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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2305291

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2305291

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2305291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juin 2023, M. A B, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de mineur confié au service de l'aide sociale à l'enfance ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dewaele, avocate de M. B, de la somme de 2 000 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision en litige n'est pas motivée ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jaur a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant soudanais né le 15 octobre 2004, déclare être entré en France au cours du mois de novembre 2019. Par un courrier reçu le 2 septembre 2022 par les services de la préfecture du Nord, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de mineur confié au service de l'aide sociale à l'enfance. M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet née le 2 janvier 2023 du silence gardé par le préfet du Nord sur cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est né le 15 octobre 2004, a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance de placement provisoire du 22 septembre 2020. Il était alors âgé de 15 ans et 11 mois. Par un jugement en assistance éducative du 22 décembre 2020, il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Il était dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire à la date de la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est allégué par le préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense, que M. B constituerait une menace pour l'ordre public. En outre, il est scolarisé depuis l'année 2020-2021, d'abord dans le cadre d'un accompagnement parcours formation " Mission de lutte contre le décrochage scolaire " et ensuite en certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " maintenance des véhicules " au titre des années 2021-2022 et 2022-2023. Par ailleurs, il a validé le diplôme d'études en langue française (DELF) de niveau A1 en 2021. Il ressort des pièces du dossier et notamment de ses bulletins scolaires et de la note sociale du formulaire de demande d'accompagnement " entrée dans la vie adulte " que M. B est investi dans ses études et soucieux de sa bonne insertion dans la société française. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est allégué par le préfet du Nord qui, ainsi qu'il a déjà été dit, n'a pas produit de mémoire en défense, que la nature des liens de M. B avec sa famille restée dans son pays d'origine, remettrait en cause l'appréciation de façon globale du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation et l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française. Dans ces conditions, le préfet du Nord a commis une erreur d'appréciation en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet née le 2 janvier 2023 du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de mineur confié au service de l'aide sociale à l'enfance

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'une une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à M. B sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dewaele, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dewaele de la somme de 1 200 euros.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision implicite de rejet née le 2 janvier 2023 du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de mineur confié au service de l'aide sociale à l'enfance de M. B, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Dewaele une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Dewaele renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Me Dewaele et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. JaurLe président,

Signé

J.-M. RiouLe président,

La greffière,

Signé

S. Ranwez

La greffière,

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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