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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2303934

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2303934

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2303934
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 29 avril, 24 mai, le 30 mai et 5 juin 2023, M. B D C, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, les décisions du 6 février 2023 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, lui a octroyé un délai de départ volontaire de 30 jours, a fixé l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, la décision du 29 avril 2023 par laquelle le préfet du Nord a ordonné son assignation à résidence à Loos, dans l'arrondissement de Lille, pour une durée de 45 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, un certificat de résidence algérien d'un an ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle souffre d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- Elle méconnaît les stipulations du 2. de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- Elle méconnaît tant les stipulations du 5. de l'article 6 de l'accord franco-algérien que celles de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle est fondée sur une décision de refus de séjour qui est elle-même irrégulière ;

- Et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision lui octroyant un délai de départ volontaire de 30 jours :

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Et elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;

- Elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- Elle a été édictée par une autorité qui n'était pas matériellement habilitée pour ce faire ;

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle souffre d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- Elle méconnaît les articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- Et elle est empreinte d'une erreur manifeste dans d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 17 avril 2023 par le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné

- les observations de Me Dewaele, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que ses précédents écrits en ajoutant, d'une part, que la décision l'obligeant à quitter le territoire français et celle interdisant son retour sur le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et, d'autre part, que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- et les observations de M. C qui a répondu en français aux questions qui lui ont été posées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 23 juillet 1992, est entré régulièrement en France le 14 mai 2016, muni d'un visa court séjour délivré par les autorités françaises. Il a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire le 20 juin 2016. Sa demande a toutefois été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 19 octobre 2016 et cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 27 mars 2017. Marié avec une ressortissante française le 21 mai 2019, il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français du 24 novembre 2020 au 23 novembre 2021. S'il en a sollicité le renouvellement le 29 octobre 2021, le préfet du Nord, après avoir constaté le divorce de M. C le 7 décembre 2021, a refusé de faire droit à cette demande le 6 février 2023. Et il a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire de 30 jours, d'une décision fixant l'Algérie comme pays de destination de cette mesure d'éloignement ainsi que d'une interdiction de retour sur le sol français d'une durée d'un an. En outre, par une décision du 29 avril 2023, le préfet du Nord a assigné M. C à son domicile à Loos, dans l'arrondissement de Lille pour une durée de 45 jours. Par la présente requête M. C sollicite l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. M. C est entré régulièrement sur le territoire français le 14 mai 2016, à l'âge de 24 ans. Il y séjourne donc depuis 6 ans et 9 mois à la date d'édiction de la décision attaquée dont 3 ans et demi de séjour régulier sous couvert de titres ou d'autorisations provisoires de séjour. S'il est constant qu'il est divorcé de Mme A, après que celle-ci lui ait été infidèle, il ressort des pièces du dossier, notamment des attestations de Mme A et de la fiche de renseignements scolaires du fils de Mme, où elle utilise le nom de M. C, désigné comme membre de la famille à contacter en cas d'urgence et autorisé à aller chercher l'enfant à l'école, que bien que ne vivant plus ensemble, ils se sont remis en couple. Il ressort également des pièces du dossier, notamment des photos et attestations fournies, qu'alors que Ruben, le fils de Mme A, né le 13 mai 2017, n'a jamais été reconnu par son père, M. C contribue à son entretien et son éducation depuis son plus jeune âge. En outre si les parents de M. C et son frère vivent en Algérie, il a perdu l'une de ses deux sœurs en 2020 et la seconde, de nationalité française, laquelle a épousé son cousin, vit à Loos. M. C dispose également en France d'un oncle et d'une tante de nationalité française et demeurant à Roubaix. Il ressort tant des attestations que des photos fournies que M. C entretient des liens réguliers et stable avec tous les membres de sa famille résidant à proximité de son domicile en France. Enfin, outre que les pièces du dossier établissent que M. C entretient en France de multiples relations d'amitié, il y travaille de manière continue depuis le 6 février 2020, tout d'abord, comme agent d'entretien employé par la société Clean Office puis, à compter du 1er décembre 2021, en qualité d'auto-entrepreneur, activité au titre de laquelle il a déclaré la première année, hors des mois de septembre et octobre 2022, un chiffre d'affaires global de 8 000 euros et, dès janvier 2023, un chiffre d'affaire, sur ce seul mois de 3 815 euros. Ainsi, eu égard tant à la durée qu'aux conditions de son séjour, M. C est fondé à soutenir que, dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet du Nord a, en l'obligeant à quitter le territoire français, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il y a donc lieu, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, d'annuler la décision obligeant M. C à quitter le territoire français. M. C est donc fondé, par voie de conséquence, à solliciter l'annulation des décisions du 6 février et du 29 avril 2023 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé l'Algérie comme pays de destination de cette mesure d'éloignement, a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence à son domicile à Loos, dans l'arrondissement de Lille, pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet du Nord de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation de M. C et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction du prononcé d'une astreinte.

Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Dewaele, avocate de M. C, sous réserve que cette dernière renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 6 février et du 29 avril 2023, par lesquelles le préfet du Nord a obligé M. C à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé l'Algérie comme pays de destination de cette mesure d'éloignement, a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence à son domicile à Loos, dans l'arrondissement de Lille, pour une durée de 45 jours, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation de M. C et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il sera mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Dewaele, avocate de M. C, sous réserve que cette dernière renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Dewaele et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

X. LARUE

Le greffier,

Signé

H. LEROUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2303934

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