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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2306353

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2306353

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2306353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBALAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 juillet et 21 décembre 2023, la société Oxial, représentée par Me Dubrulle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2023 par lequel le maire de la commune d'Estaires, d'une part, a retiré son arrêté du 7 mars 2023 refusant de lui accorder un permis de construire 31 logements individuels sur un terrain sis rue du bois, parcelle section cadastrée D700 et, d'autre part, a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Estaires la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que, dans le dernier état de ses écritures :

- l'arrêté attaqué procède illégalement au retrait d'un permis de construire tacitement accordé, dès lors que d'une part, la majoration du délai d'instruction par le courrier du 16 septembre 2022 n'était pas fondée, l'arrêté de zonage préfectoral du 21 février 2007 pris pour l'application des dispositions de l'article 4 du décret n°2004-490 du 3 juin 2004, codifié à l'article R.523-4 du code de l'urbanisme, dont l'illégalité est soulevée par voie d'exception, instituant des seuils exprimés au regard de la superficie des terrains concernés et non au regard de l'emprise au sol des travaux soumis à permis de construire, et d'autre part, le courrier du 15 novembre 2022 n'a pu avoir pour effet de prolonger le délai d'instruction, le courrier ayant été rédigé postérieurement au délai d'un mois à compter du récépissé de dépôt du dossier de demande de permis de construire et le dossier étant réputé complet à compter du 14 octobre 2022 ;

- ce retrait méconnaît les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire préalable ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme dès lors que le maire de la commune n'établit pas être dans l'impossibilité d'indiquer dans quels délais les travaux d'extension du réseau public d'électricité pouvaient être réalisés ;

- le maire ne pouvait légalement fonder son refus sur la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article UC3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune d'Estaires dès lors, en première part, que celles-ci sont illégales, car créant, sans base légale, une destination " logement collectif " ne faisant pas partie de la liste limitative des destinations prévues par le code de l'urbanisme, en seconde part, que ces dispositions n'ont trait qu'aux voies de desserte externes assurant l'accès à l'emprise foncière et ne sont pas opposables aux voies internes et, en dernière part, que le projet relevant des dispositions de l'article

R. 431-24 du code de l'urbanisme, le respect des règles d'urbanisme doit s'appliquer à l'échelle du terrain d'assiette du projet avant division ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UC4 du règlement du PLU de la commune d'Estaires dès lors que le projet pouvait être raccordé au réseau d'eau potable et qu'une prescription aurait pu permettre de faire respecter ces dispositions ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UC7 du règlement du PLU de la commune d'Estaires ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UC11 du règlement du PLU de la commune d'Estaires, les enduits de ton blanc étant autorisés pour les murs extérieurs.

Par des mémoires enregistrés le 18 octobre 2023 et le 2 janvier 2024, la commune d'Estaires, représentée par la SELARL Edifices Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 500 euros soit mise à la charge de la société Oxial au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande est irrecevable dès lors qu'il n'est pas justifié de la qualité pour agir de la société Oxial ;

- les moyens soulevés par la société Oxial ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 10 novembre 2016 définissant les destinations et sous-destinations de constructions pouvant être réglementées par le règlement national d'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grard,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,

- les observations de Me Dubrulle, représentant la société Oxial ;

- et les observations de Me Roels, représentant la commune d'Estaires.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 mars 2023, le maire de la commune d'Estaires a refusé de délivrer à la société Oxial un permis de construire 31 logements individuels sur un terrain sis rue du bois, parcelle section cadastrée D700. La société Oxial a formé le 13 avril 2023 un recours gracieux. Par un arrêté du 9 juin 2023, le maire de la commune a retiré l'arrêté du 7 mars 2023 et a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. Par sa requête, la société Oxial demande au tribunal d'annuler l'arrêté du maire de la commune d'Estaires en date du 9 juin 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le vice de procédure :

2. En premier lieu, le délai d'instruction des demandes de permis de construire, est, selon l'article R. 423-18 du code de l'urbanisme, déterminé dans les conditions suivantes :

" a) Un délai de droit commun est défini [à l'article R. 423-23]. En application de l'article

R. 423-4, il est porté à la connaissance du demandeur par le récépissé ; / b) Le délai de droit commun est modifié dans les cas prévus [aux articles R. 423-24 à R. 423-33]. La modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de la demande ; / c) Le délai fixé en application des a ou b est prolongé dans les cas prévus [aux articles R. 423-34 à R. 423-37-3], pour prendre en compte des obligations de procédure qui ne peuvent être connues dans le mois qui suit le dépôt de la demande ". Aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / () / b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; / c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire () ".

Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : a) Lorsque le projet est soumis (), à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévus par d'autres législations ou réglementations que le code de l'urbanisme () ". Aux termes de l'article R. 425-31 de ce code : " Lorsque le projet entre dans le champ d'application de l'article R. 523-4 du code du patrimoine, le dossier joint à la demande de permis comprend les pièces exigées à l'article R523-9 de ce code. La décision ne peut intervenir avant que le préfet de région ait statué, dans les conditions prévues à l'article R523-18 de ce code sur les prescriptions d'archéologie préventive. ". Aux termes de l'article R. 523-4 du code du patrimoine : " Entrent dans le champ de l'article R. 523-1 : / 1° Lorsqu'ils sont réalisés dans les zones prévues à l'article R. 523-6 et portent, le cas échéant, sur des emprises au sol supérieures à un seuil défini par l'arrêté de zonage, les travaux dont la réalisation est subordonnée : / a) A un permis de construire en application de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code de l'urbanisme relatives, notamment, à l'instruction des demandes de permis de construire naît un permis tacite. Une modification du délai d'instruction notifiée après l'expiration du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-18 de ce code ou qui, bien que notifiée dans ce délai, ne serait pas motivée par l'une des hypothèses de majoration prévues aux articles R. 423-24 à R. 423-33 du même code, n'a pas pour effet de modifier le délai d'instruction de droit commun à l'issue duquel naît un permis tacite. S'il appartient à l'autorité compétente, le cas échéant, d'établir qu'elle a procédé à la consultation ou mis en œuvre la procédure ayant motivé la prolongation du délai d'instruction, le bien-fondé de cette prolongation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

4. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 16 septembre 2022, réceptionné par la société pétitionnaire le 22 septembre 2022, soit dans le délai d'un mois prévu par les dispositions de l'article R. 423-18 du code de l'urbanisme, le maire de la commune d'Estaires l'a informée de ce que le délai d'instruction de son dossier, enregistré le 22 août 2022, initialement de trois mois, était majoré d'un mois, afin de procéder à la consultation du préfet de région en matière d'archéologie préventive en application des articles R. 423-24 et R.425-31 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, ce courrier, notifié dans le mois suivant l'enregistrement de la demande de permis de construire et motivé par une des hypothèses de majoration prévue par le code de l'urbanisme a eu pour effet de modifier le délai d'instruction de droit commun, sans que la société requérante ne puisse utilement contester le bien-fondé d'une telle majoration en excipant de l'illégalité de l'arrêté du 21 février 2007 du préfet de la région Nord-Pas-de-Calais définissant les zones présentant un intérêt au titre de l'archéologie de l'arrondissement de Dunkerque. Par ailleurs, le courrier du maire de la commune en date du 15 novembre 2022, qui se borne à rappeler à la société Oxial que le délai d'instruction de son projet est de quatre mois, du fait de la majoration du délai d'instruction dont la société avait été informée par un précédent courrier du

16 septembre 2022, n'a ni pour objet, ni pour effet de prolonger à nouveau le délai d'instruction du projet. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le délai d'instruction n'a pas été régulièrement majorée d'un mois.

5. En second lieu, aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. ". L'article R. 423-22 du même code dispose : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R.423-41. ".

Aux termes de l'article R. 423-38 de ce code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. ". Aux termes de l'article R. 423-39 du même code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ". Aux termes de l'article R. 423-40 dudit

code : " Si dans le délai d'un mois mentionné à l'article R. 423-38, une nouvelle demande apparaît nécessaire, elle se substitue à la première et dresse de façon exhaustive la liste des pièces manquantes et fait courir le délai mentionné au a de l'article R. 423-39 ".

Aux termes de l'article R. 423-41 de ce code : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R*423-38 ou ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R*423-23 à R*423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R*423-42 à R*423-49. ". Enfin, l'article R. 424-1 dispose :

" A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut () b) Permis de construire () tacite ".

6. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'un dossier de demande de permis de construire est incomplet, l'administration doit inviter le demandeur, dans un délai d'un mois à compter de son dépôt, à compléter sa demande dans un délai de trois mois en lui indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. Si le demandeur produit, dans ce délai de trois mois à compter de la réception du courrier l'invitant à compléter sa demande, l'ensemble des pièces manquantes répondant aux exigences du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme, le délai d'instruction commence à courir à la date à laquelle l'administration les reçoit et, si aucune décision n'est notifiée à l'issue du délai d'instruction, un permis de construire est tacitement accordé. A l'inverse, si le demandeur ne fait pas parvenir l'ensemble des pièces manquantes répondant aux exigences du livre IV dans le délai de trois mois, une décision tacite de rejet naît à l'expiration de ce délai. Lorsque l'administration estime, au vu des nouvelles pièces ainsi reçues dans ce délai de trois mois, que le dossier reste incomplet, elle peut inviter à nouveau le pétitionnaire à le compléter, cette demande étant toutefois sans incidence sur le cours du délai et la naissance d'une décision tacite de rejet si le pétitionnaire n'a pas régularisé son dossier au terme de ce délai. Enfin, le délai d'instruction n'est ni interrompu, ni modifié par une demande, illégale, tendant à compléter le dossier par une pièce qui n'est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. Dans ce cas, un permis tacite naît à l'expiration du délai d'instruction, sans qu'une telle demande puisse y faire obstacle.

7. Il ressort des pièces du dossier que, par son courrier précité du 16 septembre 2022, le maire de la commune d'Estaires a sollicité la production de pièces manquantes auprès de la société Oxial, qui a alors adressé des pièces à la commune le 14 octobre 2022. Par un courrier du 15 novembre 2022, le maire a toutefois informé la société que son dossier demeurait incomplet faute de production de certaines des pièces sollicitées le 16 septembre 2022, à savoir d'une part les éléments mentionnés au h) de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme et nécessaires au calcul des impositions concernant d'une part la surface taxable à usage de stationnement non située dans la verticalité du bâti et d'autre part les surfaces créées pour le stationnement clos et couvert non situées dans la verticalité du bâti ainsi que l'indication dans le plan de masse de la distance de recul du garage des lots 28 et 30 par rapport aux limites séparatives. Ce courrier ne peut, dès lors, contrairement à ce que soutient la société requérante, être regardé comme une nouvelle demande de pièces. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la mention de la distance de recul du garage des lots 28 et 30, qui ne figurait pas dans la version du plan de masse du projet dans sa version modifiée le 12 octobre 2022 et adressée aux services de la commune le 14 octobre 2022, a été ajoutée au plan de masse modifié le 28 novembre 2022, adressé le 1er décembre 2022 aux services de la commune, ainsi que l'imprimé CERFA comprenant les mentions sollicitées relatives aux éléments nécessaires au calcul des impositions. Dans ces conditions, le dossier de la société Oxial était complet le 1er décembre 2022. Le délai d'instruction courait par suite jusqu'au 1er avril 2023 à minuit. L'arrêté du 7 mars 2023 du maire de la commune lui refusant le permis de construire sollicité est dès lors intervenu avant le terme du délai d'instruction. Le retrait par l'autorité compétente d'une décision refusant un permis de construire ne rend par ailleurs pas le pétitionnaire titulaire d'un permis de construire tacite et le maire de la commune d'Estaires ayant statué à nouveau sur la demande de la société pétitionnaire par l'arrêté attaqué, celui-ci ne peut être regardé comme ayant retiré un permis de construire tacite.

8. Par suite et eu égard à la nature de l'arrêté attaqué qui se borne à statuer sur la demande d'autorisation d'urbanisme de la société pétitionnaire, le moyen tiré du vice de procédure tenant à l'absence de procédure contradictoire préalable doit être écarté. Il en est de même en ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, la société Oxial ne pouvant, en l'espèce, utilement se prévaloir de ces dispositions.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'arrêté attaqué :

S'agissant de la desserte du projet en électricité :

9. Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics () de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. () ".

10. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité de ces réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis rendu le 7 septembre 2022 par la société Enedis en sa qualité de concessionnaire du réseau public de distribution d'électricité, que la desserte du terrain d'assiette du projet par le réseau public d'électricité implique des travaux d'extension du réseau sur une distance de 120 mètres, en dehors du terrain d'assiette de l'opération. Le montant de ces travaux, qu'il appartient à la commune de financer, a été estimé à 15 578 euros hors taxe. Le projet de la société Oxial implique donc une modification de la consistance du réseau public de distribution d'électricité à la charge de la commune d'Estaires. La société ne conteste par sérieusement que la commune, qui fait valoir que les dépenses correspondantes ne sont pas inscrites au budget communal, n'est pas en mesure d'indiquer les délais dans lesquels ces travaux sur le réseau seraient réalisables. Par suite, le maire de la commune d'Estaires n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme en refusant de délivrer le permis de construire sollicité pour ce motif.

S'agissant de la largeur de la voirie de desserte :

12. Aux termes de l'article UC3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune d'Estaires prévoit : " () B. Voirie () Les voies privées desservant deux logements devront présenter une largeur d'au moins 5 mètres, et à partir de 3 logements une largeur d'au moins 8 mètres (dont 5 mètres de chaussée) ".

13. D'une part, les dispositions précitées de l'article UC3 du règlement du PLU de la commune d'Estaires figurent au sein du B de cet article, consacré à la voirie, le A traitant des accès. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elles s'appliquent uniquement aux accès aux unités foncières et ne lui seraient par suite pas opposables en ce qui concerne les voies internes de son projet. Par ailleurs, les allégations quant à la méconnaissance des dispositions des articles R. 431-24 et R. 151-21 du code de l'urbanisme sont dépourvues des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé et doivent, par suite, être écartées.

14. D'autre part, aux termes de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme : " Les destinations de constructions sont : () 2° Habitation () ". Aux termes de l'article R. 151-28 du même code : " Les destinations de constructions prévues à l'article R. 151-27 comprennent les sous-destinations suivantes : / () / 2° Pour la destination "habitation" : logement, hébergement ; () ". Aux termes de l'article R. 151-29 de ce code : " Les définitions et le contenu des sous-destinations mentionnées à l'article R. 151-28 sont précisées par arrêté du ministre chargé de l'urbanisme. ". Enfin, l'article 2 de l'arrêté du 10 novembre 2016 définissant les destinations et sous-destinations de constructions pouvant être réglementées par le règlement national d'urbanisme et les règlements des plans locaux d'urbanisme ou les documents en tenant lieu précise que " La destination de construction " habitation " prévue au 2° de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme comprend les deux sous-destinations suivantes : logement, hébergement. La sous-destination "logement" recouvre les constructions destinées au logement principal, secondaire ou occasionnel des ménages à l'exclusion des hébergements couverts par la sous-destination "hébergement". La sous-destination "logement" recouvre notamment les maisons individuelles et les immeubles collectifs ". S'il est loisible aux auteurs des PLU de préciser, pour des motifs d'urbanisme et sous le contrôle du juge, le contenu des catégories énumérées à l'article R. 151-27, les dispositions de cet article ne leur permettent, toutefois, ni de créer de nouvelles catégories de destination pour lesquelles seraient prévues des règles spécifiques, ni de soumettre certains des locaux relevant de l'une des catégories qu'il énumère aux règles applicables à une autre catégorie.

15. En l'espèce, les dispositions précitées de l'article UC3 du règlement du PLU de la commune d'Estaires ont pour objet d'adapter la largeur des voiries de desserte privées au nombre de logements desservis, sans tenir compte du caractère individuel ou collectifs de ceux-ci. Dans ces conditions, en instituant ces dispositions, les auteurs du PLU de la commune d'Estaires ne sauraient être regardés comme ayant créé de nouvelles catégories de destination. Le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, des dispositions de l'article UC3 du règlement du PLU de la commune d'Estaires doit, dès lors, être écarté.

S'agissant de la desserte du projet en eau potable :

16. Aux termes de l'article UC4 du règlement du PLU de la commune d'Estaires : " A. Alimentation en eau potable. Pour recevoir une construction ou une installation nouvelle qui, par sa destination, implique une utilisation d'eau potable, un terrain doit obligatoirement être raccordé au réseau public de distribution d'eau potable par un branchement de caractéristiques suffisantes et en conformité avec la réglementation en vigueur () ". Si pour l'application de ces dispositions, l'autorité compétente, qui n'a pas à se substituer au pétitionnaire, doit en principe refuser d'autoriser un projet qui n'y serait pas conforme sans être obligée d'envisager une prescription, il en va toutefois différemment lorsqu'il apparaît manifeste, sous le contrôle du juge, qu'au regard du dossier de demande et à l'issue de l'instruction de ce dernier, il est légalement possible d'autoriser un tel projet en l'assortissant d'une prescription spéciale.

17. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet soit raccordé au réseau d'eau potable et comporterait une conduite en vue de sa desserte du projet en eau potable, Par ailleurs, les allégations de la société pétitionnaire quant à la possibilité de procéder à un tel raccordement, en se fondant sur l'avis du concessionnaire du réseau d'eau potable, ne sont pas établies en l'absence, notamment, de production de cet avis. Par suite, contrairement à ce qui est soutenu, le maire n'était pas tenu de délivrer le permis sollicité en l'assortissant de prescriptions spéciales et le moyen tiré de l'inexacte application par cette autorité des dispositions de l'article UC4 du règlement du PLU de la commune d'Estaires doit être écarté.

S'agissant de l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives :

18. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC7 du règlement du PLU de la commune d'Estaires est dépourvu des précisions utiles permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut, dès lors, qu'être écarté.

S'agissant de l'aspect extérieur des constructions :

19. Aux termes de l'article UC11 du règlement du PLU de la commune d'Estaires : " () B. () 2) Matériaux () Les murs extérieurs doivent être réalisés avec un minimum de 50% de matériau présentant l'aspect des briques de terre cuite naturelle à dominante rouge. Les enduits lisses dans les tons de blancs cassés sont également autorisés. La règle de 50% s'apprécie à l'ensemble de la construction () ".

20. En se bornant à faire valoir que les enduits lisses dans les tons de blancs cassés, utilisés dans son projet, sont autorisés, la société Oxial ne conteste pas utilement le motif de refus opposé par le maire de la commune, tiré de ce que le projet n'est pas conforme à la règle de 50% de matériaux présentant l'aspect des briques de terre cuite naturelle à dominante de rouge. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut, dès lors, qu'être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Estaires, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Oxial demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Oxial une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Estaires et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Oxial est rejetée.

Article 2 : La société Oxial versera à la commune d'Estaires une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Oxial et à la commune d'Estaires.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

E. GRARDLe président,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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