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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2303493

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2303493

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2303493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCOCQUEREZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 avril 2023, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 15 avril 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation, en ce que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et en ce qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

La décision fixant le pays de destination :

- a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision faisant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois' ans :

- a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de cette interdiction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fougères en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fougères, magistrat désigné ;

- les observations de Me Cocquerez, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, précisant toutefois abandonner les moyens tirés de l'incompétence de la signataire de l'arrêté et de la notification dans une langue qu'il comprend, ajoutant que l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire national entraînera l'annulation des décisions subséquentes et qui a insisté sur les menaces subies par son client dans son pays d'origine ainsi que sur le suivi par un spécialiste mis en place en France pour sa pathologie, de sorte que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'emporte sur la situation personnelle de son client l'obligation de quitter le territoire français ;

- et les observations de M. B, assisté de M. A, interprète assermenté en langue albanaise, qui a insisté sur son attachement à la France et sur le caractère régulier de son changement de nom patronymique ;

- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né le 22 juin 1995 à Durres (Albanie) et déclarant être entré sur le territoire français le 13 février 2023, a été interpellé le 15 avril 2023 à Roubaix (59) démuni de tout document l'autorisant à séjourner sur le territoire français. Par un arrêté du 15 avril 2023, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Il a été placé en centre de rétention le même jour. M. B demande l'annulation de l'arrêté du préfet du Nord du 15 avril 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté contesté, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions qu'il comporte, de manière suffisamment circonstanciée pour, d'une part, mettre l'intéressé en mesure d'en discuter utilement les motifs et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, célibataire sans enfant, a déclaré être entré très récemment sur le territoire français, le 13 février 2023 et que les membres de sa famille se trouvent en Albanie, outre un frère au Royaume-Uni. Il ne justifie ainsi d'aucun lien particulier avec la France. Connu sous l'identité de C Tahiri, né le 22 juin 1995, il n'est pas contesté qu'il a été condamné à plusieurs reprises à des peines d'emprisonnement pour des faits de vols aggravés commis entre 2014 et juin 2019. Au deuxième semestre 2019, il n'est pas contesté qu'il a fait l'objet d'une procédure de vol par effraction en Belgique, ainsi que le mentionne l'arrêté attaqué. Dans ces circonstances, M. B n'est pas fondé à se prévaloir d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En second lieu, si M. B soutient être atteint d'une maladie sexuellement transmissible, pour laquelle il bénéficierait d'un suivi adapté en France, ajoutant que ce suivi ne serait pas de même niveau dans son pays d'origine, par les pièces qu'il produit, il ne justifie toutefois ni de l'affection qu'il allègue, ni du fait qu'il suivait à la date de la décision attaquée un traitement médical, ni qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie, à supposer qu'elle existe, en Albanie. Par ailleurs, comme il a été dit au point précédent, il ne justifie d'aucune attache familiale en France, alors que sa famille se trouve en Albanie. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences que la décision en litige emporte sur sa situation personnelle, de sorte que le moyen doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code ajoute que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.".

9. Il ressort de la décision attaquée que le préfet du Nord, pour refuser au requérant un délai de départ volontaire, s'est fondé uniquement sur le fait que M. B, d'une part, ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et d'autre part, ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré lors de son audition par les services de police le 15 avril 2023 être hébergé sur la commune de Roubaix par une personne en voyage en Afrique jusqu'au 18 avril 2023 mais qu'il a cependant produit un justificatif d'hébergement correspondant à une autre adresse, localisée sur la commune de Lannoy (59), émanant d'une autre personne. Il s'ensuit que le préfet du Nord a pu estimer que M. B ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes au sens du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Par ailleurs, il n'est pas contesté que M. B n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et, faisant l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux années, notifiée le 26 janvier 2021, il ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, à défaut d'établir la date à laquelle il a exécuté la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 13 décembre 2020. Par suite, le préfet du Nord a pu légalement refuser de fixer un délai de départ volontaire, sans qu'importe la circonstance que le comportement de M. B ne constituerait pas une menace à l'ordre public.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la partie requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision attaquée portant refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. En se bornant à affirmer qu'il fait l'objet de menaces en Albanie, M. B n'établit pas qu'il serait soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays. En outre, il ne rapporte pas davantage la preuve qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié de la pathologie qu'il allègue dans son pays d'origine. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision fixant le pays de destination. Les conclusions tendant à cette fin doivent dès lors être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la partie requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision attaquée portant refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

17. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

18. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 4, que M. B, sous l'identité de C Tahiri, a été condamné à plusieurs reprises pour des faits de vols aggravés, de sorte que le préfet du Nord a pu considérer que sa présence sur le territoire français constituait une menace pour l'ordre public. Dépourvu de famille en France, il a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement mises à exécution et a pénétré de nouveau et très récemment sur le territoire français. Dans ces circonstances, le préfet du Nord, en fixant à trois années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 16.

19. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 avril 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois ans. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 25 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

V. FOUGÈRES

La greffière,

Signé

F. JANET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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