lundi 7 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2305393 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LANCIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juin et 7 août 2023, M. B D demande au tribunal dans le dernier état des écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de procéder, avant dire droit à une expertise en application des dispositions de l'article L. 621-1 du code de justice administrative ;
3°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 16 juin 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
4°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
5°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen et au sein du fichier des personnes recherchées ;
6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros qu'il versera à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
- une expertise est utile pour déterminer si une charge médicale de ses troubles psychiatriques est nécessaire ; l'expert pourra évaluer l'existence d'une gravité exceptionnelle en cas d'absence de soins et si les soins nécessaires sont disponibles dans son pays d'origine ;
Sur la légalité de l'ensemble des décisions attaquées :
- le signataire des décisions contestées ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- son droit à être entendu consacré par les principes généraux de l'Union européenne a été méconnu ;
- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile combinées aux dispositions des articles R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet, informé de ses problèmes de santé, aurait dû lui permettre de saisir le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- les décisions attaquées portent une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la légalité de la décision portant délai de départ volontaire :
- la décision litigieuse est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- il ne présente pas de risque de fuite ; il dispose d'un passeport et d'une adresse stable ; il ne s'est pas soustrait à une mesure précédente ;
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
- la décision litigieuse est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision litigieuse est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne constitue pas une menace à l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2023, le préfet du Nord, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Michel en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Michel, magistrate désignée,
- les observations de Me Cardon représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ; il précise que le dossier doit être renvoyé à une audience ultérieure et qu'une expertise est nécessaire faute de disposer des certificats médicaux du médecin du centre de rétention administratif ou du collège de médecins de l'OFII saisi par le requérant ; il indique que le procès-verbal d'audition n'est pas produit dans sa totalité ; le requérant souffre d'une pathologie psychiatrique grave qui nécessite des soins dont il ne peut bénéficier en Côte d'Ivoire ;
- les observations de M. D qui indique vouloir régulariser sa situation en France ;
- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant ivoirien, né le 19 mars 2000, entré en France muni d'un visa délivré le 20 décembre 2018 par les autorités consulaires situées à Abidjan (Côte d'Ivoire), a été débouté de sa demande d'asile par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 13 novembre 2020, notifiée le 3 décembre 2020. Par un arrêté du 3 janvier 2022, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Le 15 juin 2023, M. D a été interpellé par les services de police puis placé en garde à vue. Par un arrêté du 16 juin 2023, le préfet du Nord l'a, de nouveau, obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. D demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté du 16 juin 2023.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté en litige :
4. En premier lieu, par un arrêté du 14 avril 2023, publié le même jour au recueil n° 92 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C A, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, en particulier, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
5. En deuxième lieu, les décisions attaquées énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent de manière suffisamment détaillée. Les mentions qu'elles comportent sont ainsi de nature à mettre en mesure le requérant d'en discuter utilement les motifs et le juge d'exercer son contrôle sur les décisions en litige, qui n'avaient pas à mentionner tous les éléments factuels de la situation de l'intéressé. Si le requérant fait valoir que l'arrêté attaqué ne mentionne pas ses troubles psychiatriques à l'origine de son hospitalisation le 25 juin 2023, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que ces considérations de fait aient été portés à la connaissance du préfet avant l'édiction de l'arrêté litigieux. En outre, il résulte des termes de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, que le préfet du Nord a expressément mentionné la durée de présence de M. D sur le territoire français ainsi que la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence d'une mesure d'éloignement précédente et d'un comportement constitutif d'une menace pour l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait des décisions attaquées doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de l'acte en litige, que le préfet du Nord a procédé, avant de prendre l'arrêté litigieux, à un examen particulier des éléments qui caractérisent la situation personnelle de M. D. A cet égard, si le requérant se prévaut de l'absence d'examen de ses troubles psychiatriques ayant entrainé une hospitalisation le 25 juin 2023, il résulte de ce qui précède que ces éléments n'ont pas été portés à la connaissance du préfet avant l'édiction de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.
7. En quatrième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment des pages nos 1 et 3 produites du procès-verbal d'audition à laquelle ont procédé les services de police le 16 juin 2023, qui n'avait pas à être produit, sous peine d'irrégularité, dans la totalité, que le requérant, qui a été questionné sur son entrée en France, ses liens sur le territoire français, sur l'existence d'un handicap ou d'une situation de vulnérabilité, a été informé qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et a été invité à présenter ses observations. La circonstance que l'intéressé n'ait pas été accompagné par son avocat ou qu'il n'ait eu accès à son téléphone pendant l'audition ne sont pas de nature à établir une atteinte au droit à être entendu. Par suite, le moyen tiré par M. D de la violation du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".
10. Il résulte de ces dispositions que dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
11. En l'espèce, si M. D se prévaut, pour la première fois dans ses écritures, de troubles psychiatriques pour lesquels il a fait l'objet d'une hospitalisation le 25 juin 2023, soit postérieurement à la date de l'arrêté attaqué du 16 juin 2023, il n'a toutefois mentionné aucun problème de santé lors de son audition par les services de police le 16 juillet 2023, qui l'ont questionné sur l'existence d'un handicap ou d'une situation de vulnérabilité et n'a pas davantage porté cet élément à la connaissance du préfet avant l'édiction de la décision attaquée de sorte que ce dernier ne disposait, à cette date, d'aucun élément lui permettant de suspecter que M. D présentait un état de santé pouvant la faire entrer dans la catégorie des étrangers ne pouvant être éloigné du territoire français et qui aurait dû le conduire à recueillir l'avis du collège de médecins de l'OFII. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que M. D souffre de troubles psychiatriques de type psychotique pour lesquels un accompagnement psychiatrique est nécessaire, il n'est toutefois pas établi que le traitement et la prise en charge de ces troubles ne seraient disponibles en Côte d'Ivoire. Par suite, et sans qu'il y ait lieu d'ordonner l'expertise médicale sollicitée, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. D, célibataire et sans charge de famille, ne dispose d'aucun lien amical ou familial sur le territoire français. En outre, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches en Côte d'Ivoire, où il a résidé la majorité de sa vie. Par ailleurs, l'intéressé n'apporte aucune preuve d'une intégration sociale ou professionnelle en France. Dans ces conditions, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France et à la précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit, dès lors, être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.
14. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir, pour contester la légalité de l'arrêté litigieux, de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fixent les conditions pour la délivrance d'un titre de séjour.
En ce qui concerne la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce que notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. M. D ne saurait, par suite, soutenir que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
17. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, que M. D a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 3 janvier 2022. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que cette mesure d'éloignement n'a pas pu être exécutée, en raison de la soustraction du requérant à un test PCR, le 1er février 2022. Dans ces circonstances, le préfet pouvait légalement estimer que le requérant devait être regardé comme s'étant soustrait de façon intentionnelle au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à son éloignement. En outre, si le requérant a déclaré, lors de son audition par les services de police le 16 juin 2023, détenir une résidence située à Valenciennes, il ne produit toutefois aucun élément de nature à établir l'effectivité de cette résidence permanente. L'ensemble de ces circonstances est, par suite, de nature à faire regarder comme établi l'absence de garanties de représentations suffisantes, au sens des 5° et 8° des dispositions citées au point 22.
18. S'il ressort des pièces du dossier que le préfet disposait d'une copie du passeport du requérant, il résulte toutefois de l'instruction que les motifs tirés de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle le requérant s'est soustrait et de l'absence de résidence effective, sont de nature, conformément à l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à justifier, à eux seuls, le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire en litige.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. M. D ne saurait, par suite, soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
21. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le requérant n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'établir qu'il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en violation des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
23. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. M. D ne saurait, par suite, soutenir que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
25. En second lieu, M. D ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit plus haut, d'une insertion, ni d'attaches particulièrement stables ou intenses sur le territoire français. En outre, le requérant ne justifie, ni même allègue, de circonstances humanitaires, au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à faire obstacle à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit prononcée. Par ailleurs, si, comme le souligne le requérant, la circonstance qu'il a fait l'objet de deux signalements auprès des services de police ne suffit pas à qualifier son comportement de menace à l'ordre public, il demeure qu'eu égard à l'ancienneté de la présence du requérant sur le territoire français, ses liens avec la France et l'existence d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant la durée de cette interdiction à deux ans.
26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
27. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution, de telle sorte que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Cardon et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2023.
La magistrate désignée,
Signé
C. MICHELLe greffier,
Signé
J. MEZIANE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui la concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026