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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2304388

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2304388

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2304388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDEREGNAUCOURT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mai 2023 et le 25 octobre 2023, M. J N et Mme I K, M. G et Mme B H, M. M P et Mme A C et M. F L et Mme D E, représentés par Me Wilinski, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Mons-en-Pévèle a délivré, à la société Norevie, un permis de construire 15 logements collectifs, 11 logements individuels et un local commun résidentiel sur les parcelles cadastrées 411 A 1991 et 411 A 2044 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Mons-en-Pévèle la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet au regard des dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme ;

- le dossier est incomplet au regard des dispositions de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme ;

- le dossier est insuffisant au regard des dispositions de l'article R. 431-8 du code l'urbanisme ;

- le dossier est incomplet dès lors que le plan de masse ne fait pas apparaître les plantations maintenues et celles supprimées conformément aux dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ;

- le dossier est incomplet au regard des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnait les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Mons-en-Pévèle adopté le 23 mars 2023 relatives à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives, au nombre de places de stationnement, à l'aspect extérieurs des construction et aux clôtures ;

- le projet méconnait les dispositions du règlement du PLU de la commune de Mons-en-Pévèle adopté le 7 février 2013 relatives à la hauteur des bâtiments, au nombre de places de stationnement et à l'implantation des constructions par rapport aux emprises publiques.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 août 2023 et le 12 décembre 2023, la commune de Mons-en-Pévèle, représentée par la SELARL Ingelaere et Partners avocats, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du PLU relatives à l'implantation des constructions par rapport aux emprises publiques est irrecevable en application des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés le 25 août 2023 et le 11 janvier 2024, la société Norevie, représentée par Me Deregnaucourt, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leclère,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,

- les observations de Me Wilinski, représentant M. N, Mme K, M. et Mme H, M. P, Mme C, M. L et Mme E,

- les observations de Me Blanco, représentant la commune de Mons-en-Pévèle,

- et les observations de Me Deregnaucourt, représentant la société Norevie.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 13 mars 2023, le maire de la commune de Mons-en-Pévèle a délivré à la société Norevie un permis de construire un béguinage sur les parcelles cadastrées 411 A 1991 et 411 A 2044, situées sur le territoire communal. Par leur requête, M. N, Mme K, M. et Mme H, M. P, Mme C, M. L et Mme E demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les fins de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne () n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que les propriétés des requérants sont contigües au terrain d'assiette du projet de la société Norevie. Ils en sont ainsi des voisins immédiats. Eu égard à la nature du projet en cause, qui consiste en la construction d'un béguinage composé de 15 logements collectifs, 11 logements individuels et un local commun résidentiel, à ses caractéristiques en termes de taille et de volume, ainsi qu'à sa localisation, les intéressés, qui font valoir qu'ils subiront un préjudice visuel, une perte de valeur de leur bien et des troubles de jouissance en raison des constructions projetées justifient d'un intérêt à agir contre le permis de construire en litige. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune et la société pétitionnaire et tirée du défaut d'un tel intérêt doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le caractère complet du dossier de demande de permis de construire :

5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, ne serait susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier auraient été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " La demande de permis de construire précise : () g) La puissance électrique nécessaire au projet, lorsque la puissance électrique est supérieure à 12 kilovoltampères monophasés ou 36 kilovoltampères triphasé ; () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire, et notamment le formulaire Cerfa, ne comporte pas l'indication prévue par les dispositions précitées. Toutefois, la société Enedis, consultée par la commune de Mons-en-Pévèle en sa qualité de concessionnaire du réseau public d'électricité, a été en mesure de mentionner dans son avis du 19 août 2022 qu'aucune contribution n'était due par la collectivité pour le raccordement du projet, en se fondant notamment sur une estimation de la puissance électrique requise par le projet de construction de 135 kva triphasé. Les requérants n'établissent pas, ni même n'allèguent, que la puissance nécessaire au projet ainsi évaluée serait erronée. Dans ces circonstances et eu égard aux mentions de l'avis de la société Enedis versé au dossier de demande de permis de construire dans le cadre de son instruction, l'omission reprochée n'a pas été de nature à fausser l'appréciation de l'administration sur la conformité du projet aux règles d'urbanisme applicables. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : / a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation ; / b) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité, comprenant les pièces mentionnées à l'article R. 123-22 du même code. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige prévoit la création d'un seul local commun susceptible de recevoir du public et constitué par une salle située au rez-de-chaussée du bâtiment B. D'une part, les plans de celui-ci permettent de situer et d'apprécier l'aménagement de cette salle. D'autre part, le dossier de demande comprend une notice de sécurité et une notice d'accessibilité pour les personnes handicapées décrivant les cheminements extérieurs et intérieurs et leurs caractéristiques, les modalités de circulation horizontale, ainsi que les moyens d'accès à la salle commune. Sont en outre précisées les caractéristiques des revêtements de sol et les dispositifs de commande. Dès lors, le dossier de demande de permis de construire a permis à l'autorité compétente de se prononcer sur la conformité du projet aux règles d'accessibilité et de sécurité, quand bien même il n'est pas contesté que le plan coté en trois dimensions tel que prévu par les dispositions de l'article D. 122-12 du code de la construction et de l'habitation devant préciser les cheminements extérieurs ainsi que les conditions de raccordement entre la voirie et les espaces extérieurs de l'établissement et entre l'intérieur et l'extérieur du ou des bâtiments constituant l'établissement n'a pas été versé au dossier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / () / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ".

11. Il ressort des pièces du dossier que la notice descriptive du projet, pièce PC 4, comporte des éléments relatifs au gabarit et à la volumétrie de chacun des bâtiments projetés, sans qu'il soit besoin de préciser la hauteur exacte de ceux-ci dans ce document, hauteur qui ressort en outre des plans versés à l'appui de la demande. Cette notice aborde également la question des accès au projet tant par les piétons que par les véhicules. Enfin, le traitement des constructions projetées est détaillé par bâtiments, avec des précisions suffisantes quant au traitement des façades et des toitures. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de la notice doit être écarté.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () ".

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, dans son état initial, supporte des plantations. Par suite, les requérants ne peuvent utilement invoquer l'absence, dans le projet architectural, de précision quant aux plantations maintenues ou supprimées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme doit être écarté.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ;

/ b) Un plan de coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

15. D'une part, les requérants ne sont pas fondés à reprocher aux plans de coupe et de façades de ne pas faire apparaître l'état initial et l'état futur, le projet consistant en la construction de nouveaux bâtiments sur un terrain vierge de toute construction. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier que le projet aurait pour conséquence de modifier le profil du terrain. D'autre part, le dossier comporte quatre photographies du terrain d'assiette dans son environnement proche ainsi qu'une vue aérienne permettant de situer celui-ci dans son environnement lointain. Enfin, si le document graphique joint à la demande ne représente que deux des quatre bâtiments projetés, le plan de masse et les plans de coupe joints à celle-ci permettent d'apprécier l'insertion du projet pris dans son ensemble par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages ainsi que son impact visuel. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

16. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

17. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le dossier soumis à la commission de sécurité était insuffisant compte tenu notamment de la présence des plans du rez-de-chaussée du bâtiment B permettant d'apprécier la largeur des passages affectés à la circulation, les dégagements et les évacuations. Les requérants ne sont ainsi pas fondés à soutenir que l'avis rendu par cette commission est illégal en tant qu'il l'a été au vu d'une notice insuffisante.

18. D'autre part, en se bornant à mentionner que le projet se situe à proximité d'une installation classée pour la protection de l'environnement, les requérants n'établissent pas l'existence d'un risque pour la salubrité ou la sécurité publique. De même, la seule circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne mentionne pas la puissance électrique nécessaire au projet ne suffit pas à caractériser l'existence d'un risque pour la sécurité publique. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet présente un risque manifeste en termes d'incendie. Les voies de desserte et la voie d'accès au projet présentent une largeur suffisante, supérieure à 5 mètres, pour permettre le passage des véhicules de lutte contre l'incendie et pour supporter le flux de véhicules induit par ce projet.

19. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et que le maire a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la méconnaissance du règlement du plan local d'urbanisme communal :

20. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris le 13 mars 2023. La légalité d'une décision administrative s'appréciant en fonction des circonstances de droit et de fait existantes à la date de son édiction, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Mons-en-Pévèle adopté le 23 mars 2023 pour critiquer l'implantation des constructions projetées par rapport aux limites séparatives, à l'aspect extérieur de ces constructions ainsi que des clôtures. Ces moyens doivent être écartés en tant qu'ils sont inopérants.

21. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1AU 6 du règlement du PLU, dans sa version applicable au litige : " Tout ou partie de la façade des constructions principales doit être implantée : / - soit à la limite d'emprise de la voie d'accès à la parcelle à bâtir, qu'elle soit publique ou privée, existante ou à créer. / - soit avec un recul maximal de 6 m par rapport à la limite d'emprise de la voie d'accès à la parcelle à bâtir, qu'elle soit publique ou privée, existante ou à créer ".

22. D'une part, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code (), les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative () ". Aux termes de l'article R. 611-8-6 du code de justice administrative : " Les parties sont réputées avoir reçu la communication ou la notification à la date de première consultation du document qui leur a été adressé par voie électronique, certifiée par l'accusé de réception délivré par l'application informatique, ou, à défaut de consultation dans un délai de deux jours ouvrés à compter de la date de mise à disposition du document dans l'application, à l'issue de ce délai ".

23. Il ressort des pièces du dossier que le premier mémoire en défense de la commune de Mons-en-Pévèle a été enregistré le 21 août 2023 et communiqué aux requérants le 23 août 2023, lesquels sont réputés en avoir eu connaissance le 25 août 2023, en application des dispositions précitées de l'article R. 611-8-6 du code de justice administrative. Le délai de deux mois au terme duquel intervient la cristallisation des moyens a ainsi commencé à courir à compter de cette date. Ainsi, la commune de Mons-en-Pévèle n'est pas fondée à soutenir que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 1AU 6 du règlement du PLU communal, qui a été soulevé par un mémoire complémentaire enregistré le 25 octobre 2023, ne serait pas recevable.

24. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et ainsi qu'il a été dit ci-dessus que le projet doit s'implanter sur les parcelles cadastrées 411 A 1991 et 411 A 2044. Pour l'application des dispositions de l'article 1AU 6 du règlement du PLU communal citées au point 21 du présent jugement, la voie d'accès à la parcelle à bâtir est constituée par la voie à créer à partir de la rue Emile Thibaut et qui se termine nécessairement au droit de la limite de la parcelle 411 A 1991, limite qui est représentée sur le plan masse au droit de la parcelle A 960 et caractérisée par l'apposition du terme " Borne ". Contrairement à ce que soutiennent la commune de Mons-en-Pévèle et la société pétitionnaire, le cheminement interne à la parcelle 411 A 1991 ainsi que l'espace de stationnement qu'elle comporte ne relèvent pas, en raison de leur implantation sur la parcelle à bâtir, de la voie d'accès à celle-ci, au sens des dispositions du règlement du PLU précitées. Il ressort ainsi des pièces du dossier et notamment du plan de masse du projet que les bâtiments A, B et C sont implantés à une distance supérieure à six mètres par rapport à la limite d'emprise de cette voie. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le projet méconnait, en raison de l'implantation des bâtiments A, B et C, les dispositions de l'article 1AU 6 du règlement du PLU précité. Le moyen doit être accueilli.

25. En troisième lieu, aux termes de l'article 1AU 12 du règlement du PLU applicable au litige : " () Pour les bâtiments autre qu'à usage d'habitation, sur chaque unité foncière, des surfaces suffisantes doivent être réservées : / - pour l'évolution, le chargement, le déchargement et le stationnement de la totalité des véhicules de livraison et de service ; / - pour le stationnement des véhicules du personnel et des visiteurs. / Pour les constructions à usage d'habitation : A l'exception des logements locatifs financés par un prêt aidé de l'Etat pour lesquels il sera exigé de réserver une place de stationnement sur l'unité foncière, pour les autres constructions à usage d'habitation, il sera exigé de réserver au minimum deux places de stationnement par logement sur l'unité foncière. ".

26. D'une part, les allégations sommaires des requérants quant à l'absence d'espaces réservés au stationnement des véhicules de livraison et services et du personnel et des visiteurs ne sont pas assorties des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

27. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et notamment du formulaire Cerfa, que les 26 logements prévus par le projet en litige, qui seront financés par un prêt de l'Etat, sont tous identifiés comme logements locatifs sociaux. Dans ces conditions, en application des dispositions précitées de l'article 1AU 12 du règlement du PLU, le projet ne doit compter qu'une place de stationnement par logement, soit 26 places, nombre de places effectivement prévu par le pétitionnaire.

28. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 1AU 12 du règlement du PLU de la commune doit être écarté en ses deux branches.

29. En quatrième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 1AU 10 du règlement du PLU, dans sa version applicable au litige, n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et doit ainsi être écarté.

Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

30. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ".

31. D'une part, lorsque les éléments d'un projet de construction ou d'aménagement ayant une vocation fonctionnelle autonome auraient pu faire, en raison de l'ampleur et de la complexité du projet, l'objet d'autorisations distinctes, le juge de l'excès de pouvoir peut prononcer une annulation partielle de l'arrêté attaqué en raison de la divisibilité des éléments composant le projet litigieux. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 600-5 citées ci-dessus qu'en dehors de cette hypothèse, le juge administratif peut également procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où une illégalité affecte une partie identifiable du projet et où cette illégalité est susceptible d'être régularisée, sans qu'il soit nécessaire que la partie illégale du projet soit divisible du reste de ce projet.

32. En l'espèce, le vice relevé au point 24 du présent jugement concerne une partie identifiable du projet et est susceptible d'être régularisé sans y apporter un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le maire de Mons-en-Pévèle a délivré à la société Norevie un permis de construire en tant qu'il autorise l'implantation des bâtiments A, B et C à une distance supérieure de 6 mètres par rapport à la voie d'accès à la parcelle à bâtir.

Sur les frais liés au litige :

33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de l'urbanisme font obstacle à ce que soient mises à la charge des requérants, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, les sommes demandées par la commune de Mons-en-Pévèle et la société Norevie au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Mons-en-Pévèle la somme demandée par les requérants au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 mars 2023 du maire de la commune de Mons-en-Pévèle est annulé en tant qu'il autorise l'implantation des bâtiments A, B et C à une distance supérieure de 6 mètres par rapport à la voie d'accès à la parcelle à bâtir.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. J N, représentant unique des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Mons-en-Pévèle et à la société Norevie.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERE

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. O

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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