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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2303843

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2303843

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2303843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 avril 2023, le 10 mai 2023 et le 9 juin 2023, M. H A, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 2 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit tout retour sur le territoire français pendant une année ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande, en toute hypothèse dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dewaele, avocate de M. A, de la somme de 2 000 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté ait été signé par une autorité habilitée ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- les décisions contestées sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est ni établi que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a délibéré de façon collégiale ni que le médecin ayant établi un rapport médical n'a pas siégé au sein de ce collège ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure, pour défaut de respect du principe du contradictoire, en l'absence de communication des éléments ayant permis au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (l'OFII) de conclure à la disponibilité du traitement médical qu'il prend, et notamment la fiche MedCOI du Cameroun ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur la possibilité de bénéficier d'un traitement approprié et effectif de sa pathologie psychiatrique dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, en l'absence d'examen par les médecins de l'OFII de la portée et de la gravité des conséquences en cas d'interruption de son traitement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an :

- elle est insuffisamment motivée, le préfet du Nord n'ayant motivé que la durée de l'interdiction édictée et non l'opportunité de cette interdiction ;

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations, enregistrées le 19 juin 2023.

Par ordonnance du 28 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 juillet 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 29 janvier 1991 à Bamedjou (Cameroun) et déclarant être entré sur le territoire français le 22 avril 2014, a présenté le 5 mai 2022 une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé. Après avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), par un arrêté du 2 janvier 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit tout retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 octobre 2022, publié le même jour au recueil spécial n°245 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à M. C G, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions qu'il comporte, de manière suffisamment circonstanciée pour, d'une part, mettre l'intéressé en mesure d'en discuter utilement les motifs et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Cet arrêté comporte notamment une motivation spécifique en droit et en fait tant sur l'opportunité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français que sur sa durée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". L'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Le médecin de l'office peut () convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () un collège de médecins () émet un avis () précisant : a) si l'état de santé du demandeur nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Les dispositions citées au point précédent, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

6. En l'espèce, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a produit à l'instance le rapport du docteur D F en date du 11 août 2022. Il ressort des pièces du dossier que ce rapport, dont la communication à l'étranger concerné préalablement à l'avis de l'OFII n'est pas prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été transmis le 22 août 2022 au collège des médecins de l'OFII. Il ressort en outre de l'avis de ce collège de médecins, dont le docteur F n'était pas membre, qu'il comporte la mention lisible de l'identité des praticiens signataires de cet avis, composant le collège des médecins, de sorte que chacun d'eux en a assumé la teneur, sans qu'importe, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la circonstance qu'il n'y ait pas eu d'échanges oraux ou écrits avant cet avis. Enfin, aucune disposition ne prévoit une communication préalable à l'étranger des éléments sur lesquels se fonde le collège des médecins de l'OFII. En conséquence, les différents moyens tirés de l'irrégularité de la procédure préalable à la décision portant refus de titre de séjour doivent être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour :

7. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant d'adopter les décisions attaquées.

8. En second lieu, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis médical mentionné à l'article R. 425-11 du même code, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine.

9. Le collège des médecins de l'OFII, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'OFII. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

10. Pour refuser à M. A un titre de séjour en tant qu'étranger malade, le préfet du Nord a estimé, en suivant l'avis émis le 14 septembre 2022 par le collège des médecins de l'OFII, que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, de sorte que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le collège des médecins de l'OFII n'a pas examiné la portée et la gravité des conséquences en cas d'interruption du traitement qu'il prend, mais que M. A peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et que son état de santé lui permet de voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a levé le secret médical dans le cadre de la présente instance, souffre d'une schizophrénie paranoïde et qu'il bénéficie, depuis 2018, dans le cadre de la prise en charge de cette pathologie psychiatrique, d'une injection mensuelle de Xeplion, neuroleptique dont le principe actif est la palipéridone, métabolite actif de la risperidone. Si le requérant justifie que, depuis le 14 novembre 2022, et donc à la date de la décision attaquée, il lui est prescrit du Trevicta, à raison d'une injection trimestrielle, il ressort des pièces du dossier que ce médicament est également un neuroleptique à base de palipéridone, de sorte que ce changement de traitement est sans incidence sur l'avis émis par l'OFII quant à la disponibilité d'un traitement.

11. Au soutien de sa requête, M. A produit, outre les ordonnances lui prescrivant du Trevicta, un certificat médical du Dr E, médecin psychiatre au centre médico-psychologique Philippe Paumelle, daté du 22 février 2023, exposant que le requérant prend un produit à base de risperdone sous un mode injectable, qui n'existe pas au Cameroun, et ajoutant que " dans l'intérêt pour la santé du patient, il est important de maintenir cette forme médicamenteuse ". Toutefois, et alors que l'OFII soutient qu'un traitement neuroleptique à base de fluphénazine, disponible au Cameroun, pourrait parfaitement être substitué sans danger pour le requérant pour maintenir une administration par voie d'injection avec action prolongée, il ressort des pièces du dossier que le risperdone est disponible sous forme de comprimés au Cameroun et il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait exposé à un risque particulier s'il changeait de forme médicamenteuse ou de traitement neuroleptique. En outre, si M. A soutient que les médicaments nécessaires à son traitement seraient trop coûteux, et donc inaccessibles pour lui au Cameroun, en se bornant à soutenir qu'il ne sera pas éligible à la couverture maladie camerounaise et à faire état du salaire moyen perçu au Cameroun, le requérant n'apporte aucune précision ni élément de preuve quant aux ressources effectives dont il pourrait disposer dans son pays d'origine. Par ailleurs, il est constant que l'état de santé de M. A nécessite un suivi psychiatrique et que celui-ci doit pouvoir être hospitalisé si besoin. Si le requérant insiste sur le faible nombre de psychiatres au Cameroun par rapport à la population, il ressort des pièces du dossier que des établissements psychiatriques, dont l'hôpital Jamot de Yaoundé, sont en mesure d'assurer un suivi adapté, étant précisé que son état de santé ne nécessite que trois consultations psychiatriques par an selon le rapport du docteur B E du 12 mai 2022 transmis aux médecins de l'OFII. Dans ces conditions, et sans qu'importe la circonstance que l'OFII n'ait pas communiqué ses fiches d'analyse et de synthèse issues du système d'information " medcoi " (" medical country of origin information "), dès lors que les éléments sur la disponibilité du traitement ont été portés à la connaissance de M. A et donc soumis au contradictoire dans le cadre de la présente instance, le préfet du Nord, en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour raison de santé n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.() ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire sans enfant et déclare simplement avoir un frère en France, avec qui il ne justifie pas de liens d'une particulière intensité, alors qu'il a sa mère et deux sœurs au Cameroun, pays où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 26 ans. Si le requérant soutient être arrivé en France en 2014, de façon irrégulière, il ne justifie d'une présence effective sur le territoire national que depuis au moins le printemps 2017. En outre, par arrêté du 3 décembre 2019, le préfet du Nord a rejeté une précédente demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale, l'obligeant notamment à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par arrêt du 25 mars 2021, la cour administrative d'appel de Douai a rejeté la requête de M. A tendant à l'annulation de ces décisions. Ce dernier s'est toutefois maintenu irrégulièrement sur le territoire. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant a obtenu deux certificats d'aptitude professionnelle " carreleur mosaïste " le 30 juin 2017 puis " Préparation et réalisation d'ouvrages électriques " en juin 2019, il n'établit cependant n'avoir travaillé que du 19 janvier 2021 au 30 novembre 2021, précisant que sa situation administrative ne lui a pas permis de poursuivre ses démarches d'insertion professionnelle. Ainsi, en dehors d'un investissement bénévole au sein d'une paroisse roubaisienne, M. A, dont l'état de santé ne nécessite que trois consultations psychiatriques par an comme il a été dit au point 11, ne justifie pas d'une insertion sociale particulière sur le territoire français. Dans ces circonstances, la partie requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision attaquée portant refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

16. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 13.

17. En dernier lieu, de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

18. Il résulte de ce qui a été dit aux points 10 et 11 que des traitements neuroleptiques sont disponibles au Cameroun et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un changement de forme médicamenteuse de son traitement à base de risperdone, ou un changement de neuroleptique, entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour le requérant, qui, s'il soutient que ces traitements sont coûteux au Cameroun, n'apporte aucune précision ni élément de preuve quant aux ressources effectives dont il pourrait disposer dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire et de la décision fixant le pays de destination :

20. Il résulte de ce qui précède que la partie requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire national à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours, ainsi qu'à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

21. Par conséquent, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours et celles tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la partie requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire national à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui interdisant tout retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

23. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 13, M. A affirmant avoir pour unique famille en France un frère, sans apporter la preuve de liens particuliers avec celui-ci, ni même justifier qu'il serait encore en contact avec lui.

24. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision lui interdisant tout retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

25. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris à fin d'injonction sous astreinte et d'application au profit de son conseil des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H A, à Me Dewaele, au préfet du Nord et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

V. FOUGERES

Le présidentt

signé

J.-M. RIOULa greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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