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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2303394

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2303394

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2303394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMEZINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Mezine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Leclère a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la requête susvisée, Mme B, ressortissante algérienne née le 11 juillet 1974, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement mentionnent tant les circonstances de fait que de droit sur lesquelles le préfet du Pas-de-Calais s'est fondé pour les édicter. Elles sont ainsi suffisamment motivées pour l'application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration en ce qui concerne les deux autres décisions.

3. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code :

" Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

4. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

5. En l'espèce, l'arrêté attaqué ne fait pas mention des circonstances de droit sur lesquelles le préfet s'est fondé pour interdire le retour sur le territoire français de la requérante et notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'arrêté ne comporte pas les circonstances de fait prises en compte par le préfet du Pas-de-Calais pour édicter l'interdiction litigieuse et sa seule motivation ne permet pas d'attester que cette autorité a pris en compte l'ensemble des critères fixés par les dispositions citées au point 3 du présent jugement pour fixer la durée de l'interdiction. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est insuffisamment motivée. Le moyen doit ainsi être accueilli.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 46 ans et n'est présente sur le territoire français que depuis moins de trois ans à la date de la décision attaquée. L'arrêté contesté n'a par ailleurs ni pour objet ni pour effet de séparer la cellule familiale constituée de la requérante et de ses deux enfants. Il ressort encore des pièces du dossier que sa relation avec un ressortissant français présente un caractère récent, leur mariage n'ayant en outre été célébré que le 25 février 2023 soit 9 jours avant l'édiction de la décision en litige. Enfin, l'existence d'une insertion sociale particulière de Mme B sur le territoire français ainsi que celle d'une insertion professionnelle n'est pas établie par les seules attestations et pièces produites.

Dans ces conditions, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

7. En quatrième lieu, si l'arrêté en litige mentionne, à tort, que Mme B est veuve alors qu'elle s'est remariée le 25 février 2023, il résulte de l'instruction que le préfet du Pas-de-Calais aurait pris la même décision en relevant l'existence de cette union.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est uniquement fondée à demander l'annulation de la décision du 6 mars 2023 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 mars 2023 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an à l'encontre de

Mme B est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Mezine et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERE

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière,

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