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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2305013

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2305013

lundi 13 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2305013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGIRSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 juin, 13 juillet et 8 août 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. A B, représenté par Me Girsch, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2023 en tant que le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " pour raison de santé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, le préfet ne justifiant pas que l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été pris au vu d'un rapport médical établi pour un médecin de l'office et des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé, en méconnaissance de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit, à la demande du tribunal, l'entier dossier médical de M. B, enregistré le 20 juillet 2023 et communiqué le même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Horn a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen né le 2 juin 2000 à Sibirirabo (Guinée), déclare être entrée sur le territoire français le 6 septembre 2018. Sa demande d'asile du 12 octobre 2018 a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 4 avril 2019, puis il a formé un recours à l'encontre de cette décision, rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 janvier 2021. Le 17 mars 2022, il a sollicité un titre de séjour " vie privée et familiale " pour raison de santé. Par un arrêté du

3 janvier 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté en tant que le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " pour raison de santé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B, en application des dispositions précitées, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le moyen commun aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

4. L'arrêté litigieux a été signé par M. C D, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, bénéficiaire d'une délégation de signature concernant notamment les décisions de refus de titre de séjour, d'obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de fixation d'un délai de départ volontaire, de fixation d'un pays de destination et d'interdiction de retour sur le territoire français, consentie par un arrêté du préfet du Nord en date du 13 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 245 du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté litigieux manque donc en fait et ne peut qu'être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, la décision contestée mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure d'en discuter les motifs et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./ La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat./ Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé./ Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée./ () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Et aux termes de l'article R. 425-12 dudit code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () Il transmet son rapport au collège de médecins. () ".

7. Dans le cadre de la présente instance, le préfet du Nord a produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 6 septembre 2022. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège des médecins de l'OFII a été rendu au vu d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et transmis au collège des médecins le

22 juin 2022. En revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet avis ait été rendu au vus des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Toutefois, dès lors que le collège des médecins de l'OFII n'est pas tenu, dans son avis, de se prononcer sur la possibilité pour un ressortissant étranger de bénéficier d'un accès effectif à un traitement approprié dans son pays d'origine lorsqu'il a estimé que, si l'état de santé du ressortissant étranger nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, cette branche du moyen tiré du vice de procédure est inopérante. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté dans toutes ses branches.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait entaché la décision contestée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

9. En quatrième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité ou l'impossibilité pour ce dernier de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet, le 13 mai 2019, d'une opération chirurgicale d'exérèse d'une balle logée dans le muscle à hauteur de la vertèbre lombaire L1. Il ressort également des pièces du dossier qu'il souffre d'une lombalgie basse caractérisée par une discopathie L4-L5 avec hernie médiane latéralisée à droite depuis l'opération, et d'un syndrome post-traumatique caractérisé par des reviviscences traumatiques avec cauchemars, hypervigilance et baisse thymique et pour lequel il a bénéficié d'abord de deux consultations avec un infirmier psychopraticien du centre médico-psychologique de Lambersart en 2019 puis de trois consultations avec un médecin psychiatre les 2 février, 26 mars et

21 mai 2021 et enfin de trois consultations avec un infirmier psychopraticien du centre médico-psychologique de Tourcoing. Au titre de l'ensemble de ses pathologies, il bénéficie de séances de kinésithérapie et d'un traitement médicamenteux associant antidépresseurs - sertraline, lorazépam -, antidouleurs - paracétamol -, caféine et un gel anti-inflammatoire non stéroïdien - diclofenac. Par son avis du 6 septembre 2022, le collège de médecins de l'OFII a considéré que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait toutefois pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Si M. B produit deux certificats de médecins psychiatres des 4 et 18 décembre 2020 attestant respectivement que son état de santé rend sa prise en charge sociale et psychologique souhaitable et qu'il souffre d'un syndrome post-traumatique, aucun document médical n'indique que l'interruption de la prise en charge pourrait entraîner une recrudescence de la symptomatologie ou que le retour dans son pays d'origine entraînerait des conséquences psychologiques majeures et une décompensation du syndrome post-traumatique. Ce faisant, il ne rapporte pas la preuve contraire, qui lui incombe, que l'interruption de son suivi et de son traitement aurait sur son état de santé des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, à supposer même que l'insuffisance de l'offre de soins psychiatriques dans le pays d'origine du requérant ainsi que l'indisponibilité de la sertraline soient établies, ces éléments sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1,

L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. B déclare être entré en France le

6 septembre 2018, à l'âge de 18 ans, et établit sa présence en France à compter de sa demande d'asile du 12 octobre de la même année. Il est célibataire et s'il allègue avoir noué des relations au sein d'un centre d'hébergement à Tourcoing, qui l'accueille depuis le 18 juillet 2019, il ne produit aucune pièce de nature à étayer ses allégations. S'il ressort également des pièces du dossier que M. B a suivi avec succès, au cours des années scolaires 2019-2020 et

2020-2021, des études de certificat d'aptitude professionnel d'agent de propreté et d'hygiène, diplôme qu'il a obtenu en juillet 2021, qu'il s'est également vu décerner le " diplôme du talent Cousteau " de son lycée, ces circonstances, si elles témoignent d'un louable effort d'apprentissage et d'intégration, sont néanmoins insuffisantes pour caractériser une insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Par ailleurs, M. B n'établit pas qu'il serait dans l'incapacité de se réinsérer socialement et professionnellement dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans et où vivent sa mère et sa fille mineure âgée de sept ans. Il suit de là que, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de

M. B en France, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent donc être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Et aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

15. La décision portant refus de titre de séjour étant suffisamment motivée, ainsi qu'il a été dit au point 5, la décision en litige portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

17. En troisième lieu, eu égard à la situation personnelle et familiale du requérant telle qu'elle est décrite au point 12 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

18. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Si M. B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît ces dispositions, ce moyen doit toutefois être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement.

19. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant fixation du pays de destination :

20. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

21. En deuxième lieu, la décision contestée mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure d'en discuter les motifs et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Elle vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que le requérant n'allègue ni n'établit que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de cet article. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

22. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

23. M. B se prévaut également, en cas de retour dans son pays d'origine, du risque de subir des traitements inhumains et dégradants au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ses allégations ainsi que le récit de son parcours de vie ne suffisent pas à établir l'existence d'un tel risque, étant par ailleurs relevé que ces éléments ont été écartés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. Dès lors, il convient d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

24. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant fixant du pays de destination.

25. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2023 en tant que le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles liées aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Nord et à

Me Girsch.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

J. HORNLa présidente,

signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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