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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2303629

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2303629

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2303629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS VEDESI - SCP SCHMIDT VERGNON PELISSIER THIERRY EARD-AMINTHAS & TISSOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 avril 2023, et un mémoire, enregistré le 4 mai 2023, M. B A, représenté par Me Stienne-Duwez, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution, d'une part, de la décision du 22 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a suspendu son agrément d'assistant familial pour une durée de quatre mois, d'autre part, de la décision du 2 mars 2023 par laquelle cette même autorité l'a suspendu de ses fonctions d'assistant familial employé par le département, et, enfin, de la décision du 28 février 2023 par laquelle cette même autorité a mis fin à la prise en charge à son domicile de l'enfant qu'il accueillait ;

2°) de mettre à la charge du département du Pas-de-Calais le versement d'une somme de 2 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

Sur l'urgence, que :

- les décisions en litige le privent de la rémunération mensuelle qu'il percevait en qualité d'assistant familial, soit environ 3 800 euros, sans que l'indemnité qu'il perçoit désormais, soit environ 730 euros, ne suffise à couvrir ses charges fixes ;

- le département du Pas-de-Calais n'établit pas l'intérêt public qui s'attacherait à ce que la décision soit immédiatement exécutée dans l'intérêt des enfants accueillis ;

Sur le doute sérieux, que :

- la décision du 22 février 2023 :

' est entachée d'incompétence ;

' est entachée d'une insuffisance de motivation ;

' a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière, la commission consultative paritaire départementale n'ayant pas été informée, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-4 du code de l'action sociale et des familles ;

' repose sur des faits matériellement inexacts ;

- la décision du 2 mars 2023 :

' est entachée d'incompétence ;

' ne comporte pas la mention du prénom, du nom et de la qualité de son auteur, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

' repose sur la décision du 22 février 2023, elle-même illégale ;

- la décision du 28 février 2023 :

' est entachée d'incompétence ;

' est entachée d'une insuffisance de motivation ;

' repose sur la décision du 22 février 2023, elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, le département du Pas-de-Calais, représenté par Me Vergnon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que l'urgence de l'affaire n'est pas caractérisée, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à ce que la décision soit immédiatement exécutée dans l'intérêt des enfants accueillis et compte tenu de l'indemnité dont l'intéressée bénéficie, et qu'aucun des moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation des décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 mai 2023 à 14h30, en présence de Mme Benkhedim, greffière, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- Me Stienne-Duwez, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;

- et Me Laurent, substituant Me Vergnon, représentant le département du Pas-de-Calais, qui reprend les conclusions et arguments du mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A bénéficie d'un agrément en qualité d'assistant familial pour l'accueil d'un enfant, et est employé en cette qualité par le département du Pas-de-Calais. M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution, d'une part, de la décision du 22 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a suspendu son agrément d'assistant familial pour une durée de quatre mois, d'autre part, de la décision du 2 mars 2023 par laquelle cette même autorité l'a suspendu de ses fonctions d'assistant familial employé par le département, et, enfin, de la décision du 28 février 2023 par laquelle cette même autorité a mis fin à la prise en charge à son domicile de l'enfant qu'il accueillait.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne le doute sérieux :

3. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel () est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () L'agrément est accordé () si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs () accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. () ". Aux termes de l'article L. 423-8 de ce code : " En cas de suspension de l'agrément, l'assistant maternel ou l'assistant familial relevant de la présente section est suspendu de ses fonctions par l'employeur pendant une période qui ne peut excéder quatre mois. Durant cette période, l'assistant maternel bénéficie d'une indemnité compensatrice qui ne peut être inférieure à un montant minimal fixé par décret. Durant la même période, l'assistant familial suspendu de ses fonctions bénéficie du maintien de sa rémunération, hors indemnités d'entretien et de fournitures ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil chez l'assistant familial garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est exposé à de tels comportements ou risque de l'être. Une mesure de suspension doit se fonder sur des éléments suffisamment précis et vraisemblables, permettant de suspecter que les conditions d'accueil garantissant la sécurité, la santé et l'épanouissement du ou des enfants accueillis ne sont plus remplies.

5. La décision du 22 février 2023 est fondée sur une suspicion de faits de maltraitance qui auraient été commis sur l'enfant accueilli par l'un des membres de sa famille et ayant fait l'objet d'un signalement auprès de l'autorité judiciaire. M. A conteste formellement ces faits, sur lesquels le département du Pas-de-Calais, en dépit d'une demande en sens faite exprimée lors de l'audience publique, n'entend donner aucune précision, et à propos desquels il ne produit aucun élément de preuve, l'existence d'un signalement ne pouvant suffire à cet égard. Le moyen tiré de ce que le motif de cette décision est matériellement inexact est ainsi propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision, et, par conséquent, des décisions du 28 février et du 2 mars 2023, fondées sur le même motif.

En ce qui concerne l'urgence :

6. Il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande tendant à la suspension d'une décision administrative, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'office du juge des référés, saisi de conclusions à fin de suspension, le conduit à porter sur l'urgence une appréciation objective, concrète et globale, au vu de l'ensemble des intérêts en présence, afin de déterminer si, dans les circonstances particulières de chaque affaire, il y a lieu d'ordonner une mesure conservatoire à effet provisoire dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.

7. Les décisions en litige privent provisoirement M. A de son emploi, entrainant ainsi pour lui de graves répercussions sociales et morales. Si le département du Pas-de-Calais invoque l'intérêt public qui s'attacherait à ce que la décision de suspension d'agrément soit immédiatement exécutée dans l'intérêt de l'enfants gardé par M. A, il ne résulte pas de l'instruction que la sécurité, la santé et l'épanouissement de cet enfant ne seraient pas garantis, en l'absence, ainsi qu'il a été indiqué au point 5, de tout élément probant à cet égard. Si le département du Pas-de-Calais fait également valoir que M. A bénéfice, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles, d'une indemnité compensatrice, le montant mensuel de cette dernière, soit environ 730 euros, alors que M. A percevait environ 3 800 euros, ne suffit pas à couvrir ses charges fixes. Ces décisions entrainent donc également de graves répercussion financières. Ainsi, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que la demande en référé n'a pas été introduite immédiatement après la notification des décisions en litige, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

8. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution des décisions en litige jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.

Sur les frais du litige :

9. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du département du Pas-de-Calais, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 800 euros, au titre des frais que le requérant a exposés dans la présente instance. D'autre part, ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département du Pas-de-Calais demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution des décisions du 22 février 2023, du 28 février 2023 et du 2 mars 2023 du président du conseil départemental du Pas-de-Calais est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Le département du Pas-de-Calais versera à M. A la somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par le département du Pas-de-Calais au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au département du Pas-de-Calais.

Fait à Lille, le 25 mai 2023.

Le juge des référés,

Signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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