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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2304566

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2304566

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2304566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDE BOUTEILLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mai 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 mai 2023 du préfet du Nord décidant son maintien en rétention administrative à la suite de sa demande d'asile formée en rétention administrative ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros qu'il versera à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les articles R. 521-4 et R. 521-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit quant à l'application de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article R. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant au caractère dilatoire de sa demande d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gouriou en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gouriou, magistrat désigné ;

- les observations de Me Cliquenois assisté de Me de Bouteiller, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il développe ;

- les observations de Me Salard, avocat, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- les observations orales de M. A, assisté de M. C, interprète assermenté en arabe soudanais, qui répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Le 15 mai 2023, le préfet du Nord a pris à l'encontre de M. A, ressortissant soudanais, un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de destination, lui interdisant le retour sur le territoire français pendant deux ans et le plaçant en rétention administrative. Le 19 mai 2023, M. A a sollicité un formulaire OFPRA pour demander l'asile. Par un arrêté du 19 mai 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet a refusé de l'admettre au séjour et a prononcé le maintien de son placement en rétention.

2. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / () ". Aux termes de l'article 24 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Présentation d'une requête aux fins de reprise en charge lorsque aucune nouvelle demande a été introduite dans l'Etat membre requérant / 1. Lorsqu'un État membre sur le territoire duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), se trouve sans titre de séjour et auprès duquel aucune nouvelle demande de protection internationale n'a été introduite estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne () / 4. Lorsqu'une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point d), du présent règlement dont la demande de protection internationale a été rejetée par une décision définitive dans un État membre, se trouve sur le territoire d'un autre État membre sans titre de séjour, ce dernier État membre peut soit requérir le premier État membre aux fins de reprise en charge de la personne concernée soit engager une procédure de retour conformément à la directive 2008/115/CE () ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que pour maintenir en rétention un étranger qui sollicite l'asile, la France doit être l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et cette demande doit présenter un caractère dilatoire, et d'autre part, tant qu'une demande d'asile n'a pas été rejetée par une décision définitive dans un État membre, la seule procédure que l'autorité administrative peut mettre en œuvre est celle de la reprise en charge instituée par ce règlement, à l'exclusion des autres procédures d'éloignement, au nombre desquelles figure l'obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, les dispositions de l'article 24 paragraphe 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 s'appliquent lorsque aucune nouvelle demande d'asile a été introduite dans l'Etat membre requérant.

3. Il ressort des motifs de la décision attaquée que le 3 juin 2021 M. A a demandé l'asile en France. Le préfet précise que la consultation de la base Eurodac a révélé que le requérant avait aussi demandé l'asile en Allemagne et en Belgique. Le préfet rappelle que le requérant a été transféré en Belgique le 8 novembre 2021, le 28 juin 2022 et le 16 mars 2023. Pour ce dernier transfert, les autorités belges avaient accepté la reprise en charge de M. A en fondant leur responsabilité sur l'article 18.1 d) du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Dès lors, à la date du 19 mai 2023, lorsque M. A a présenté une nouvelle demande d'asile aux autorités françaises, l'Etat membre responsable de cette demande d'asile n'était pas la France mais la Belgique. Cette responsabilité aurait pu être transférée à la France si les autorités belges avaient refusé de reprendre en charge M. A à la suite de sa demande d'asile en rétention ou si la France avait fait le choix de devenir l'Etat membre responsable en application de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait sollicité une reprise en charge de M. A auprès des autorités belges ou qu'il aurait décidé de faire application de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Si le préfet mentionne qu'il a fait application de l'article 24.4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, il est constant que ces dispositions ne s'appliquaient pas à la situation de M. A qui a sollicité l'asile en France le 19 mai 2023. Dès lors, en faisant application de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que la France n'était pas responsable de l'examen de la demande d'asile de M. A, le préfet du Nord a entaché sa décision d'une erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de maintien en rétention.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. L'annulation prononcée par le présent jugement n'implique pas d'autre mesure d'exécution que celles prévues par les dispositions de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans que soit délivrée l'attestation de demande d'asile dès lors que le 5 juin 2023, l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de M. A. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Le conseil de M. A peut se prévaloir des dispositions susvisées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me de Bouteiller renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de condamner ce dernier à lui verser une somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 mai 2023 par laquelle le préfet du Nord a maintenu M. A en rétention administrative est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Me de Bouteiller la somme de neuf cent (900) euros sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 15 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé,

P. GOURIOULa greffière,

Signé,

O. DEBUISSY

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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