vendredi 22 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2303498 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | juge unique (7) |
| Avocat requérant | SCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 avril 2023, et un mémoire, enregistré le 7 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil a refusé de lui communiquer la copie de la décision ayant ordonné son placement en régime fermé de détention ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil de lui communiquer le document sollicité, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- le document dont la communication est sollicitée est un document administratif communicable en application des articles L. 311-1 et L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) a émis un avis favorable à la communication du document dont la communication est sollicitée ;
- l'allégation du garde des sceaux, ministre de la justice selon laquelle le régime de détention du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil est de fait un régime de portes fermées n'est corroboré par la production d'aucun élément matériel, de sorte qu'elle ne permet pas d'établir que le document dont la communication est sollicitée n'existe pas.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le régime de détention du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil est de fait un régime de portes fermées, de sorte qu'il n'existe aucune décision portant placement du requérant dans un tel régime.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille du 20 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Paganel en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 novembre 2024 :
- le rapport de M. Paganel, magistrat désigné ;
- et les conclusions de Mme Marjorie Bruneau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, initialement incarcéré au centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, a été transféré au sein du centre pénitentiaire de Valence. Par fax du 11 juillet 2022, il sollicitait auprès du directeur du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil la communication de la copie de la décision ayant ordonné son placement en régime fermé de détention au sein de cet établissement. En l'absence de réponse de l'administration, le conseil de l'intéressé a saisi le 25 août 2022 la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) qui, le 2 novembre 2022, a rendu un avis favorable à la communication dudit document. Le 9 novembre 2022, M. B réitérait sa demande de communication auprès du directeur du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil. Le silence de l'administration a fait naître une décision implicite qui s'est substituée au premier refus.
Sur la recevabilité :
2. Aux termes de l'article R. 311-12 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé par l'administration, saisie d'une demande de communication de documents en application de l'article L. 311-1, vaut décision de refus ". L'article R. 311-13 prévoit que : " Le délai au terme duquel intervient la décision mentionnée à l'article R. 311-12 est d'un mois à compter de la réception de la demande par l'administration compétente ". En outre, aux termes de l'article L. 342-1 du même code : " La Commission d'accès aux documents administratifs émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication ou un refus de publication d'un document administratif () / La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux ". L'article R. 343-3 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " La commission notifie son avis à l'intéressé et à l'administration mise en cause, dans un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de la demande au secrétariat. Cette administration informe la commission, dans le délai d'un mois qui suit la réception de cet avis, de la suite qu'elle entend donner à la demande ". Aux termes de l'article R. 343-4 de ce code : " Le silence gardé pendant le délai prévu à l'article R. 343-5 par l'administration mise en cause vaut décision de refus ". L'article R. 343-5 du même code indique que : " Le délai au terme duquel intervient la décision implicite de refus mentionnée à l'article R. 343-4 est de deux mois à compter de l'enregistrement de la demande de l'intéressé par la commission ".
3. Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles l'autorité mise en cause rejette, implicitement ou expressément, au vu de l'avis rendu par la commission d'accès aux documents administratifs, des demandes tendant à la communication de documents administratifs se substituent à celles initialement opposées au demandeur. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées, non contre la décision prise sur l'avis de la commission, mais contre la décision initiale de refus sont irrecevables.
4. Toutefois, s'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou, le cas échéant, à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant, après que le juge l'y a invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'une décision implicite de refus de communication des documents sollicités par M. B est née du silence gardé pendant plus d'un mois par le directeur du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil sur la demande de communication du requérant, en date du 11 juillet 2022. Cette décision a été confirmée par une décision implicite de rejet du 25 octobre 2022, née du silence gardé pendant plus de deux mois après la saisine de la CADA, le 25 août 2022. Par suite, il y a lieu de regarder les conclusions de M. B comme tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande qui s'est substituée à la décision initiale de rejet.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs ". Aux termes de l'article L. 300-2 du même code : " Sont considérés comme documents administratifs, (), quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ". L'article L.311-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ".
7. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 300-2 et L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration que les documents doivent être existants pour pouvoir être communiqués. Par conséquent, l'administration n'est tenue de communiquer que les documents qu'elle détient. Il appartient, à ce titre, au juge administratif de tenir compte des allégations des parties pour apprécier si le document dont la communication est demandée existe bien et s'il est toujours aux mains de l'administration. Enfin, il revient à l'administration de démontrer qu'elle est dans l'impossibilité matérielle de produire les documents en cause.
8. Le garde des sceaux, ministre de la justice soutient, sans être sérieusement contesté, que le régime de détention du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil est de fait un régime de portes fermées, de sorte qu'il n'existe aucune décision portant placement du requérant dans un tel régime pouvant donner lieu à communication, le requérant se bornant à soutenir que le ministre " n'assortit une telle allégation d'aucun élément matériel ". Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme établissant qu'elle est dans l'impossibilité matérielle de produire le document en cause. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le directeur du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil a refusé de lui communiquer la copie de la décision ayant ordonné son placement en régime fermé de détention au sein de cet établissement.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une injonction sous astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
M. PAGANELLa greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026