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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2306855

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2306855

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2306855
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPERINAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 juillet 2023, 26 septembre 2023 et 14 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Périnaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 17 mars 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité et à défaut de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Périnaud, avocate de Mme B, de la somme de 1 500 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles ont été édictées par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation au regard de l'objectif poursuivi par la décision " ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard du caractère disproportionné de la mesure sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaur, première conseillère,

- et les observations de Me Cliquennois substituant Me Périnaud, avocat de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante gabonaise née le 27 septembre 2001, est entrée en France le 8 septembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour " étudiant " et s'est vu remettre, à l'expiration de ce visa, un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 31 octobre 2021 et dont elle a sollicité le renouvellement par une demande présentée le 14 octobre 2021. Par arrêté du 17 mars 2023, dont Mme B demande l'annulation, le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte, notamment, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est inscrite en première année commune " Portail Marie Curie Chimie-Physique-Sciences et Technologies " au titre de l'année universitaire 2019-2020 au sein de l'Université d'Aix-Marseille. Elle a été admise au titre de la deuxième session avec une moyenne de 10,557/20. Elle s'est inscrite en deuxième année de Licence mention " Sciences pour l'ingénieur " au titre de l'année universitaire 2020-2021 au sein de l'Université d'Aix-Marseille. Elle a été déclarée " défaillante ", faute de s'être présentée à l'ensemble des épreuves universitaires. Elle s'est ensuite inscrite en première année de BUT (Bachelor universitaire de technologie) mention " GMP " (Génie Mécanique Productique) " au titre de l'année universitaire 2021-2022 au sein de l'IUT de Béthune. Elle a intégré cette formation au cours du premier semestre et a été ajournée avec une moyenne annuelle de 08,485/20. Elle a été autorisée à redoubler sa première année de BUT mention " GMP " au titre de l'année universitaire 2022-2023 au sein de l'IUT de Béthune. La requérante a ensuite validé toutes ses unités d'enseignement du premier semestre de cette année universitaire au cours de laquelle la décision contestée est intervenue, et son second semestre postérieurement à la date de la décision contestée. Mme B fait valoir qu'elle a rencontré des difficultés personnelles au cours de l'année 2021 accentuées par le cambriolage de son appartement marseillais au retour d'un séjour de Lille, qui ont été à l'origine d'une dégradation de son état de santé mentale et ont rendu nécessaire son rapprochement avec les membres de sa famille à Lille et faire face au décès, survenu le 26 septembre 2021, de sa grand-tante qui l'hébergeait avec sa cousine à Lille. Eu égard à ces circonstances et à la réorientation de Mme B dans son parcours universitaire conclue par une validation de deux semestres et malgré deux redoublements, le préfet du Nord n'a pu légalement considérer que Mme B ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études et a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de renouveler son titre de séjour.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 17 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour par lesquelles cette autorité lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un titre de séjour portant la mention " étudiant " soit délivré à Mme B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Périnaud, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Périnaud de la somme de 1 200 euros.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du 17 mars 2023 du préfet du Nord est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Périnaud une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Périnaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, Me Claire Périnaud et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

La rapporteure,

signé

A. JaurLe président,

signé

J.-M. RiouLe président,

La greffière,

signé

S. Ranwez

La greffière,

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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