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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2306360

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2306360

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2306360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVANSTEELANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2023, M. B A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Osie l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en ce que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête, qui ne contient aucun moyen ni aucune conclusion, est irrecevable, en application de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, la requête, qui contient des moyens présentés de façon trop imprécise pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé, manque de motivation et est, pour ce motif, irrecevable ;

- à titre infiniment subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée ;

- les observations de Me Vansteelant, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe, hormis le moyen tiré de l'absence de notification de l'arrêté attaqué dans une langue comprise par l'intéressé, qu'elle déclare abandonner ; s'agissant du moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées, elle précise que la préfète de l'Oise s'est uniquement fondée sur les déclarations sommaires de M. A devant les services de police, dont l'état psychologique ne lui permettait manifestement pas de se prononcer davantage, et non sur l'ensemble des éléments figurant au dossier, notamment dans la précédente mesure d'éloignement et dans la décision du tribunal d'Amiens ; s'agissant de l'atteinte à la vie privée et familiale de M. A au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle rappelle la situation du requérant, pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance, elle soutient que, contrairement à ce qui a été retenu, M . A n'a pas indiqué entretenir des liens forts avec sa sœur restée au Sénégal et elle se prévaut au contraire de ce que l'intéressé est isolé dans son pays d'origine, à l'inverse de sa situation sur le territoire français où il a noué des liens amicaux ;

- les observations de M. A ;

- la préfète de l'Oise n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais, né le 22 octobre 2003, demande l'annulation de l'arrêté en date du 10 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 février 2023, régulièrement publié le jour même au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Sébastien Lime, secrétaire général, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la préfète de l'Oise, qui n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de M. A, mentionne, les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle s'est fondée pour prendre les décisions attaquées. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre le requérant en mesure de discuter les motifs de ces décisions et pour permettre au juge d'exercer son contrôle. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient insuffisamment motivées doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a déclaré lors de son audition devant les services de police ne plus se souvenir de sa date d'arrivée en France, a été pris en charge par les services de l'Aide sociale à l'enfance le 7 décembre 2018 jusqu'à sa majorité. Le 2 novembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté en date du 14 décembre 2021, la préfète de l'Oise a refusé de lui accorder le titre de séjour sollicité et lui a notamment fait obligation de quitter le territoire national, dans le délai de trente jours. Le tribunal administratif d'Amiens a, par jugement du 9 mars 2022, rejeté la requête enregistrée par M. A aux fins d'annulation de cet arrêté. Si M. A soutient avoir noué en France des liens amicaux, il ne produit aucun élément attestant de l'existence de relations d'une particulière intensité sur le territoire national et il ne démontre pas davantage être spécialement inséré en France, où il est célibataire, sans enfant, et où il n'exerce aucune profession ni ne suit de formation. De la même manière, s'il conteste à l'audience entretenir des liens forts avec sa sœur au Sénégal, il n'établit pas avoir rompu tout lien avec celle-ci et il ne démontre pas qu'il serait dans l'impossibilité de se réinsérer dans ce pays où il a vécu la majeure partie de sa vie, alors même que sa mère serait décédée. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise aurait, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, l'article L. 612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

7. Pour refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire, la préfète de l'Oise s'est tout d'abord fondée sur la menace à l'ordre public que représente le comportement de l'intéressé, lequel est " défavorablement connu pour des faits de recel de bien provenant d'un vol et usage illicite de stupéfiants ". Ces éléments ne ressortent toutefois d'aucune pièce du dossier. Au surplus, à supposer établi que M. A soit " défavorablement connu " pour ces faits, non datés, cette circonstance, qui ne comporte en elle-même aucune indication quant aux suites pénales qui auraient été apportées et, ce faisant, à l'implication avérée de l'intéressé dans ces agissements, est insuffisante à caractériser l'existence d'une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, c'est à tort que la préfète de l'Oise s'est fondé sur le 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire. Il ressort toutefois des termes de la décision attaquée que la préfète de l'Oise s'est également fondée sur l'existence d'un risque que M. A se soustraie à la mesure d'éloignement, compte tenu de ce que l'intéressé ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire et qu'il n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement, et qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes, du fait de son absence de possession de document d'identité ou de voyage en cours de validité et de l'instabilité de son logement. A cet égard, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 5, et il n'est pas contesté, que M. A a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 14 décembre 2021, confirmée par le tribunal d'Amiens le 9 mars 2022, à l'exécution de laquelle il s'est soustrait. Dans ces conditions, et pour ce seul motif, la préfète de l'Oise était fondée à retenir, en application du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, l'existence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En cinquième lieu, si M. A soutient que la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (..), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

10. Compte tenu des conditions de séjour de M. A en France, de sa faible intégration sur le territoire national, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, et nonobstant le fait que sa présence, ainsi qu'il a été dit au point 7, ne représente pas, contrairement à ce qu'a retenu la préfète de l'Oise une menace à l'ordre public, l'autorité préfectorale n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en date du 10 juillet 2023, par lesquelles la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour en France pendant une durée d'un an. Il y a lieu, par conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Sandra Vansteelant et à la préfète de l'Oise.

Jugement rendu en audience publique le 19 juillet 2023.

La magistrate désignée,

signé

F. BONHOMMELa greffière

signé

O. DEBUISSY

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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