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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2307135

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2307135

jeudi 17 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2307135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGLINKOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 4 août 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 août 2023 par lequel le préfet du Nord a prononcé son maintien en rétention administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 754-2 et L.754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée le 4 août 2023 au préfet du Nord.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grard en application de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grard, magistrate désignée,

- les observations de Me Glinkowski, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; il déclare abandonner le moyen tiré de l'incompétence du signataire, reprend les autres moyens invoqués dans la requête et soutient, en outre, que la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de M. B, assisté de Mme C, interprète assermentée en langue géorgienne ;

- les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet du Nord.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien, né le 24 décembre 1988, a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Nord le 29 juillet 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour pour une durée de deux ans et le plaçant en rétention administrative. Par un arrêté du 2 août 2023 le préfet du Nord l'a maintenu en rétention administrative le temps de l'examen de sa demande d'asile formé en rétention le même jour. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 août 2023.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait composant la situation personnelle de M. B, vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, et notamment l'article L. 754-3 de ce code qui constitue la base légale de la décision attaquée, et fait état des circonstances au regard desquelles le préfet du Nord a estimé que la demande d'asile formée par le requérant présentait un caractère dilatoire. Les mentions qu'il comporte sont de nature à mettre en mesure le requérant d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, s'adresse, non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Néanmoins, le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision le maintenant en rétention pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celui-ci, dans l'attente de son départ, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été informé, au cours de son audition par les services de police le 29 juillet 2023, de l'éventuelle adoption à son encontre d'une décision de placement en centre de rétention administrative ainsi que d'une possible mesure d'éloignement, et a été invité à présenter ses observations. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a sollicité postérieurement en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il a été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté attaqué afin de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le sens de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". Et, aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a formé une demande d'asile le 6 juin 2019, dont le rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 8 juillet 2019 pour irrecevabilité, notifié le 1er août 2019, a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 20 novembre 2019 pour irrecevabilité en l'absence d'éléments sérieux, dont la décision lui a été notifiée le 18 décembre 2019. Sa demande de réexamen déposée le 2 mai 2023 a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 4 mai 2023 pour irrecevabilité, cette décision lui ayant été notifiée le 11 mai 2023. Par ailleurs, l'intéressé ne fait valoir à l'audience aucun élément nouveau justifiant un nouveau réexamen de sa demande d'asile et qui expliquerait le délai mis pour déposer une nouvelle demande. Dans ces conditions, en estimant que la demande de réexamen de sa demande d'asile faite par le requérant en rétention le 1er août 2023, revêtait un caractère dilatoire ayant pour seul but de faire échec à la mesure d'éloignement prise à l'encontre du requérant, le préfet du Nord n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.

7. En dernier lieu, M. B ne saurait utilement se prévaloir à l'encontre de la décision attaquée de ce qu'il éprouve des craintes en cas de retour dans son pays d'origine où il serait poursuivi par les créanciers de son défunt père ainsi que les siens et de ce qu'il souhaite demeurer en France jusqu'au 24 août aux côtés de son frère malade, dès lors que la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de le renvoyer en Géorgie mais se borne à prononcer son maintien en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 août 2023 par lequel le préfet du Nord a prononcé son maintien en rétention administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 17 août 2023.

La magistrate désignée,

Signé

E. GRARD Le greffier,

Signé

B. NIEUWJAER

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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