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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2305060

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2305060

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2305060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 juin et 19 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Navy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation avant son édiction ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation dans leur application ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation avant son édiction ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 17 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grard,

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine née le 8 août 2001, est entrée sur le territoire français le 8 septembre 2019, munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour de type D portant la mention " étudiant ", valable du 3 septembre 2019 au 3 septembre 2020. Elle a été mise en possession d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " valable du 4 septembre 2020 au 3 novembre 2022. Par un arrêté du 20 mars 2023, le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours tout en fixant le pays de destination et en interdisant son retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté préfectoral du 20 mars 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "salarié détaché ICT", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () ". En outre, aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études.

3. Il ressort des pièces du dossier qu'à compter de son entrée sur le territoire français, la requérante a poursuivi ses études à l'Université de Lille pendant toute la période concernée, au sein d'un cursus à vocation scientifique cohérent. Elle a ainsi suivi une première année de licence en Sciences Exactes, Sciences de l'Ingénieur (SESI) pendant l'année universitaire 2019-2020, qu'elle a validée avec une moyenne générale de 12,04/20. Inscrite en deuxième année de licence informatique pendant l'année universitaire 2020-2021, elle a échoué avec une moyenne de 9,49/20 et s'est à nouveau inscrite dans cette formation pour l'année universitaire 2021-2022. Si, à l'issue des examens, elle a obtenu une moyenne générale de 10,67/20, elle n'a pas été déclarée admise faute de validation de l'intégralité des unités lui permettant de valider sa formation. Toutefois, l'université l'a autorisée à s'inscrire en 3ème année de licence informatique pour l'année universitaire 2022-2023, tout en poursuivant les enseignements des unités non obtenues de L2 afin d'en passer les examens en juin 2023. La requérante produit par ailleurs, d'une part, un certificat médical d'un médecin du centre de santé des étudiants de Lille 1 de l'Université de Lille indiquant qu'elle a connu des problèmes de santé ayant eu des répercussions sur le bon déroulement de ses études pendant les années universitaires 2020-2021 et 2021-2022, et, d'autre part, des attestations des enseignants et responsables des formations suivies témoignant de son sérieux et de son assiduité. Dans ces conditions particulières, Mme A doit être regardée comme ayant poursuivi ses études de façon réelle et sérieuse tout en progressant dans le cadre du cursus suivi. Dès lors, en refusant de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiante, le préfet du Nord a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 20 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Compte tenu du motif d'annulation retenu au point 3 et sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Nord délivre à Mme A un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Navy, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Navy de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours

, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Navy une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Navy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Navy et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. GRARDLe président,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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