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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2306236

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2306236

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2306236
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGIRSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoire, enregistrés les 7 juillet, 23 août et 29 septembre 2023, M. C B représenté par Me Girsch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée familiale " pour raisons de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer, dans les mêmes conditions d'astreinte, sa demande de titre de séjour et de lui délivrer dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence de la signataire de la décision contestée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée de vices de procédure au regard des dispositions des articles L. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 dès lors que :

- il appartient au préfet de produire l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de justifier que cet avis a été rendu collégialement ;

- il appartient au préfet d'établir que l'avis du collège médical de l'OFII a

été signé par les membres composant le collège de médecins afin de vérifier leur compétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet du Nord se fonde sur l'absence de réalité et de gravité de son état de santé et ne démontre pas la disponibilité d'un traitement effectif au Maroc ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article R.425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas produit l'entier dossier médical.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence de la signataire de la décision contestée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juillet 2023, le préfet du Nord, conclut au rejet de la requête au motif que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

L' Office français de l'immigration et de l'intégration a transmis l'entier dossier médical de la requérante le 20 juillet 2023 et a produit un mémoire en observation enregistré le 7 septembre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Horn a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant marocain, né le 3 avril 1994 à Oujda (Maroc), déclare être entrée sur le territoire français le 1er janvier 2018. Par une demande formée le 27 janvier 2022, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", en invoquant son état de santé. Par un arrêté du 10 mars 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur le moyen commun aux décisions contestées :

2. Les décisions contestées, qui n'avaient pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de l'intéressé, mentionnent, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure d'en discuter les motifs et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

Sur les autres moyens soulevés contre la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 15 février 2023, publié le même jour au recueil spécial n° 42 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. A D, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté en litige, aux fins de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / () ". Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis () La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège / () ".

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".

6. Dans le cadre de la présente instance, le préfet du Nord a produit l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 5 juillet 2022. Cet avis comporte la mention " Après en avoir délibéré, le collège de médecins de l'OFII émet l'avis suivant : () ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, et est signé par les trois médecins qui l'ont composé. Il ressort également du bordereau de transmission produit que ce même avis du collège des médecins de l'OFII a été rendu par trois médecins du service médical de l'OFII, nommément mentionnés sur ledit avis, nommés par une décision du 14 mars 2022, régulièrement publiée, du directeur général dudit établissement. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le rapport médical prévu par les dispositions précitées de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 a été établi par un médecin du service médical de l'OFII, le docteur E F, qui n'a pas siégée au sein du collège de médecins. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté dans ses deux branches.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait entaché la décision contestée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

9. D'une part, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions de l'article L. 425-9, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

10. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile

11. Pour refuser de délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé à M. B, le préfet s'est fondé sur la circonstance que le requérant ne démontre pas la réalité et la gravité de son état de santé et, en s'appuyant sur l'avis du collège des médecins de l'OFII, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

12. En l'espèce, par son avis du 5 juillet 2022, le collège de médecins du service médical de l'OFII a précisé que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, que l'intéressé peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre d'une maladie de Crohn et d'une maladie coeliaque, la première diagnostiquée en décembre 2020 et traitée initialement par pentasa puis, à compter de février 2022 par humira en raison du constat d'un échappement au traitement par pentasa. Dès lors que le préfet n'apporte aucune pièce étayant le motif selon lequel la réalité et la gravité de l'état de santé du requérant n'est pas établie, ce motif est entaché d'erreur d'appréciation. Mais le préfet du Nord s'est également fondé sur la circonstance que M. B peut bénéficier d'un traitement médical approprié dans son pays d'origine. A cet égard, si le requérant se prévaut de ce qu'une ordonnance du 24 janvier 2023 lui prescrit de la bispetine et de l'acide fusidique, qui n'apparaissent pas parmi les substances admises au remboursement dans le guide marocain des médicaments remboursables, de sorte qu'une partie de son traitement n'est pas disponible au Maroc, cette prescription a été signée par un médecin dermatologue pour le traitement d'une infection dermatologique sans rapport avec les pathologies ayant motivé sa demande de séjour et dont aucune pièce n'indique qu'elle soit de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de défaut de traitement. En outre, si le requérant allègue que la seule liste des médicaments remboursables au Maroc, produite par le préfet en défense, n'établit pas la disponibilité du traitement Humira, il ne conteste pas les allégations de l'OFII qui avance dans ses observations que " l'anti TNF alpha Adalimumab [substance active de l'humira] est disponible au Maroc (Medcoi BMA 13620 du 26.05.2020) : Pharmacie Saissi, Souira Kedima " et que " ce produit figure dans la liste nationale des medicaments disponibles au Maroc (https://medicament.ma/) ". Il n'est pas plus contesté par le requérant qu'un suivi gastroentérologique hospitalier est disponible dans au moins deux centres hopitalo-universitaires du Maroc, ni qu'un suivi gastroentérologique ambulatoire est possible dans toutes les grandes villes du pays. Il ressort ainsi des pièces du dossier qu'en retenant que M. B pouvait bénéficier d'un traitement médical approprié dans son pays d'origine, le préfet du Nord n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur d'appréciation. Enfin, il résulte de l'instruction que le préfet du Nord aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur le motif tiré de ce que M. B pouvait bénéficier d'un traitement médical approprié dans son pays d'origine.

13. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. B, célibataire et sans charge de famille, déclare être entrée sur le territoire français le 1er janvier 2018, à l'âge de vingt-quatre ans, mais n'établit sa présence en France qu'à compter de l'année 2020. S'il allègue être hébergé par sa sœur depuis son arrivée en France et avoir développé avec elle un lien fort, ancien et stable, il n'apporte aucune pièce permettant d'étayer ces allégations. S'il avance que sa vie privée se situe en France, il n'apporte à nouveau aucun élément permettant d'établir cette allégation. Enfin, il ne justifie pas qu'il se retrouverait en situation d'isolement, ni qu'il serait dépourvu d'attaches privées et familiales au Maroc, pays dans lequel il a vécu à tout le moins jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans et où résident encore ses parents. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les autres moyens soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 du présent jugement, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ne peut qu'être écarté.

18. En troisième et dernier lieu, les moyens tirés du défaut d'examen particulier, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment.

19. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision portant fixation du pays de sa destination :

20. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

21. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2023. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, de même que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Girsch et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. HORNLa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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