jeudi 27 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2303580 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BADAOUI-ARIB |
Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 avril 2023 et 26 avril 2023, M. A B, représenté par Me Badaoui-Arib, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures : 1°) d'annuler l'arrêté en date du 18 avril 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans ; 2°) d'enjoindre au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ; subsidiairement, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande ; 3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. M. B soutient que : - les décisions ont été prises par une autorité incompétente ; - elles ne sont pas suffisamment motivées ; - elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ; En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :- Elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;- Elle est entachée d'une erreur de fait ;- Elle porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale ;En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :- Il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;- Il ne présente pas de risque de fuite ;En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :- Elle méconnait l'article 3 de la convention européenne des Droits de l'Homme.En ce qui concerne la décision pourtant interdiction de retour sur le territoire français :- Elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant obligation de quitter le territoire français ;- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;- Elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; - le code de justice administrative. Le président du tribunal a désigné Mme Courtois en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de Mme Courtois, magistrate désignée ; - les observations de Me Badaoui-Arib, représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe et à ce que le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire soit accordé à M. B ; - les observations de Me El Haik, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés et subsidiairement que seule la décision d'interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans soit annulée ; - et les observations de M. B, qui répond aux questions posées par le tribunal. Considérant ce qui suit : 1. M. B, ressortissant algérien, né le 22 juillet 1991 est entré en France le 2 septembre 2016 muni d'un visa portant la mention étudiant et s'est maintenu régulièrement sur le territoire français jusqu'au 5 mai 2020. Le requérant demande l'annulation de l'arrêté en date du 18 avril 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour pendant deux ans. Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire : 2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". 3. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Sur les conclusions à fin d'annulation : En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions : 4. En premier lieu, par un arrêté du 15 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département n° 042 du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D C, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, celles relatives au délai de départ volontaire, celles fixant le pays de destination des mesures d'éloignement et celles portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions attaquées manque en fait. 5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait propres à la situation de M. B et de droit sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté. 6. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français : 7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que lors de son audition par les services de la police aux frontières le 17 avril 2023, M. B a indiqué vivre en concubinage et ne pas avoir d'enfant à charges Il a fourni une attestation de sa compagne selon laquelle elle l'hébergeait depuis le 17 avril 2023. Dans ces conditions, et alors, au demeurant qu'il ne justifie ni de la durée de ce concubinage, ni du mariage religieux qu'il aurait contracté avec sa compagne, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord n'aurait pas examiné sérieusement sa situation. 8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". 9. Il ressort des pièces du dossier que M. B, né en 1991, est entré régulièrement en France le 2 septembre 2016, muni d'un visa portant la mention étudiant et s'est maintenu en France régulièrement jusqu'au 5 mai 2020. Il soutient être en concubinage avec une personne de nationalité française depuis quatre ans avec laquelle il serait marié religieusement. Toutefois, les éléments produits sont insuffisants pour justifier de la durée du concubinage et apparaissent d'ailleurs en contradiction avec la circonstance que M. B ait fait l'objet d'une décision prise par le préfet des Pyrénées-Atlantiques d'obligation de quitter le territoire français en date du 10 septembre 2021 ainsi que d'une décision d'assignation à une résidence située à Pau, prise par le préfet des Pyrénées-Atlantiques le 5 février 2022. De même, la circonstance que sa compagne serait sous mesure tutelle et aurait besoin de sa présence quotidienne à ses côtés n'est pas démontrée, l'attestation de cette dernière n'étant pas probante. Par ailleurs, il fait valoir qu'une tante et un frère résident également en France mais sans en justifier. Enfin, en se bornant à produire un contrat de travail à durée indéterminée conclut le 1er juillet 2017 avec une entreprise située à Livry Gargan (93), un certificat d'immatriculation d'une société à responsabilité limitée dont il est le gérant, ayant pour activité la vente de pizzas et de sandwiches, créée le 1er mars 2017 à Villeneuve d'Ascq (59), et dont il reconnait à l'audience avoir cédé le fonds de commerce au cours de l'année 2019 et un extrait d'immatriculation du 2 octobre 2020 du répertoire des métiers en qualité d'installateur de fibre optique à Lille (59), M. B ne justifie pas avoir une activité professionnelle actuelle et être inséré professionnellement. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. 10. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point précédent, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait. 11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire : 12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". 13. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, si le préfet du Nord a indiqué dans son arrêté que M. B a fait l'objet de deux procédures pénales pour des faits de conduite sans permis et conduite en ayant fait usage de produits stupéfiants commis les 9 septembre 2021 et 5 février 2022, il a expressément indiqué que la présence de M. B sur le sol national ne constituait pas une menace à l'ordre public, susceptible de motiver sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur de fait. 14. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a déjà fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 10 septembre 2021 et qu'il a contesté devant le tribunal administratif de Pau, lequel a rejeté sa requête par jugement du 8 décembre 2021. Il a également fait l'objet d'une assignation à résidence le 5 février 2022 dont les obligations n'ont pas été respectées. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français est inexistant et que la décision serait par suite, entachée d'une erreur de fait. 15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire. En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination : 16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". 17. M. B soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaitrait les dispositions précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, faute d'apporter des éléments tangibles sur les craintes qu'il allègue, il ne peut être regardé comme établissant être personnellement et actuellement exposé au risque de subir dans son pays d'origine des traitements prohibés par les dispositions précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. 18. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision fixant le pays de destination. En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français : 19. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 11, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté. 20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". 21. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9, les moyens tirés de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porterait une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale de M. B garanti par l'article 8 de la de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas fondés et doivent, par suite, être écartés. 22. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. 23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ et fixant le pays de destination prises par le préfet du Nord le 18 avril 2023 doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige. DÉCIDE :Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Badaoui-Arib et au préfet du Nord.Lu en audience publique 27 avril2023.Le magistrat désigné,SignéC. COURTOISLe greffier,SignéN. CARPENTIER La République mande et ordonne au Préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement. Pour expédition conforme, Le greffier,N° 2303580
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026