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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2306494

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2306494

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2306494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCAREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juillet et 10 septembre 2023, M. B C, représenté par Me Carel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision contestée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Le 4 septembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit, à la demande du tribunal, l'entier dossier médical de M. C, qui a été communiqué en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bourgau, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant guinéen né le 12 septembre 1980 à Kourou Mamou (Guinée), déclare être entrée en France le 17 septembre 2006. Il a été mis en possession d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", valable à compter du 23 février 2007 et régulièrement renouvelé jusqu'au 15 octobre 2014, puis d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en raison de son état de santé, délivré le 16 août 2016 et régulièrement renouvelé jusqu'au 19 juillet 2022. Le 1er juin 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé ou pour liens familiaux. Par un arrêté du 11 mai 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs soulevés contre les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté du 14 avril 2023, régulièrement publié au recueil spécial n°92 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Nord du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à Mme A D, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers et signataire de l'arrêté en litige, aux fins de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle du requérant, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure d'en discuter les motifs et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur les autres moyens soulevés contre la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. "

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité ou l'impossibilité pour ce dernier de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C souffre depuis 2009 d'une hépatite B, pour laquelle lui est prescrit un traitement médicamenteux constitué de Viread jusqu'en mars 2021 puis de Baraclude à compter d'avril 2022. Par son avis du 15 décembre 2022, le collège des médecins de l'OFII a considéré que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Le requérant, qui se borne à indiquer qu'il a bénéficié d'un titre de séjour en raison de son état de santé depuis 2016, n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui déclare être entré en France le 17 septembre 2006, a été mis en possession d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " à compter du 23 février 2007 et régulièrement renouvelé jusqu'au 15 octobre 2014. Le 5 septembre 2014, il a obtenu un master de sciences, technologie, santé mention sciences du médicament à l'université de Lille 1. Il a ensuite été mis en possession d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en raison de son état de santé à compter du 16 août 2016 et régulièrement renouvelé jusqu'au 19 juillet 2022. Le 29 janvier 2010, il a épousé une compatriote en Guinée. Cette dernière, ainsi que leur fille née le 25 novembre 2015, de nationalité guinéenne, l'a rejoint en France le 8 septembre 2019 dans le cadre du regroupement familial et s'est vue délivrer, à ce titre, une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 23 juin 2020 au 22 juin 2024. De leur union sont nés en France deux autres enfants les 14 juillet 2020 et 27 avril 2022, tous deux de nationalité guinéenne. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. C a été employé en qualité d'agent de production dans le cadre d'un contrat à durée déterminée à temps partiel de janvier 2017 à février 2021, gérant à compter de novembre 2021 d'une société placée en liquidation judiciaire simplifiée à compter de juin 2023, manutentionnaire à compter de mai 2022 au sein de la société Wolf ETT et enfin préparateur de commandes alimentaires en contrat à durée indéterminée au sein de la société Salssabil depuis le 25 juillet 2023 et, d'autre part, que sa femme, agent de propreté dans le cadre d'un contrat à durée déterminée au sein de la société Samsic depuis février 2021, est désormais en contrat à durée indéterminée au sein de la société NS Services depuis le 20 juin 2023. Si ces éléments témoignent d'une réelle insertion professionnelle du requérant, il ne ressort en revanche pas des quelques attestations qu'il produit qu'il aurait développé des relations stables, intenses et anciennes sur le territoire français, à l'exception des relations au sein de la cellule familiale qui peuvent être poursuivies dans son pays d'origine dès lors que sa femme comme ses enfants disposent de la nationalité guinéenne. Par ailleurs, M. C n'établit pas être isolé en cas de retour dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans et est retourné ensuite régulièrement, ainsi qu'en attestent les mentions figurant sur son passeport et la naissance de sa première fille en Guinée, où résident ses parents avec lesquels il n'établit pas avoir rompu tout lien et où il pourra se réinsérer socialement compte tenu des diplômes et de l'expérience acquis en France. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas entaché la décision d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que la décision contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

11. S'il ressort des pièces du dossier que l'aînée des enfants du requérant est scolarisée en classe de cours préparatoire et que la cadette fréquente la crèche, il n'est pas établi que cette scolarisation et cette socialisation ne pourraient être poursuivies dans les mêmes conditions en Guinée, pays dont tous les membres de la cellule familiale sont ressortissants. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour.

Sur les autres moyens soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; / () ".

14. Il ressort des pièces du dossier, notamment du relevé de consultation de ses demandes de titres de séjour, que M. C a résidé régulièrement en France du 23 février 2007 au 15 octobre 2014 sous couvert d'un titre de séjour étudiant et de récépissé de renouvellement de celui-ci, puis du 8 octobre 2015 au 25 mai 2016, du 14 juin 2016 au 10 décembre 2019, du 17 décembre 2019 au 2 juin 2021 et du 7 juin 2021 au 12 avril 2023 sous couvert d'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale en raison de son état de santé et de récépissé de renouvellement de celui-ci. Le requérant n'a donc pas résidé régulièrement de façon continue en France durant dix ans. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

15. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'erreur manifeste quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

17. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

19. Il résulte de ce qui a été dit au point 18 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

T. BOURGAULa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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