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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2307065

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2307065

vendredi 11 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2307065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDELOBEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 août 2023, M. D B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Leclère en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leclère, magistrate désignée, qui invite le requérant à régulariser sa requête, dépourvue de moyen ;

- les observations que Me Delobel, représentant M. B A qui conclut aux mêmes fins que la requête en soulevant les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué, de l'absence d'examen sérieux de la situation de l'intéressé, de la méconnaissance de son droit à être entendu, de la méconnaissance de l'article L. 251-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les observations de M. B A, assisté de Mme C, interprète assermentée en langue espagnole, qui répond aux questions du tribunal ;

- le préfet du Nord n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Par la requête susvisée, M. B A, ressortissant espagnol né le 6 janvier 2001, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B A, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions qu'il comporte. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. B A préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

5. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'audition de M. B A réalisée le 31 juillet 2023 par les services de police que, le requérant, assisté d'une interprète en langue espagnole, a, contrairement à ce qu'il soutient, été invité à présenter ses observations orales sur la perspective de son éloignement du territoire français et à porter à la connaissance de l'autorité préfectorale tout élément de sa situation personnelle. A cette occasion il a d'ailleurs répondu ne pas s'opposer à son retour en Espagne. En outre, ainsi qu'il a été énoncé au point précédent, le droit d'être entendu implique seulement que l'intéressé soit mis en mesure de présenter spontanément des observations écrites sans qu'il soit nécessaire pour le préfet d'inviter spécifiquement l'intéressé à formuler de telles observations. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord aurait méconnu le droit du requérant à être entendu doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 de ce code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".

8. Il résulte des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui doivent être interprétées à la lumière des objectifs de la directive du 29 avril 2004, notamment de ses articles 27 et 28, qu'il appartient à l'autorité administrative, laquelle ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. Ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de l'intéressé, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

9. Pour obliger M. B A à quitter le territoire français, le préfet du Nord, après avoir relevé qu'il entre dans le champ d'application du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a, tout d'abord, indiqué que l'intéressé a été condamné, le 22 avril 2022, par le tribunal correctionnel de Paris, à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de refus par un étranger de se soumettre aux modalités de transport ou aux obligations sanitaires nécessaires à l'exécution d'office d'une décision d'éloignement en récidive. L'intéressé a fait l'objet de quatre signalements au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) pour ces faits. Par ailleurs, le préfet du Nord a également indiqué que M. B A a été signalé à plusieurs reprises pour des faits de vols. Il ressort à ce titre des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet, par quatre fois entre novembre 2021 et janvier 2022 et sous plusieurs identités, de signalements FAED pour des faits de vol en réunion sans violence. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que si le requérant se déclare en couple avec une ressortissante française qui serait enceinte, il ne l'établit pas. S'il soutient enfin que toute sa famille réside en France, il n'apporte aucun élément au soutien de cette allégation. Dans ces conditions, et alors même que certains faits reprochés n'auraient donné lieu à aucune poursuite judiciaire, le préfet du Nord a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer qu'il résulte de l'ensemble de ces éléments que la présence de M. B A constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 et celles de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 9 et 10, M. B A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette mesure a été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an :

12. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 9 du présent jugement que la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant d'assortir cette décision d'une interdiction de circulation. Si le requérant se prévaut de la présence, en France, de ses parents et de sa fratrie, il n'est en tout état de cause pas établi que ces personnes résideraient de manière régulière sur le territoire français. Par ailleurs, s'il soutient que sa compagne est enceinte, il ne l'établit pas. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord, en faisant interdiction à M. B A de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an, aurait méconnu les dispositions citées au point précédent.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de circulation sur le territoire français durant un an.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A et au préfet du Nord.

Prononcé à l'audience publique le 11 août 2023.

La magistrate désignée,

Signé

M. LECLERELa greffière,

Signé

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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