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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2304912

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2304912

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2304912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE - CRA COQUELLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 juin 2023 et 18 juillet 2023, M. B C, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 1er juin 2023 par lequel le Préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient :

- les décisions attaquées ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation particulière ;

- elle méconnaît son droit à être entendu, tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle viole le droit d'asile tel que reconnu par les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève ainsi que les dispositions des articles L. 521-7, L. 541-1, L. 541-2 et R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a fait part de ses craintes en cas de renvoi dans son pays d'origine et qu'il a formé une demande d'asile lors de son arrivée au centre de rétention ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 435-1, L. 421-1 et L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où il avait vocation, au regard de sa situation professionnelle, à obtenir un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation particulière ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au risque de soustraction invoqué par le préfet ;

- il ne présente pas une menace pour l'ordre public.

En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée au regard des circonstances humanitaires dont il se prévaut en lien avec son appartenance à la communauté kabyle ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux circonstances humanitaires dont il se prévaut du fait de son appartenance à la communauté kabyle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951, relative au statut des réfugiés ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée ;

- les observations de Me Lhoni, avocate de M. C, qui conclut aux mêmes fin que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle soulève en outre à l'encontre des décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et faisant interdiction de retour sur le territoire français le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant ;

- les observations de Me Hafdi, représentant le préfet du Nord qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés ;

- et les observations de M. C, assisté de M. A, interprète en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien né le 10 novembre 1996 à Toudja, demande l'annulation de l'arrêté en date du 1er juin 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 14 avril 2023, publié le même jour au recueil n° 92 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E D, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, en particulier, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise l'ensemble des textes dont le préfet du Nord a fait application et rappelle la situation personnelle et familiale de M. C, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification des décisions contestées ne peut qu'être écarté.

5. En dernier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes des décisions attaquées que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation personnelle de M. C.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

7. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'audition de M. C réalisée le 1er juin 2023 par les services de police, que le requérant a été entendu sur sa situation personnelle et a été, contrairement à ce qu'il soutient, mis en état de présenter ses observations quant à la perspective de son éloignement du territoire français. En outre, ainsi qu'il a été énoncé au point précédent, le droit d'être entendu implique seulement que l'intéressé soit mis en mesure de présenter spontanément des observations écrites sans qu'il soit nécessaire pour le préfet d'inviter spécifiquement l'intéressé à formuler de telles observations. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord aurait méconnu le droit de M. C à être entendu doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'audition de M. C réalisée le 1er juin 2023 par les services de police, que le requérant a indiqué avoir quitté l'Algérie en raison du racket qu'il subissait de la part des gendarmes. Interrogé sur l'éventualité d'un éloignement vers son pays d'origine, il a indiqué : " J'étais menacé en Algérie. Si je repars là-bas, c'est la galère ". Ces propos, s'ils contiennent des informations quant aux raisons qui ont conduit le requérant à quitter son pays d'origine, ne peuvent toutefois être considérés comme une demande d'asile en France, alors qu'il résulte au contraire de cette même audition que M. C a précisé avoir antérieurement fait une demande d'asile en France qui a été rejetée et être, de ce fait, " sans papier ". Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève et les dispositions des articles L. 521-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () " et aux termes de l'article L. 421-4 du même code : " Conformément à l'article L. 414-13, lorsque la demande de l'étranger concerne un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement, les cartes de séjour prévues aux articles L. 421-1 et L. 421-3 lui sont délivrées sans que lui soit opposable la situation de l'emploi. () ".

11. Indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement obliger un ressortissant étranger à quitter le territoire français que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

12. D'une part, M. C ne saurait utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision attaquée, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui est relatif à la délivrance d'une carte de séjour pour des raisons humanitaires ou des motifs exceptionnels, laquelle n'est pas de plein droit.

13. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C, qui se prévaut de la création d'une micro-entreprise de nettoyage et de livraison, serait titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée et d'une autorisation de travail. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 421-1 et L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C déclare être arrivé en France en 2019. Il a déposé une demande d'asile le 17 décembre 2020, mais, n'ayant pas envoyé les documents à l'Office français des réfugiés et apatrides dans le délai imparti, sa demande a été rejetée et il n'a pas demandé le renouvellement de son attestation de demandeur d'asile. A la suite de son mariage le 17 juillet 2021, il a demandé un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. En raison de l'irrégularité de son entrée sur le territoire français, sa demande a été rejetée le 26 octobre 2021. Désormais divorcé de son ancienne épouse, M. C déclare être célibataire, sans enfant, et indique vivre " parfois " chez son frère. S'il justifie avoir créé une micro-entreprise dans le domaine du nettoyage de bureau, il n'établit pas que cette activité lui procurerait des ressources. Il ne démontre par ailleurs pas être particulièrement inséré dans la société française. Il ressort au contraire des pièces du dossier, et notamment des éléments de la procédure judiciaire, qu'il a été interpellé à la suite d'un vol de bouteilles de parfums commis avec un autre individu, pour lequel il doit se voir notifier une ordonnance pénale délictuelle. Enfin, il n'est pas établi que le requérant serait isolé dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de M. C doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 14, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. En deuxième lieu, si M. C fait valoir, dans son mémoire complémentaire, craindre d'être exposé, en cas de retour en Algérie, à des traitements inhumains et dégradants en raison de son origine kabyle, il n'apporte aucun élément probant au soutien de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

18. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 14, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, l'article L. 612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

20. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que M. C a déclaré vivre " parfois " chez son frère et qu'il n'est pas en possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Contrairement à ce que soutient le requérant, ces éléments sont suffisants pour établir un risque de fuite de l'intéressé, alors même il n'aurait pas explicitement déclaré son intention de se conformer à la mesure d'éloignement et qu'il n'aurait pas cherché à s'y soustraire. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord aurait commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doit être écarté.

21. En dernier lieu, le préfet du Nord ne s'étant pas fondé, pour refuser à M. C un délai de départ volontaire, sur la circonstance que le comportement de l'intéressé constituerait une menace pour l'ordre public, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :

22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

23. Pour fixer à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet du Nord s'est fondé sur les conditions d'entrée et de séjour en France de M. C, sur sa situation famille, sur la circonstance qu'il n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et sur la menace à l'ordre public que constituait sa présence en France, eu égard au fait qu'il était connu pour des faits de vol avec violence ayant entrainé une incapacité totale de travail supérieure à huit jours, pour des faits de vol aggravé par deux circonstances avec violences et qu'il était au moment de la décision attaquée en garde à vue pour des faits de vol en réunion sans violence. Toutefois, les seules mentions figurant sur le fichier automatisé des empreintes digitales, qui ne comportent aucune information quant aux suites pénales qui ont été apportées à ces faits, sont insuffisantes pour retenir l'implication de M. C dans ces faits et ce faisant, l'existence d'un comportement violent et délinquant de l'intéressé. En outre, les faits de vol en réunion de huit bouteilles de parfum, commis au préjudice d'un magasin, pour lesquels le requérant a été interpellé le 1er juin 2023 et placé en garde à vue, et pour lesquels il se verra notifier une ordonnance pénale délictuelle, ne sauraient caractériser, eu égard à leur nature et à leur faible gravité, l'existence d'une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, en fixant à trois ans la durée pendant laquelle il a interdit à M. C de revenir sur le territoire français, le préfet du Nord a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Dès lors que le principe d'une interdiction de retour sur le territoire français n'est pas divisible de sa durée, l'erreur d'appréciation ainsi commise par le préfet du Nord entache la décision attaquée d'une illégalité totale et doit entraîner son annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Nord du 1er juin 2023 en tant qu'il interdit son retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

25. Le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de M. C et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

26. M. C n'a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle ni directement ni par l'entremise de son conseil. Par suite, son avocate ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dès lors, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision en date du 1er juin 2023 par laquelle le préfet du Nord a fait interdiction à M. C de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Murielle Lhoni et au préfet du Nord.

Jugement rendu en audience publique le 19 juillet 2023.

La magistrate désignée,

Signé

F. BONHOMMELe greffier

Signé

J. MEZIANE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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