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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2306913

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2306913

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2306913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantRAPOPORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juillet 2023 et le 9 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Rapoport, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 en ce que le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans cette attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT soit 1 800 euros TTC en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 janvier 2025 :

- le rapport de M. Paganel, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Rapoport, avocat représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante tunisienne née le 30 avril 2001, est entrée en France le 18 octobre 2020 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ", valable du 14 octobre 2020 au 14 octobre 2021. Elle a été munie d'une carte de séjour temporaire portant la même mention, valable du 20 novembre 2021 au 15 novembre 2022, dont elle a sollicité le renouvellement par une demande déposée le 7 novembre 2022 auprès des services de la préfecture du Nord. Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 en ce que le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. ". Il résulte de ces dispositions que lorsque l'autorité administrative est saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée par un étranger en qualité d'étudiant sur le fondement de ces dispositions, il lui appartient d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

3. Pour refuser de faire droit au renouvellement du titre de séjour de Mme B, le préfet du Nord s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée ne justifiait pas d'une progression sérieuse et réelle dans ses études, compte tenu de deux échecs universitaires successifs.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est inscrite, au titre de l'année universitaire 2020-2021 en première année d'études de santé " Pluripass " au sein de l'université d'Angers, qu'elle n'a toutefois pas validée. Elle s'est ensuite réorientée en licence de droit au titre de l'année 2021-2022 au sein de l'université du littoral - Côte d'Opale (ULCO) de Dunkerque, à l'issue de laquelle elle a été ajournée avec une moyenne générale de 9,062, proche de la moyenne. La requérante verse au dossier plusieurs attestations dont celle du responsable pédagogique de la licence 1 Droit du site ULCO de Dunkerque du 11 juillet 2023 faisant état de ce qu'elle fait preuve d'assiduité, de motivation et de constance dans ses études. Dans ces conditions, en estimant, à la suite d'un seul échec après réorientation, que Mme B ne justifiait pas d'une progression sérieuse et réelle dans ses études, le préfet du Nord a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 27 juin 2023 par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande de Mme B de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à Mme B d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée y faisant obstacle. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à cette délivrance, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement à Mme B d'une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 juin 2023 du préfet du Nord est annulé en ce qu'il a rejeté la demande de Mme B de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " et l'a obligée à quitter le territoire français dans une délai de trente jours.

Article 2 : Sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée y faisant obstacle, il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Nord.

Copie sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Paganel, président,

- Mme Barre, conseillère,

- M. Jouanneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

Le président - rapporteur,

Signé

M. PAGANELL'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. BARRE

La greffière,

Signé

A. BEGUE

La République mande et ordonne au préfet du préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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