Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 août 2023 et le 13 décembre 2023, M. A... B..., représenté par Me Fillieux demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord a ordonné qu’il se dessaisisse définitivement de ses armes dans un délai de trois mois, a prononcé à son encontre une interdiction d’acquisition et de détention d’armes ainsi que son inscription au fichier national des interdits d’acquisition et de détention d’armes (FINIADA) et a retiré la validation de son permis de chasse ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;
- la décision de dessaisissement des armes est entachée d’une erreur de fait et méconnaît le principe de la présomption d’innocence ;
- cette décision est entachée d’une erreur d’appréciation ;
- les décisions portant interdiction d’acquérir ou de détenir des armes, l’inscription au fichier national automatisé des personnes interdites d’acquisition et de détention d’armes et retrait de la validation du permis de chasser sont illégales en raison de l’illégalité de la décision de dessaisissement des armes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B... a été invité, en application des dispositions de l’article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l’instruction Par un courrier enregistré le 23 février 2026 qui n’a pas été communiqué, M. B... a répondu à cette demande.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Huchette-Deransy,
- et les conclusions de M. Horn, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 7 juillet 2023, dont M. B... demande l’annulation, le préfet du Nord lui a ordonné de se dessaisir des armes en sa possession dans un délai de trois mois, lui a interdit d’acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, l’a inscrit au fichier national des interdits d’acquisition et de détention d’armes (FINIADA) et a retiré la validation de son permis de chasser.
En premier lieu, par un arrêté du 22 juin 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Nord du même jour, le préfet du Nord a donné délégation de signature à M. D... C..., sous-préfet, à l’effet de signer toutes les décisions de dessaisissement, remise, saisie administrative d’armes et inscription au FINIADA. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure : « L'autorité administrative peut interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui. » Aux termes de l’article L. 312-11 de ce code : « (...) le représentant de l’Etat dans le département peut, pour des raisons d’ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d’une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s’en dessaisir. /(...)/ » . Aux termes de l’article R.312-67 du même code : « Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : /(…)/ 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; /(…)/ ».
En l’espèce, la décision de dessaisissement des armes en la possession de M. B... se fonde notamment sur le fait que l’intéressé était signalé pour des faits de violence sans incapacité à l’égard de son ex-compagne en 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, ainsi que le soutient le requérant qui en conteste la matérialité, les poursuites pénales dont il a fait l’objet et relatives à ces faits, avaient été abandonnées à la date de la décision contestée. Dans ces circonstances, et en l’absence du moindre élément produit par le préfet du Nord de nature à en établir la matérialité, M. B... est fondé à soutenir que la décision attaquée repose sur des faits matériellement inexacts s’agissant des faits de violence à l’encontre de son ex-compagne. Toutefois, pour adopter la décision en litige, le préfet du Nord s’est également fondé sur la circonstance que M. B... était connu des services de police pour des faits de harcèlement à l’égard de son ex-compagne, lesquels ont nécessité plusieurs interventions au domicile de cette dernière en 2022. Or, M. B... ne conteste pas sérieusement la matérialité de ces faits, pour lesquels il était mis en cause pénalement à la date de la décision en litige, cette procédure pénale n’étant d’ailleurs pas close. Aussi, eu égard à leur nature et à leur caractère récent à la date de la décision attaquée, ces seuls faits caractérisent un comportement incompatible avec la détention d’une arme au sens de l’article R. 312-67 du code de la sécurité intérieure de nature à justifier un dessaisissement d’armes, quand bien même M. B... n’aurait fait l’objet d’aucune condamnation pénale et disposerait d’un casier judiciaire vierge de toute mention. Dans ces circonstances, et alors qu’il résulte de l’instruction que le préfet du Nord aurait pris la même décision s’il n’avait retenu que ces seuls faits, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation doit être écarté.
En troisième lieu, il résulte des dispositions citées au point 3 que le dessaisissement des armes n’est pas une sanction ayant le caractère d’une punition mais une mesure de police. Le moyen tiré de la méconnaissance de la présomption d’innocence est donc inopérant.
En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que, la décision de dessaisissement des armes de M. B... n’étant pas illégale, le requérant n’est pas fondé à soutenir que les décisions d’interdiction d’acquisition et de détention d’armes, d’inscription au FINIADA et de retrait de la validation de son permis de chasse sont illégales par voie de conséquence.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de M. B... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 4 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Baillard, président,
- Mme Huchette-Deransy, première conseillère.
- Mme Leclère, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2026.
La rapporteure,
Signé
J. Huchette-Deransy
Le président,
Signé
B. Baillard
La greffière,
Signé
S. Dereumaux
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière