa 2 de l'article 3 de l'accord franco-marocain visé ci-dessus. Par un arrêté du 16 mars 2023, le préfet du Nord a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit tout retour en France pendant une durée d'un an. M. F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. Mme D épouse F, ressortissante marocaine et canadienne née le
3 août 1974, est entrée en France le 19 janvier 2020 munie d'un visa de long séjour de type " D " portant la mention " regroupement familial - carte de séjour à solliciter ", valable du
9 janvier 2020 au 8 avril 2020. Par la suite, elle a été mise en possession d'une carte de séjour temporaire valable du 12 mars 2020 au 11 mars 2021 puis d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 12 mars 2021 au 11 mars 2025 en qualité de conjointe au titre du regroupement familial. Par un arrêté du 9 juin 2023, en raison du refus de délivrance de titre de séjour opposé à son époux, le préfet du Nord lui a retiré son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit tout retour en France pendant une durée d'un an. Mme D épouse F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la jonction :
3. Les requêtes susvisées nos 2303337 et 2309759, qui concernent les membres d'une même famille, présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
4. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
5. M. F a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du
22 mai 2023. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus et retrait de titre de séjour :
6. En premier lieu, par un arrêté du 14 avril 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 92, le préfet du Nord a donné délégation à M. C G, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté en litige relatif à Mme D épouse F, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E, la décision attaquée. Par suite, le moyen, dirigé contre l'arrêté retirant le titre de Mme F, tiré de l'incompétence du signataire de la décision manque en fait et doit donc être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".
8. Les décisions attaquées énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent de manière suffisamment détaillée, conformément aux exigences prévues par les dispositions précitées. Les mentions qu'elles comportent sont ainsi de nature à mettre en mesure les requérants d'en discuter utilement les motifs et le juge d'exercer son contrôle sur cette décision.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales ".
10. Il est constant que Mme D épouse F a été invitée par le préfet du Nord à formuler ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la requérante a formulé, par le biais de son conseil, des observations écrites par un courrier du 30 mars 2023. Si le préfet du Nord indique à tort, dans la décision en litige, que Mme D épouse F n'a pas formulé d'observations, il ressort des pièces du dossier que ce courrier avait été reçu et pris en compte par l'administration, de sorte que cette circonstance est sans influence sur la légalité de la décision attaquée.
11. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. F avant d'adopter la décision attaquée.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du
9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () / Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Il résulte de ces stipulations que l'accord franco-marocain renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et sont nécessaires à sa mise en œuvre. Ainsi, l'accord franco-marocain prévoyant seulement la prise en compte des " moyens d'existence ", il doit être fait référence, pour apprécier les ressources du demandeur d'un titre de séjour valable dix ans, pour la période de trois ans précédant sa demande, aux dispositions du troisième alinéa de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes desquelles : " Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail () ".
13. Il résulte de ce qui a été énoncé au point précédent que l'autorité administrative doit apprécier les ressources du requérant sur la période de trois ans précédant sa demande. S'il ressort de la décision attaquée que le préfet du Nord a apprécié, à tort, les moyens d'existence de M. F à la date de la décision en litige, il a également indiqué que le requérant n'avait pas présenté d'autorisation de travail pour plusieurs postes occupés notamment préalablement au dépôt de sa demande de titre de séjour. Il résulte de l'instruction que le préfet du Nord, qui devait prendre en compte les conditions d'exercice de l'activité professionnelle du requérant, aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur ce motif légal. Par suite, M. F n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord a méconnu les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain et les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision par laquelle le préfet du Nord a retiré à Mme D épouse F son titre de séjour devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à son mari ne peut être qu'écarté.
15. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
16. Les requérants se prévalent de leur présence en France depuis le 4 juin 2017 s'agissant de M. F et le 19 janvier 2020 pour Mme D épouse F, de la maîtrise de la langue française par l'ensemble des membres de la famille et de la scolarisation de leurs deux filles mineures. Par ailleurs, M. F souligne son intégration professionnelle. Toutefois, sans méconnaître les efforts d'intégration professionnelle du requérant, il est constant qu'il ne travaillait pas à la date de la décision en litige. La requérante qui n'exerce aucune activité professionnelle, n'est présente sur le territoire français que depuis trois ans et demi à la date de la décision attaquée. En outre, les attestations évoquant l'accompagnement de Mme F lors des activités extra-scolaires de ses enfants ne permettent pas de démontrer l'existence de liens intenses et stables sur le territoire français. M. et Mme F n'allèguent pas être isolés au Maroc, pays où ils sont nés ou au Canada, pays dont ils ont la nationalité à l'instar de leurs enfants. Dans ces conditions, en prenant les décisions attaquées, le préfet du Nord n'a pas porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.
17. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ".
18. Les décisions en litige n'emportent pas séparation de M. et Mme F avec leurs enfants mineurs présents en France dont la vocation normale est de les suivre. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaît les stipulations précitées doit être écarté.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus de délivrance de titre de séjour et retrait de titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
20. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la décision en litige relative à Mme D épouse F doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement.
21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / () ".
22. Les décisions attaquées, qui doivent être motivées en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non en application des dispositions des articles L. 211-1 à L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, énoncent avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
23. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. F avant d'adopter la décision attaquée.
24. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Aux termes de l'article L. 421-4 de ce code : " Conformément à l'article L. 414-13, lorsque la demande de l'étranger concerne un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement, les cartes de séjour prévues aux articles L. 421-1 et L. 421-3 lui sont délivrées sans que lui soit opposable la situation de l'emploi. () ".
25. Indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement obliger un ressortissant étranger à quitter le territoire français que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
26. Si M. F se prévaut de son droit à se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ferait obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement à son encontre, l'intéressé n'établit pas pouvoir prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ou se trouver dans une des situations visées à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.
27. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 16 du présent jugement, les moyens tirés de ce que les décisions en litige seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation et de disproportion eu égard aux conséquences que leur exécution aurait sur les situations personnelles de M. et Mme F et méconnaîtraient les stipulations de
l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
28. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du
paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 18 du présent jugement.
29. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne les décisions octroyant un délai de départ volontaire :
30. En premier lieu, d'une part, en ce qui concerne M. F, par un arrêté du
13 septembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture n° 223, le préfet du Nord a donné délégation à M. C G, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision en litige manque en fait et doit donc être écarté. D'autre part, le moyen tiré de l'incompétence de la décision en litige relative à Mme D épouse F doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement.
31. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
32. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. F avant d'adopter la décision attaquée.
33. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que les décisions par lesquelles le préfet du Nord a fixé le délai de départ volontaire devraient être annulées par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut être qu'écarté.
34. En dernier lieu, aux termes de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. () 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée de séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".
35. Ces dispositions ont pour objet d'assurer la transposition en droit interne de la directive du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, dite directive " retour ". En conséquence, les requérants ne peuvent utilement invoquer directement la méconnaissance de l'article 7 de cette directive pour contester la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours, prise en application de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit donc être écarté.
36. Il en résulte que M. et Mme F ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions en litige fixant le délai de départ volontaire à trente jours.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :
37. En premier lieu, Mme D épouse F ne développe aucun moyen à l'encontre de la décision fixant le pays de destination. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées.
38. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 30 du présent jugement, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige relative à M. F doit être écarté.
39. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement applicable à M. F devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être qu'écarté.
40. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme F ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions en litige fixant le pays de destination des mesures d'éloignement.
En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :
41. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
42. M. et Mme F n'ont pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne représentent pas une menace à l'ordre public. Dans ces circonstances, et compte tenu de la portée d'une interdiction de retour sur le territoire, ces décisions sont entachées d'une erreur d'appréciation et doivent être annulées.
43. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes dirigés contre ces décisions, M. et Mme F sont fondés à demander l'annulation des décisions par lesquelles le préfet du Nord leur a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
44. L'annulation des décisions par lesquelles le préfet du Nord a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. et Mme F n'implique ni la délivrance d'un titre de séjour, ni le réexamen de la situation des requérants.
Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte afférentes doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
45. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui ne peut être regardé comme la partie perdante, pour l'essentiel, dans la présente instance, soit condamné à verser au conseil de M. et Mme F les sommes qu'il demande en application de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentées par M. F.
Article 2 : La décision du 16 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord a interdit le retour sur le territoire français de M. F pour une durée d'un an est annulée.
Article 3 : La décision du 9 juin 2023 par laquelle le préfet du Nord a interdit le retour sur le territoire français de Mme D épouse F pour une durée d'un an est annulée.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à Mme B D épouse F, à Me Navy et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Riou, président,
- Mme Jaur, première conseillère,
- Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CélinoLe président,
Signé
J.-M. Riou
La greffière,
Signé
S. Ranwez
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2303337, 2309759
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026