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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2306190

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2306190

lundi 24 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2306190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBODART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 juillet 2023 et le 21 juillet 2023

à 12 h 08, M. A B, représenté par Me Maton, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel la maire de la ville de Lille a prononcé sa révocation ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lille la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est privé de tout revenu ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

* le rapport de saisine du conseil de discipline n'est pas daté, ce qui l'empêche de s'assurer que ce conseil a été saisi par une autorité compétente ;

* elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis rendu par le conseil de discipline n'a pas été communiqué à l'autorité territoriale ;

* elle est insuffisamment motivée, de même que l'avis du conseil de discipline ;

* les faits reprochés ne sont pas matériellement établis et ne peuvent donc justifier une sanction de révocation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023 à 5 h 42, la commune de Lille, représentée par Me Bodart, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la requête, enregistrée le 5 juillet 2023, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 juillet 2023 à 14 heures, M. Riou a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Laporte substituant Me Maton, représentant M. B qui souligne que l'urgence est avérée, s'agissant d'une décision privative de revenu, et qu'il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision, intervenue sur un rapport non daté et donc pris par un fonctionnaire dont il n'est pas certain qu'il exerçait régulièrement ses fonctions, à l'issue d'une procédure irrégulière du fait d'une double réunion du conseil de discipline et sur la base d'une présomption de culpabilité entachée d'une erreur de droit, alors qu'il existe un témoignage direct sur l'état normal de la victime peu après l'incident en cause ;

- les observations de Me Bodart, représentant la commune de Lille, qui fait valoir que l'urgence n'est pas démontrée, compte tenu du droit à l'assurance chômage de l'intéressé et de l'intérêt du service public de ne pas le réintégrer et que la décision est légale : l'incompétence de l'auteur du rapport n'est pas démontrée et la matérialité des faits reprochés est suffisamment établie par le témoignage de la victime et de sa hiérarchie très rapidement informée de ces faits, à défaut de témoignages contraires portant sur la situation exacte de la victime au moment des faits.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 12 juin 2023, la maire de Lille a appliqué à M. B la sanction de la révocation. Par sa requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 532-9 du code général de la fonction publique : " Lors d'une procédure disciplinaire, l'autorité territoriale saisit le conseil de discipline par un rapport précisant les faits reprochés et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis ".

4. La mention de sa date n'est pas une condition de la légalité d'un acte administratif. En outre, s'il est constant que le rapport prévu par les dispositions citées au point précédent ne comporte pas de date, la décision attaquée mentionne qu'il a été établi le 5 septembre 2022, date qui n'est contredite par aucune pièce du dossier. Les moyens tirés du défaut de mention de sa date dans le rapport à l'autorité territoriale et de l'incompétence de son auteur ne sont pas propres, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 12 du décret du 18 septembre 1989 visé ci-dessus : " Le conseil de discipline délibère sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée ".

6. Aucun principe général non plus qu'aucun texte ne fait obstacle à ce que l'autorité administrative compétente saisisse à nouveau une commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline, après qu'elle a émis un avis sur le principe de la sanction disciplinaire et, le cas échéant, le type de sanction devant être infligée à un agent, en lui demandant d'émettre un nouvel avis qui se substitue au premier, sous réserve que cette nouvelle saisine ne révèle pas un détournement de procédure.

7. Il est constant que le conseil de discipline a statué à deux reprises sur le cas de M. B, le 12 octobre 2022 et le 26 avril 2023. Il est également constant qu'à l'issue du premier conseil de discipline, l'agent poursuivi et l'autorité territoriale ont eu connaissance d'un avis du conseil de discipline, pris à la majorité, de proposer la sanction de la révocation, à l'instar de la position prise lors du second conseil de discipline. En l'état de l'instruction, y compris compte tenu de la circonstance qu'aucun avis n'a été adressé à l'autorité territoriale après la première réunion du conseil de discipline, le moyen tiré d'un détournement de procédure n'est pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique : " L'avis [du conseil de discipline] et la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ".

9. En l'état de l'instruction, compte tenu notamment des mentions détaillées du procès-verbal du conseil de discipline du 26 avril 2023 et des termes de la décision attaquée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation n'est pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en cause.

10. En dernier lieu, en l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen.

11. La seule déclaration, regrettable, de l'auteur du rapport devant le conseil de discipline, sur la nécessité de faire valoir prévaloir une présomption en faveur des victimes pour tout manquement à caractère sexuel, ne suffit pas à caractériser que la décision de révocation ait méconnu la règle de dévolution de la charge de la preuve rappelée au point précédent. En l'état de l'instruction, compte tenu des témoignages de la victime, de son supérieur hiérarchique qui a recueilli peu de temps après les faits son récit et à défaut de témoignages contraires circonstanciés, le moyen tiré de ce que les faits reprochés ne seraient pas établis n'est pas davantage de nature à créer à un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

12. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens, visés ci-dessus, ne paraît propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision de révocation de M. B, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Lille à ce titre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Lille au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et à la commune de Lille.

Fait à Lille, le 24 juillet 2023.

Le juge des référés,

signé

J.M. RIOU

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2306190

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