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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2303774

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2303774

vendredi 5 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2303774
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantZAIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 et 28 avril 2023, M. A E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a décidé son transfert aux autorités bulgares.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013.

La requête a été communiquée le 26 avril 2023 au préfet du Pas-de-Calais.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grard en application de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grard, magistrate désignée,

- les observations de Me Zairi, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; il reprend les moyens invoqués dans la requête et soutient, en outre, que la décision attaquée est entachée de vice de procédure dès lors que le droit de M. E à être entendu préalablement à son édiction n'a pas été respecté ;

- les observations de M. E, assisté de M. D, interprète assermenté en langue pashtou ;

- et les observations de Me Matondo, représentant le préfet du Pas-de-Calais.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle d'identité lors duquel M. A E était dépourvu de tout document l'autorisant à séjourner en France, le préfet du Pas-de-Calais a constaté que les empreintes décadactylaires de l'intéressé avaient été relevées en Bulgarie le 13 mars 2023 et en Autriche le 12 avril 2023, en tant que demandeur d'asile. Le préfet du Pas-de-Calais a saisi les autorités autrichiennes d'une demande de reprise en charge le 21 avril 2023, qui ont refusé. Le préfet du Pas-de-Calais a saisi les autorités bulgares d'une demande de reprise en charge le 21 avril 2023, qui ont fait connaître leur accord. Le préfet du Pas-de-Calais, par un arrêté du 25 avril 2023 a décidé le transfert de M. E aux autorités bulgares. Par sa requête, M. E demande l'annulation de l'arrêté préfectoral du 25 avril 2023.

2. En premier lieu, est suffisamment motivée, au sens de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande d'asile présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013. Il mentionne, notamment, que les empreintes de M. E ont été enregistrées en Autriche et en Bulgarie et que les autorités bulgares ont donné leur accord à sa reprise en charge. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté n° 2022-10-38 du 10 août 2022, publié le même jour au recueil spécial n° 97 des actes administratifs de l'État dans la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. B C, chef du bureau de l'éloignement et adjoint au directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 25 avril 2023, le préfet du Pas-de-Calais a informé M. E de son intention de prendre à son encontre un arrêté de transfert auprès des autorités bulgares et que M. E a alors indiqué ne pas vouloir aller en Bulgarie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu de M. E doit être écarté.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. E est dépourvu des précisions utiles permettant au juge d'en apprécier le bienfondé. Dans ces conditions, il ne peut qu'être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable ".

8. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.

9. M. E soutient qu'il craint, en cas de transfert vers la Bulgarie, d'être exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, d'une part, la seule mention dans les écritures du requérant de l'existence de rapports du haut-commissariat pour les réfugiés des Nations Unies de septembre 2019, de l'association Human Rights Watch de mai 2022 et d'Info Migrants de mai 2022 concernant l'accueil des migrants en Bulgarie ne permet pas d'établir que les demandes d'asile ne pourraient pas être traitées dans ce pays en raison de défaillances structurelles d'un degré tel qu'elles devraient conduire dans tous les cas à reconnaître une défaillance systémique dans la mise en œuvre de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile, et ce alors que la Bulgarie est un État membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, les seules allégations du requérant relatives à de mauvais traitements qu'il aurait subis lors de son passage en Bulgarie ne permettent pas d'établir qu'il aurait fait l'objet de mauvais traitement de la part des autorités bulgares. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a décidé son transfert aux autorités bulgares.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet du Pas-de-Calais.

Lu en audience publique le 5 mai 2023.

La magistrate désignée,

signé

E. GRARD La greffière,

signé

F. JANET

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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