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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2305351

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2305351

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2305351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDUBRULLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 et 30 juin 2023, la société Free Mobile représentée par Me Martin demande au juge des référés :

1°) de suspendre sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative l'exécution de l'arrêté du 12 décembre 2022 par laquelle le maire de la commune de Flines-lez-Raches s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 21 octobre 2022 pour l'implantation d'une station de téléphonie mobile sur un terrain sis rue de Maraichon sur le territoire de cette commune ;

2°) d'enjoindre au maire de Flines-lez-Raches, de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire dans le cas où l'existence d'une décision tacite de non-opposition à cette déclaration ne serait pas admise, de ré-instruire sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Flines-lez-Raches une somme de 5 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie au regard de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile et aux intérêts propres des opérateurs qui ont pris des engagements à ce titre envers l'Etat ; en l'espèce, la couverture par le réseau 4G et THD de la société Free Mobile est insuffisante par rapport à son objectif de couverture du territoire métropolitain imposé au 8 décembre 2030 par son nouveau cahier des charges ; la couverture en cause doit s'apprécier par rapport aux antennes dont elle dispose et non par rapport à la couverture résultant de la présence de l'ensemble des opérateurs ; les cartes produites au dossier établissent que l'antenne en cause desservira un territoire dont la société Free Mobile n'assure pas la couverture ; son implantation correspond ainsi à la fois à un intérêt public et à son intérêt propre ; elle justifie donc de l'urgence à suspendre la décision attaquée ;

- la décision d'opposition méconnaît l'article 222 de la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 en ce qu'elle constitue le retrait illégal de la décision tacite de non-opposition, née à l'issue du délai d'un mois pour l'instruction de sa déclaration déposée le 21 octobre 2022, délai qui n'a pas été régulièrement prolongé par la commune ; à supposer même que le délai ait été prolongé dans les délais, la décision expresse d'opposition aux travaux devait être notifiée avant le 21 décembre 2022, ce qui n'a pas été le cas en l'espèce ;

- cette décision ne peut trouver son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme dès lors que les coûts d'extension du réseau électrique qui seraient nécessaires seront obligatoirement à la charge du déclarant en vertu des articles

L. 332-15 et L. 332-8 du code de l'urbanisme ;

- le projet est conforme aux exigences posées par le plan local d'urbanisme (PLU) pour la zone Ap ; le maire de Flines-lez-Raches ne peut pas soutenir que le projet va porter atteinte au caractère agricole de la zone Ap.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, la commune de Flines-lez-Raches, représentée par Me Dubrulle et Hau, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Free Mobile d'une somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête ne satisfait ni à la condition d'urgence ni à celle de doute sérieux prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ;

Vu :

- la requête par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation de l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- décret n° 2021-981 du 23 juillet 2021 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lassaux, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 juin 2023 à 11 heures 30 :

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lassaux, juge des référés ;

- les observations de Me Mirabel, représentant la société Free Mobile, qui reprend les conclusions et moyens exposés dans la requête ;

- et les observations de Me Hau, représentant la commune de Flines-lez-Raches qui reprend en les développant les arguments exposés dans ses écritures ; il soutient également que la nouvelle version de l'article R. 423-48 du code de l'urbanisme à la suite de la modification de cet article par le décret n°2021-981 du 23 juillet 2021 ne fait pas obstacle à ce que le maire puisse prolonger les délais d'instruction par le simple envoi d'un courrier électronique en application de l'article L. 111-15 alinéa 2 et R. 112-20 du code des relations entre le public et l'administration ; le délai d'instruction d'un mois a donc été interrompu et la décision tacite de non-opposition ne pouvait pas naître avant le 21 décembre 2022 ; par une décision du 12 décembre 2022, le maire de la commune a donc pu prendre une décision d'opposition et non un retrait d'une décision de non-opposition au travaux ; la circonstance que la décision d'opposition ait été notifiée après le 21 décembre 2022 résulte de l'écoulement d'un délai d'acheminement anormalement long ; aucune décision tacite de non-opposition n'a donc pu naître et être retirée postérieurement à sa naissance.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Deux notes en délibéré, présentées par Me Martin, pour la société Free Mobile, ont été enregistrées les 30 juin 2023 et 4 juillet 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'ont pas été communiquées à la commune de Flines-lez-Raches

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. La société Free Mobile a déposé le 21 octobre 2022 un dossier de déclaration préalable, enregistré sous le n° DP 059 239 22 D0083, ayant pour objet l'installation d'une station de relais de téléphonie mobile sur un pylône implanté sur un terrain, sis rue de Maraichon à Flines-lez-Raches. Le maire de cette commune s'est, le 12 décembre 2022, opposé à cette déclaration préalable. Par cette requête, la société Free Mobile demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. En l'espèce, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et aux intérêts propres de la société Free Mobile, qui, d'une part, a pris des engagements de couverture du territoire envers l'Etat, notamment dans ses cahiers des charges " 4 G " et " THD " dont les exigences ne sont pas encore satisfaites par cette société au niveau national et, d'autre part, à la circonstance que la partie du territoire de la commune de Flines-lez-Raches sur laquelle le projet, objet du litige, doit être implanté n'est pas couverte par le réseau de téléphonie mobile de la société Free Mobile, cette société justifie de l'urgence qui s'attache à ce que cette décision soit suspendue, sans attendre le jugement de la requête à fin d'annulation dirigée à son encontre. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L.521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

Sur les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. d'une part, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable () ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". L'article R. 423-18 du même code prévoit que " Le délai d'instruction est déterminé dans les conditions suivantes : a) Un délai de droit commun est défini par la sous-section 2 ci-dessous (). b) Le délai de droit commun est modifié dans les cas prévus par le paragraphe 1 de la sous-section 3 ci-dessous. La modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de la demande () ". L'article R. 423-23 du code de l'urbanisme prévoit que : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () " et son article R. 423-43 prévoit que : " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R. 423-24 à R. 423-33, l'autorité compétente indique au demandeur ou à l'auteur de la déclaration, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie : a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ () ". Une demande de production de pièce manquante () ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R. 423-23 à R. 423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R. 423-42 à R. 423-49 ".

6. Par ailleurs, Par ailleurs, aux termes de l'article R. 424-10 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur : " La décision accordant ou refusant le permis ou s'opposant au projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal. () ". En outre, aux termes de l'article R. 423-48 du même code, dans sa version e vigueur : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. ". Le décret n° 2021-981 du 23 juillet 2021 porte notamment application de l'article L. 423-3 du code de l'urbanisme, dans sa version résultant de l'article 62 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, qui prévoit, dans les communes dont le nombre total d'habitants est supérieur à 3 500, une télé-procédure spécifique permettant de recevoir et d'instruire sous forme dématérialisée les demandes d'autorisation d'urbanisme déposées à compter du 1er janvier 2022.

7. D'autre part, l'article 222 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 dispose : " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au

31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. ".

8. Il résulte de l'instruction que la déclaration de travaux litigieuse a été déposée le 21 octobre 2022. Si, par voie électronique, le maire de la commune de Flines-lez-Raches a informé, le 19 novembre 2022, la société requérante que le délai d'instruction du dossier de déclaration préalable était porté d'un à deux mois, il résulte des dispositions précitées qu'un tel courriel ne permet pas, pour les demandes d'autorisation d'urbanisme déposées, à compter du 1er janvier 2022, comme en l'espèce, de prolonger régulièrement le délai d'instruction. Seul un envoi en lettre recommandée ou une communication via un système de télé-procédures spécifiques permettant de recevoir et d'instruire sous forme dématérialisée les demandes d'autorisation d'urbanisme aurait pu prolonger régulièrement le délai d'instruction. Il s'ensuit qu'en l'état de l'instruction, l'arrêté du 12 décembre 2022 doit s'analyser comme portant retrait de la décision de non-opposition tacite dont la société requérante est devenue titulaire à la suite du silence gardé pendant un mois sur sa déclaration préalable déposée le 21 octobre 2022. Par conséquent, le moyen tiré de ce que cette autorisation tacite n'était susceptible d'aucun retrait, conformément aux prescriptions de l'article 222 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté d'opposition attaqué.

9. En deuxième lieu, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du maire de Flines-lez-Raches au regard des dispositions du PLU prévoyant que le secteur Ap autorise les constructions et les installations nécessaires aux services publics ou intérêt collectif sous réserve de ne pas porter atteinte au caractère agricole de la zone est également de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

11. Il résulte de ce qui précède que la société Free Mobile est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 12 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Flines-Lez-Raches s'est opposé à sa déclaration préalable en vue de l'installation d'une station de téléphonie mobile sur une parcelle située rue de Maraichon à Flines-lez-Raches.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. La présente ordonnance implique nécessairement d'enjoindre au maire de la commune de Flines-lez-Raches de délivrer, à titre provisoire, un certificat de non opposition à déclaration préalable à la société Free Mobile dans un délai d'un mois à compter de sa notification, sans qu'il y ait lieu, à ce stade, d'assortir l'injonction en ce sens, d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Flines-Lez-Raches une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, la société Free Mobile n'étant pas la partie perdante, les conclusions présentées par la commune de Flines-Lez-Raches tendant à l'application de ces mêmes dispositions doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 12 décembre 2022 du maire de la commune de Flines-Lez-Raches est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête de la société Free Mobile tendant à son annulation.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Flines-Lez-Raches de délivrer, à titre provisoire, un certificat de non-opposition à déclaration préalable à la société Free Mobile dans le délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3: La commune de Flines-Lez-Raches versera une somme de 1 500 euros à la société Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la société Free Mobile est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Flines-lez-Raches au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de Flines-Lez-Raches.

Copie en sera transmise pour information au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Douai.

Fait à Lille, le 5 juillet 2023.

Le juge des référés,

Signé

P. LASSAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2305351

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