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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2305231

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2305231

mercredi 25 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2305231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMARICOURT

Résumé IA

**Sujet principal** : Recours en excès de pouvoir contre un arrêté municipal de mise en demeure de réaliser des travaux de sécurité sur un immeuble présentant un péril grave et imminent. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Lille (3ème Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête et valide l'arrêté, estimant que la motivation de l'arrêté est suffisante et que la procédure (incluant une expertise judiciaire préalable) est régulière. **Textes appliqués** : Articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation (pouvoir de police du maire), et articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration (obligation de motivation des décisions défavorables).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2023, M. D... B..., alors représenté par avocat, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le maire de la commune de Béthune l’a mis en demeure de réaliser, au plus tard au 17 février 2023, des mesures sur l’immeuble situé au 149 rue du Perroy sur la parcelle cadastrée section AO 713 à AO 717, pour garantir la sécurité publique ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Béthune la somme de 2 112 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la motivation de l’arrêté en litige est incomplète ;
- l’arrêté attaqué est entaché d’un vice de procédure dès lors qu’il n’y a pas eu de procédure contradictoire préalable ;
- il est entaché d’une erreur de droit ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- il procède d’un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, la commune de Béthune, représentée en dernier lieu, par la SELARL BCCL, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 octobre 2023, la clôture de l’instruction a été fixée au 26 décembre 2023.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle par une décision du 24 avril 2023.

L’affaire a été renvoyée en formation collégiale en application des dispositions de l’article R. 222-19 du code de justice administrative.

Par un courrier du 25 février 2026, le tribunal a informé M. B... de ce que son avocat n’assurait plus sa représentation et qu’il lui appartenait de solliciter la désignation d’un nouvel avocat pour le représenter ou d’assurer lui-même sa représentation et d’informer le tribunal de sa décision avant le 4 mars 2026, date de l’audience.

Vu :
- l’ordonnance n° 2300390 du 13 janvier 2023 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Lille a désigné M. C... en qualité d’expert ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Leclère,
- les conclusions de M. Horn, rapporteur public,
- et les observations de M. A... B..., fils de M. D... B..., et les observations de Me Jablonski, représentant la commune de Béthune.

Par un mémoire, enregistré le 4 mars 2026, M. B... demande que l’affaire soit renvoyée à une audience ultérieure.


Considérant ce qui suit :

M. B... est propriétaire d’un ensemble immobilier situé 149 rue du Perroy sur le territoire de la commune de Béthune (Pas-de-Calais) situé sur les parcelles cadastrées section AO 713 à AO 717. Par une ordonnance du 16 janvier 2023 prise sur la demande de la commune de Béthune, le juge des référés du tribunal a désigné un expert chargé d’examiner l’état de cet immeuble, de dire si ce dernier est à l’origine d’un péril grave et imminent pour la sécurité publique et, le cas échéant, de proposer les mesures de nature à mettre fin à l’imminence du péril, en précisant le délai dans lequel elles doivent être prises et les modalités de mise en place de l’éventuel périmètre de sécurité. Par un rapport du 19 janvier 2023, cet expert a conclu que l’immeuble en cause était à l’origine d’un péril grave et imminent et a proposé les mesures pour y mettre fin. En conséquence, le maire de la commune de Béthune a, par un arrêté du 20 janvier 2023, mis en demeure M. B... de réaliser, au plus tard au 17 février 2023, différentes mesures pour garantir la sécurité publique. Par sa requête, M. B... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (…) ». Selon l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».

L’arrêté attaqué vise les articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l’habitation et fait mention du courrier d’avertissement adressé à M. B... ainsi que du rapport de l’expert désigné par ordonnance du tribunal administratif du 16 janvier 2023. Il précise également la nature des désordres propres à caractériser la nécessité de mise en sécurité ainsi que les travaux nécessaires pour y remédier. A ce titre, la circonstance que le courrier d’avertissement du 12 janvier 2023 et le rapport d’expertise ne soient pas joints à l’arrêté est, en l’espèce, sans incidence sur sa motivation. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de la motivation doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 511-9 du code de la construction et de l’habitation : « Préalablement à l'adoption de l'arrêté de mise en sécurité, l'autorité compétente peut demander à la juridiction administrative la désignation d'un expert afin qu'il examine les bâtiments, dresse constat de leur état y compris celui des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin au danger. L'expert se prononce dans un délai de vingt-quatre heures à compter de sa désignation. Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un danger imminent, l'autorité compétente fait application des pouvoirs prévus par la section 3 du présent chapitre. ». Aux termes de l’article L. 511-19 du même code : « En cas de danger imminent, manifeste ou constaté par le rapport mentionné à l'article L. 511-8 ou par l'expert désigné en application de l'article L. 511-9, l'autorité compétente ordonne par arrêté et sans procédure contradictoire préalable les mesures indispensables pour faire cesser ce danger dans un délai qu'elle fixe. /(…)/ ».

Il ressort des termes mêmes de l’arrêté du 20 janvier 2023 que ce dernier a été pris sur le fondement des dispositions précitées de l’article L. 511-19 du code de la construction et de l’habitation, lesquelles prévoient expressément que le maire ordonne les mesures indispensables pour faire cesser le danger imminent constaté, sans avoir à suivre une procédure contradictoire préalable. Dès lors, M. B... ne saurait utilement faire valoir qu’il n’a pas été mis en mesure de présenter des observations préalablement à l’adoption de l’arrêté en litige, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration et de l’article L. 511-10 du code de la construction et de l’habitation. Par suite, le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire doit être écarté.

En troisième lieu, la contestation d'un arrêté pris sur le fondement de l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation relève du contentieux de pleine juridiction. Par suite, la légalité d'un tel arrêté s'apprécie à la date à laquelle le juge se prononce.

En l’espèce, il résulte de l’instruction, et notamment du rapport de l’expert désigné par le tribunal le 16 janvier 2023 et déposé le 19 janvier 2023, que celui-ci a conclu, s’agissant de la dépendance latérale, occupée par le fils du requérant, qu’elle « souffre depuis plusieurs années d’absence d’entretien, la bâche d’étanchéité, déplacée par le vent, soumet les bois de charpente et du plancher intermédiaire aux intempéries et aux attaques cryptogamiques. Les bois sont fragilisés et provoquent l’effondrement sous la charge des quelques tuiles restantes. Sur le plan structurel, le mur pignon sur la rue du Perroy subit une déformation du plancher intermédiaire. Un ventre et une fissure apparaissent entre l’appui de fenêtre et le linteau bas. (…). Les joints ne pouvant absorber la déformation, une fissure se produit précédant l’éclatement. (…) ». Par ailleurs, concernant la cheminée de la dépendance, le rapport précise que « La chute du dernier [point de fixation] provoquée par effondrement ou épisode venteux et la défaillance du scellement impacterait le voisin. ». Le rapport conclut à l’existence d’un péril grave et imminent pour la sécurité publique compte tenu de la menace de chute de matériaux sur le domaine public consécutif à la fracture de la maçonnerie et effondrement et de la chute du conduit fibrociment arrière sur des tiers, et prescrit la réalisation de diverses mesures, détaillées dans l’arrêté en litige, consistant, pour le pignon, à la mise en place d’un contrevent ou d’un tirant, pour la cheminée, à la mise en place d’un haubanage ou d’une tige de renforcement et, pour la couverture, à la remise en place de la bâche d’étanchéité et de ses fixations. En se bornant à soutenir que la construction a été réalisée il y a soixante-dix ans, qu’elle « n’a jamais bougé » et que des ferrures en croix sont installées pour maintenir les murs et la cheminée, le requérant ne contestent pas sérieusement les constatations et les conclusions de l’expert. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’erreur de droit quant à l’application des dispositions de l’article L. 511-19 du code de la construction et de l’habitation et de l’erreur manifeste d’appréciation quant à l’état de danger imminent que présentait l’immeuble doivent être écartés.

En cinquième et dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n’est pas établi. Le moyen doit, par suite, être écarté.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Béthune, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B... une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Béthune et non compris dans les dépens.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : M. B... versera à la commune de Béthune une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Béthune est rejeté.







Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D... B... et à la commune de Béthune.


Délibéré après l'audience du 4 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Baillard, président,
- Mme Huchette-Deransy, première conseillère,
- Mme Leclère, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2026.

La rapporteure,


Signé

M. Leclère




Le président,


Signé

B. Baillard

La greffière,




Signé

S. Dereumaux


La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,









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