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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2307007

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2307007

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2307007
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Dore, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations du titre III du protocole du 22 décembre 1985 annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle partielle a été accordée à Mme A par une décision du 25 septembre 2023, fixant la contribution de l'Etat à 25 %.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 octobre 2023 à 12 h 00 par une ordonnance du 7 août 2023.

Après la clôture de l'instruction, Mme A a produit un mémoire, enregistré le 17 janvier 2024, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteil,

- et les observations de Me Dore, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, né le 28 juin 1996 en Algérie, de nationalité algérienne, est entrée en France le 22 août 2017 sous couvert d'un visa portant la mention " étudiant " valable du 20 août 2017 au 18 novembre 2017. Elle a ensuite bénéficié d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " valable du 9 octobre 2017 au 8 octobre 2018, régulièrement renouvelé jusqu'au 14 décembre 2022. Le 23 janvier 2023, Mme A a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 28 juin 2023, dont la requérante sollicite l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. L'aide juridictionnelle a été accordée à Mme A par une décision du 25 septembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille. Par suite les conclusions qu'elle présente à fin d'octroi du bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". / () ". Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée par un ressortissant algérien en qualité d'étudiant, de rechercher si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, après avoir amorcé un cursus en télécommunication à l'Université Abbès Laghrour (Algérie), s'est inscrite en deuxième année de licence mention " électronique, énergie électrique, automatique " au titre de l'année universitaire 2017/2018 au sein de l'université de Montpellier. Après avoir été ajournée au titre de cette année, elle a redoublé cette formation au titre de l'année universitaire 2018/2019 au sein du même établissement et n'a validé cette année qu'après un transfert au sein de l'université de Lille au titre de l'année 2019/2020. Elle s'est inscrite en troisième année de licence au titre de l'année universitaire 2020/2021 au sein de l'université de Lille mais a été ajournée avec une moyenne de 9,43/20. Elle a redoublé cette deuxième année au sein du même établissement durant l'année universitaire 2021/2022 mais a été ajournée avec une moyenne de 9,93/20. Elle s'est, à nouveau, inscrite en troisième année de licence " électronique, énergie électrique, automatique " à l'université de Lille au titre de l'année 2022/2023, et a validé cette année postérieurement à l'édiction de l'arrêté litigieux. Cependant, d'une part, Mme A justifie de problèmes de santé jusqu'à 2020 qui expliquent les difficultés jusqu'à cette date et, d'autre part, produit, à l'appui de ses allégations, des attestations de plusieurs de ses professeurs qui témoignent du sérieux de ses études, de son assiduité, de son implication ainsi que de sa détermination à compenser ses lacunes dans certaines matières techniques. Elle fournit également dans le cadre de la présente instance la preuve de son admission en première année de Master Ingénieur Systèmes électroniques embarqués à l'institut de sciences et techniques des Yvelines pour l'année 2023/2024, admission conditionnée à la conclusion d'une convention d'alternance avec une entreprise. Par suite, malgré les difficultés rencontrées par la requérante, son parcours démontre le caractère réel, sérieux et cohérent des études qu'elle poursuit et en prenant la décision contestée, le préfet du Nord a fait une inexacte application des stipulations du titre III du protocole précité.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé à Mme A le renouvellement de son titre de séjour doit être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Le présent jugement implique que le préfet du Nord délivre à Mme A un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, la contribution de l'Etat étant fixée à 25 %. Son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dore, conseil de Mme A, renonce au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle partielle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dore de la somme de 400 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Nord du 28 juin 2023 pris à l'encontre de Mme A est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " étudiant ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Dore, conseil de Mme A, une somme de 400 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle partielle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6: Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet du Nord et à Me Dore.

Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIERE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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