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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2304221

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2304221

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2304221
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 mai 2023, 13 juin 2023 et 3 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 30 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ainsi que l'autorisation de travail y afférente ou à défaut de réexaminer sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Dewaele, avocat de M. A, de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière, ayant été privé de la possibilité d'apporter des pièces complémentaires en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant de délivrer un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- M. A ne justifie pas en tout état de cause de sa présence continue sur le territoire français depuis plus de dix ans,

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de cinquante-cinq pour cent par une décision du 20 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Riou, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 21 novembre 1993, déclare être entré en France le 1er août 2012. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 mai 2015, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 12 février 2016. L'intéressé a sollicité le 10 mai 2017 la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa santé. Par un arrêté du 28 août 2018, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un jugement du 27 juin 2019, confirmé par une décision du 5 décembre 2019 de la cour administrative d'appel de Douai, le tribunal administratif de Lille a rejeté la requête de M. A tendant à l'annulation de ces décisions. Le 18 mars 2022, l'intéressé a demandé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou subsidiairement " vie privée et familiale " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 30 janvier 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

/ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".

3. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet du Nord a considéré que M. A ne justifiait pas de sa résidence habituelle en France pendant dix ans, en ayant fourni au titre de l'année 2016 et 2017 seulement des documents médicaux peu diversifiés, une attestation de fin de formation du 22 décembre 2017, le récépissé du dépôt de sa demande d'asile du 7 janvier 2016 et sa convocation de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 10 juillet 2017. Toutefois, M. A a notamment et également produit une fiche de liaison de l'association " Accueil-Insertion-Rencontre " du 3 août 2012, une demande d'admission au séjour au titre de l'asile datée du 3 décembre 2012, une attestation du 2 septembre 2016 d'un directeur de l'Armée du Salut selon laquelle cette fondation l'héberge depuis le 11 août 2012, deux notes sociales de juillet 2021 et 2023 d'une éducatrice spécialisée de cette même fondation et deux attestations des 15 février 2022 et 22 mai 2023 d'un directeur de l'Armée du salut de Lille desquelles il ressort qu'il est hébergé de manière continue par cette fondation depuis le 31 mai 2013, une attestation de l'association ABEJ Solidarité du 26 mai 2023 justifiant de son inscription dans leur structure le 16 août 2012 et d'un accompagnement jusqu'au 10 juillet 2020, une attestation d'une directrice de l'association AIDA du 26 mai 2023 selon laquelle il a bénéficié de divers services à savoir des repas, des cours de français, un suivi administratif et juridique, entre 2012 et 2017. Par ailleurs, il est constant que M. A travaille depuis juillet 2020 en qualité d'ouvrier à temps complet pour la société Néogrom. Dans ces conditions, l'intéressé doit être regardé comme justifiant de sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que la décision contestée a été prise au terme d'une procédure irrégulière au regard des dispositions citées ci-dessus, faute d'avoir été précédée de la consultation de la commission du titre de séjour, qui constitue pour lui une garantie, et à en demander l'annulation.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête de M. A, que la décision par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, celles portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Au regard du motif d'annulation, le présent jugement n'implique pas qu'un titre de séjour et une autorisation de travail soient délivrés à M. A mais seulement que sa demande de titre de séjour soit réexaminée, après consultation de la commission du titre de séjour. Il y a lieu, sans toutefois assortir cette injonction d'une astreinte, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à ce réexamen, après avoir saisi cette commission, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, sans qu'aucune disposition n'exige, ni n'interdise qu'elle porte la mention l'autorisant à travailler, la demande présentée par l'intéressé ne constituant nullement une demande de renouvellement d'une carte de séjour portant la mention " salarié ".

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de cinquante-cinq pour cent. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 550 euros, à verser à Me Dewaele, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du 30 janvier 2023 du préfet du Nord est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera à Me Dewaele une somme de 550 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que

Me Dewaele renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Dewaele et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. JaurLe président-rapporteur,

Signé

J.-M. Riou

La greffière,

Signé

S. Ranwez

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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