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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2307377

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2307377

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2307377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP MOUGEL-BROUWER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 août 2023 et le 18 août 2023, M. A C, représenté par Me Mougel, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 13 août 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit toute circulation sur le territoire national pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa demande, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens de la procédure ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, n'ayant pas bénéficié du droit à être entendu, garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dans la mesure où il peut justifier d'une activité professionnelle régulière ;

- elle méconnaît les dispositions du 1°) de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 2°) de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le principe à valeur constitutionnelle de la présomption d'innocence, dès lors que les faits qui lui sont reprochés, qu'il conteste, ont fait l'objet d'un classement sans suite ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée, en l'absence de motivation sur l'urgence ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en l'absence d'urgence ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :

- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, la menace grave à l'ordre public n'étant pas caractérisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 4 mars 2024.

Un mémoire présenté pour M. C a été enregistré le 5 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est un ressortissant roumain né le 6 juin 1985 à Urziceni (Roumanie), déclarant être entré sur le territoire français en 2017. Par un arrêté du 13 août 2023, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit toute circulation sur le territoire national pendant deux ans. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 22 juin 2023, publié le même jour au recueil spécial n°155 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à M. B D, sous-préfet de Douai de permanence les 12 et 13 août 2023, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. C, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions qu'il comporte, de manière suffisamment circonstanciée pour, d'une part, mettre l'intéressé en mesure d'en discuter utilement les motifs et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Il précise notamment, pour refuser à M. C un délai de départ volontaire, que " l'urgence est établie par la menace à l'ordre public que représente la présence de l'intéressé sur le territoire français ". Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le paragraphe 1 de l'article 51 de la même charte énonce que : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ".

5. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement invoquer le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, et qui implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. Il ressort du procès-verbal d'audition du 13 août 2023 produit par le préfet du Nord que M. C a été mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement litigieuse. En outre, il n'invoque aucun élément pertinent dont il n'aurait pu faire état et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :/1° Ils exercent une activité professionnelle en France ;/ 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ".

8. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doit être apprécié en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

9. La décision attaquée se fonde, d'une part, sur la circonstance que M. C, à défaut d'activité professionnelle dûment justifiée et de ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge pour le système d'assistance social français, ne justifie pas d'un droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui correspond au 1° de l'article L. 251-1 de ce code et non au 3° comme mentionné à la suite d'une erreur de plume par l'arrêté contesté, et d'autre part, sur la circonstance que le comportement du requérant constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'ordre public ou à la sécurité publique, compte tenu des mentions du fichier automatisé des empreintes digitales.

10. S'agissant du second motif retenu par la décision contestée, il ressort des pièces du dossier que M. C a été mis en cause, et placé en garde-à-vue, pour des faits de violences conjugales en état d'ivresse le 12 août 2023. S'il conteste être coupable de tels faits et invoque le principe de présomption d'innocence en l'absence de condamnation pénale, rien ne faisait obstacle, au regard des dispositions rappelées au point 7, à ce que le préfet du Nord prenne en compte ces faits dans le cadre de l'exercice de son pouvoir de police administrative. Toutefois, une décision de classement sans suite pour infraction insuffisamment caractérisée a été prise par le ministère public près le tribunal judiciaire de Dunkerque le 13 août 2023, les deux enfants présentés par la victime comme témoins des faits n'ayant pas confirmé les violences, contestés par le requérant, tandis qu'aucun certificat médical n'a permis de constater l'existence de violence. Par ailleurs, le préfet du Nord soutient, à l'appui de ses écritures, que M. C a été mis en cause dans plusieurs affaires en lien avec la commission de délits selon le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED). Cependant, les seules extractions de ce fichier, se rapportant à des faits anciens de vols datant de 2010-2011, à des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France datant d'août 2020 et de menace de crime ou de délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un professionnel de santé datant du 29 septembre 2021 ne permettent pas de caractériser, en l'absence notamment d'autre élément précisant le contenu des faits reprochés et le degré d'implication du requérant dans ces faits, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils auraient donné lieu à des poursuites pénales, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Dès lors, en retenant que le comportement du requérant constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace présentant ces caractéristiques, le préfet du Nord a méconnu le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Toutefois, le préfet du Nord s'est également fondé sur un autre motif, ainsi qu'il a été dit au point 9. S'agissant du premier motif retenu par la décision attaquée, force est de constater qu'au soutien de ses allégations, M. C ne justifie pas percevoir des revenus professionnels, de sorte qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il bénéficierait de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale. Il reconnaît au contraire, aux termes de son audition par les services de police le 13 août 2023, percevoir le revenu de solidarité active, l'allocation personnalisée au logement et des allocations familiales, pour un montant total estimé à 1 900 euros d'aides par mois. Dans ces circonstances, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur de fait ni méconnu les dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que ces moyens doivent être écartés.

12. Il résulte de l'instruction que le préfet du Nord aurait donc pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur le motif tiré des dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C déclare, comme il a été dit au point 1, être arrivé en France en 2017, soit à l'âge de 32 ans, mais qu'il reconnaît, aux termes de son audition du 12 août 2023 par les services de police dans le cadre des faits justifiant sa garde-à-vue, être retourné en Roumanie en 2023, accompagné de sa femme. S'il déclare vivre en France avec sa femme et ses cinq enfants à charge, âgés de 16 ans, 14 ans, 12 ans, 9 ans et 7 ans, il ne produit au soutien de sa requête aucune pièce pour justifier de liens d'une particulière intensité sur le territoire français, tandis que sa cellule familiale pourrait se recomposer en Roumanie, où il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu de famille. Il ne justifie pas davantage de l'activité professionnelle qu'il allègue, comme il a été dit au point 11, et reconnaît vivre essentiellement des prestations sociales et allocations familiales qui lui sont versées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination, invoqué par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, doit être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

17. Il ressort des pièces du dossier que si M. C soutient avoir toute sa famille en France, il ne produit à l'appui de sa requête aucun document pour en attester, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu de toute attache familiale en Roumanie, pays où il se rend régulièrement, au regard de ses propos tenus dans le cadre de sa garde-à-vue le 12 août 2023, exposant avoir eu une maîtresse en Roumanie quatre années plus tôt, soit en 2019, et indiquant être retourné avec sa femme dans ce pays deux semaines avant les faits du 12 août 2023. Il ne justifie par ailleurs pas être inséré professionnellement et socialement en France. Dans ces circonstances, la décision fixant le pays de destination ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision refusant un délai de départ volontaire :

19. L'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. /

L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

20. En l'espèce, pour refuser à M. C un délai de départ volontaire, le préfet du Nord a considéré que l'urgence était établie " par la menace à l'ordre public que représente la présence de l'intéressé sur le territoire français ". Toutefois, il résulte de ce qui a été indiqué précédemment que le comportement de M. C ne présente pas une menace à l'ordre public, la seule infraction pour laquelle il a été mise en cause ayant fait l'objet d'un classement sans suite, ses éléments constitutifs n'ayant pu être caractérisés. Il s'ensuit que la condition d'urgence mentionnée à l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité ne peut dès lors être regardée comme remplie.

21. Il résulte de ce qui précède que la décision du 13 août 2023 refusant à M. C, citoyen roumain, un délai de départ volontaire doit être annulée.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision portant interdiction de circuler sur le territoire national pendant deux ans :

22. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

23. Il résulte de ce qui précède que la mesure d'éloignement ne pouvait être prise sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que, si le préfet du Nord mentionne dans l'arrêté attaqué que l'obligation de quitter le territoire français est également fondée sur le 3° de cet article, il n'a pas caractérisé l'existence d'un abus de droit en ne caractérisant pas un renouvellement des séjours de moins de trois mois de l'intéressé, alors qu'il a affirmé que M. C ne justifiait plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3, condition prévue par le 1° de l'article L. 251-1 précité, de sorte que la mention du 3° doit dans ces circonstances être regardée comme une erreur de plume.

24. Il résulte de ce qui précède que la décision fixant à l'encontre de M. C une interdiction de circulation sur le territoire national pendant deux années doit être annulée.

25. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est seulement fondé à solliciter l'annulation des décisions lui refusant un délai de départ volontaire et lui interdisant toute circulation sur le territoire national pendant deux années.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

26. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

27. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'implique ni la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sollicitée par le requérant, ni qu'il soit enjoint au préfet du Nord de réexaminer sa situation, de telle sorte que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

28. Aucun dépens n'ayant été engagé dans la présente procédure, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, pour l'essentiel, la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 août 2023 du préfet du Nord est annulé en tant qu'il refuse à M. C un délai de départ volontaire et qu'il lui interdit toute circulation sur le territoire français pour une durée de deux années.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

V. FOUGERES

Le président,

signé

J.-M. RIOULa greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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