mercredi 16 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2307266 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LANCIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 août 2023, M. C B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a ordonné sa remise aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile et a assorti cette mesure d'une interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros qu'il versera à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- le signataire de cette décision n'en avait pas la compétence ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
Des pièces ont été enregistrées le 9 août 2023 pour le préfet du Pas-de-Calais.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Monteil en application de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteil, magistrate désignée ;
- les observations de Me Lancien, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; elle soutient, en outre, en premier lieu que le préfet a méconnu le droit du requérant d'être entendu tel qu'il est reconnu par les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, en second lieu, qu'il a méconnu l'article 29 du règlement Eurodac n° 603/2013 alors qu'il est indiqué que le formulaire relatif aux empreintes digitales Eurodac a été lu et traduit en Turc, langue qui n'est ni parlée ni comprise par M. B et, en troisième lieu, que la mesure d'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- les observations de Me El Haik, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ; il rappelle que, conformément à l'arrêt du Conseil d'Etat n° 406122 du 5 octobre 2017 la méconnaissance de l'obligation d'information relative aux empreintes digitales Eurodac ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles l'Etat français refuse l'admission provisoire au séjour à un demandeur d'asile et remet celui-ci aux autorités compétentes pour examiner sa demande ;
- les observations de M. B, assistée de M. E, interprète assermenté en langue tigrina, qui répond aux questions posées par le tribunal.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant érythréen, né le 1er janvier 1990, a été interpelé par les services de police de Coquelle le 7 août 2023 pour des faits de violences volontaires en réunion et alors qu'il était dépourvu de tout document l'autorisant à séjourner en France. La consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac par le préfet du Pas-de-Calais a fait apparaître que M. B était bénéficiaire, depuis le 28 avril 2016 de la protection internationale qui lui a été délivrée en Suisse. Une demande de réadmission étant en cours auprès des autorités suisses, le préfet du Pas-de-Calais a ordonné, le 7 août 2023, la remise de M. B aux autorités suisses. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision de transfert :
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 10 août 2022, publié le même jour au recueil spécial n° 97 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. A D, chef du bureau de l'éloignement et adjoint au directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments factuels relatifs à la situation de l'intéressé, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Les mentions qu'elle comporte sont de nature à mettre en mesure le requérant de discuter utilement les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
4. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, s'adresse, non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Néanmoins, le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision le maintenant en rétention pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'OFPRA et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celui-ci, dans l'attente de son départ, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été informé, au cours de son audition par les services de police le 7 août 2023, de l'éventuelle adoption à son encontre d'une décision de placement en centre de rétention administrative ainsi que d'une possible mesure d'éloignement, et a été invité à présenter ses observations. Le requérant a alors répondu en prendre acte mais vouloir rester libre. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 7 août 2023, notifié le même jour au requérant à 15H10, le préfet du Pas-de-Calais a fait connaître à M. B son intention de prendre à son encontre un arrêté de remise aux autorités suisses et d'ordonner son placement en rétention et que celui-ci a signé cette lettre en indiquant qu'il ne souhaitait pas retourner en Suisse. Il ne ressort, enfin, pas des pièces du dossier que le requérant a sollicité postérieurement en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il a été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.
6. En quatrième lieu, l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif aux droits des personnes concernées édicte une obligation d'information des personnes relevant du règlement au moment où les empreintes digitales de la personne concernée sont prélevées et le paragraphe 3 de cet article prévoit, au bénéfice des personnes concernées, la réalisation d'une brochure commune aux Etats membres dont le modèle figure à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014, dans laquelle figurent au moins les informations visées au paragraphe 1 du même article et celles visées à l'article 4, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; les paragraphes 4 et 5 reconnaissent à toute personne concernée un droit d'accès, de rectification et d'effacement des données la concernant qui sont enregistrées dans le système central.
7. A la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes, l'obligation d'information prévue par les dispositions de l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013, a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Il s'en suit que la méconnaissance de cette obligation d'information ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles l'Etat français refuse l'admission provisoire au séjour à un demandeur d'asile et remet celui-ci aux autorités compétentes pour examiner sa demande.
8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est arrivé en Suisse en 2014, selon ses déclarations. Il a sollicité le bénéfice de la protection internationale dans ce pays et l'a obtenu en 28 avril 2016. Il déclare être demeuré depuis en Suisse, où il a rencontré sa compagne, de nationalité slovaque. Le couple a quitté la Suisse pour la France récemment alors que M. B aurait été informé oralement qu'il serait susceptible de perdre le bénéfice de la protection internationale et qu'il se serait senti menacé par des ressortissants suisses et albanais avec qui il avait eu une rixe. Alors qu'il ne peut donner la date précise de son arrivée en France, il n'a effectué aucune démarche pour régulariser sa situation. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé ne justifie d'aucun lien amical ou familial sur le territoire français. Il ne justifie également pas d'une intégration sociale ou professionnelle en France alors qu'il ne dispose ni d'un domicile, ni de revenus suffisants pour sa subsistance et qu'il a été interpelé par les services de police dans le cadre d'une enquête de flagrance pour des faits de violences sur une passagère de bus commis en compagnie de sa compagne et sous l'emprise de l'alcool. Dans ces conditions, et compte tenu notamment des conditions du séjour en France du requérant et du fait qu'il ne justifie d'aucun handicap ou situation de vulnérabilité particulière, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur sa situation personnelle doit être écarté.
9. En sixième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des différentes décisions produites par l'administration, que la décision contestée a été précédée d'un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de la décision de transfert de M. B vers la Suisse doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an :
11. Aux termes de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 622-2, l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'Etat aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 622-3 du même code : " L'édiction et la durée de l'interdiction de circulation prévue à l'article L. 622-1 sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
12. Compte tenu de la situation personnelle de M. B telle qu'elle a été exposée au point 8 du présent jugement, et quand bien même le comportement du requérant ne représente pas une menace pour l'ordre public, motif qui n'est d'ailleurs pas retenu par le préfet du Pas-de-Calais, l'autorité préfectorale n'a commis aucune erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en interdisant à l'intéressé de circuler sur le territoire français pour une durée d'une année.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être rejetées.
14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 août 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a décidé de le transférer vers la Suisse et lui a interdit la circulation sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 août 2023.
La magistrate désignée
Signé,
A.-L. MONTEIL
Le greffier,
Signé,
B. NIEUWJAER La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026