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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2303871

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2303871

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2303871
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBERTHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 avril et 5 mai 2023, M. B D, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 27 avril 2023 par lesquelles la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé la Turquie comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152.45 euros par jour de retard, ;

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- Elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- Elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- Elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- Elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2023, la préfète de l'Oise a conclu au rejet de la requête.

Elle fait valoir :

- que la requête, qui ne contient l'exposé d'aucun moyen et d'aucune conclusion, est irrecevable ;

- et qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La préfète de l'Oise n'étant ni présente, ni représentée.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;

- les observations de Me Berthe, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que les précédents écrits et à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi relative à l'aide juridique, en ajoutant que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure puisqu'elle méconnaît les dispositions de l'article R. 8252-2 du code du travail et que M. D a, en conséquence, été privé de la possibilité de se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et les observations de M. D, assisté de Mme C, interprète assermentée en langue turque, qui a répondu aux questions qui lui ont été posées ;

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant turc né le 1er janvier 1962, déclare être entré irrégulièrement en France le 4 avril 2010. Il a été interpellé, le 23 avril 2023 à l'occasion d'un contrôle réalisé sur un chantier à Beauvais à 10h20. N'étant pas à même de justifier de son droit à circuler ou séjourner en France, M. D, qui a vainement présenté la carte nationale d'identité de son cousin, a fait l'objet d'une mesure de retenue administrative à fin d'examen de ce droit. Après qu'il est apparu qu'il n'était pas autorisé à séjourner en France, à la suite notamment de 3 précédentes obligations de quitter le territoire français qui n'ont pas été exécutées, il a fait l'objet, le 26 avril 2023, d'une obligation de quitter, sans délai, le territoire français à destination de la Turquie ainsi que d'une interdiction de retour sur le sol français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. D demande au Tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 février 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. A, sous-préfet, secrétaire générale de la préfecture de l'Oise, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions querellées manquent en fait et doivent donc être écartés.

3. En second lieu, la préfète de l'Oise énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde ses décisions. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions attaquées ne peuvent être accueillis.

Sur les autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'article R. 8252-2 du code du travail dispose que : " Le document remis au salarié étranger non autorisé à travailler comporte les informations suivantes : / 1° Dans tous les cas : / f) La possibilité de porter plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre les infractions visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal et de pouvoir bénéficier à cet effet d'une carte de séjour temporaire durant la procédure, au titre de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; / () ". Aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

5. Néanmoins, il résulte des déclarations de M. D à l'audience que, durant son séjour en France, ce dernier a travaillé au noir, contre rémunérations, pour divers employeurs de son choix, a expédié régulièrement une part de ses gains à sa femme et ses 8 enfants demeurés en Turquie, et a été logé par les mêmes propriétaires, pour lesquels il n'a jamais travaillé, depuis des années moyennant un loyer mensuel de 350 euros. Ainsi, M. D ne saurait revendiquer la qualité de victime de traite des êtres humains. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en ne lui fournissant pas le document mentionné par les dispositions de l'article R. 8252-2 du code du travail et en ne l'informant pas, par ce biais, de sa possibilité de porter plainte pour traite des êtres humains, il aurait été privé, en l'espèce, d'une garantie ou que ce vice de procédure aurait, en l'espèce, été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision d'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Il suit de là que le vice de procédure allégué ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, si M. D se borne à soutenir que la décision d'obligation de quitter le territoire français attaquée serait empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D, à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'autre moyen dirigé contre le refus de départ volontaire :

8. M. D se borne à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire serait empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Toutefois, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

9. Il résulte donc de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.

Sur l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :

10. M. D se borne à soutenir que la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement serait empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Toutefois, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D, à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à son encontre, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'autre moyen dirigé contre l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. M. D se borne à soutenir que la décision interdisant son retour sur le territoire français pour une durée d'un an serait empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Toutefois, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

13. Il suit de là que M. D n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle la préfète de l'Oise a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

14. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées par la préfète de l'Oise, les conclusions à fin d'annulation de M. D ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de M. D ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète de l'Oise.

Prononcé en audience publique le 11 mai 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

X. LARUE

La greffière,

Signé

G. GREGOIRE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2303871

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