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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2308130

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2308130

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2308130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2023, M. B G A, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision refusant le renouvellement d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ;

- la décision en litige méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée en raison de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant délai de départ volontaire de trente jours :

- elle doit être annulée en raison de l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée en raison de l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle doit être annulée en raison de l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 612-8 et

L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Leclère a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la requête susvisée, M. A, ressortissant sénégalais né le 6 avril 1998, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 mai 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

2. En premier lieu, par un arrêté du 14 avril 2023, publié le même jour au recueil n° 92 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. C D, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté du 17 mai 2023, aux fins de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de celles-ci doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté contesté mentionne tant les circonstances de fait que de droit sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour édicter la décision refusant au requérant un renouvellement de son titre de séjour, la décision lui octroyant un délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination. Elles sont ainsi suffisamment motivées pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français ayant été prise en conséquence d'un refus de titre de séjour suffisamment motivé et édicté sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte en application des dispositions de l'article L. 613-1 du même code. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de M. A. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un tel examen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation eu au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 :

" Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre État doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage.

Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe.

/ Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention "étudiant". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entrée en France le

11 octobre 2019 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ".

Au titre de l'année universitaire 2019-2020, l'intéressé s'est inscrit en première année de licence de droit au sein de l'université de Lille. A l'issue de cette année, il a été déclaré défaillant, l'intéressé ne s'étant pas présenté à l'ensemble des épreuves. Le requérant s'est alors inscrit pour l'année 2020-2021 en première année de licence mention " Anglais français sur objectifs spécifiques appliqués aux affaires " au sein de l'université de Lille. Il a de nouveau été déclaré défaillant au titre de la première session et ajourné au titre de la deuxième session avec une moyenne de 7,091/20. Pour l'année 2021-2022, M. A a redoublé et a de nouveau été ajourné avec une moyenne de 7,571/20 au titre la deuxième session. Après une nouvelle inscription au sein de ce cursus en 2022-2023, l'intéressé a de nouveau été ajourné au premier semestre avec une moyenne de 8,905/20. Ainsi, il ressort des pièces du dossier, qu'à l'issue de près de quatre années d'études en France, le requérant n'a validé aucun semestre et par conséquent obtenu aucun diplôme. Si M. A soutient que ses échecs sont dus au travail en distanciel durant la crise sanitaire, aux difficultés qu'il a rencontrées suite à un harcèlement et un chantage à la webcam qu'il a subi et à sa contamination pour le coronavirus en 2022, il n'apporte aucun élément permettant de tenir pour établies ces circonstances et d'apprécier la teneur des difficultés invoquées. S'il produit la copie d'une plainte qu'il a adressée au procureur de la République pour dénoncer les faits de chantage dont il se dit victime, il est constant que ce document est daté du 22 août 2023 soit postérieurement à la date de la décision en litige et qu'il ne précise pas la date à laquelle les faits dénoncés se sont déroulés. Dans ces circonstances, le préfet du Nord n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de renouveller le titre de séjour de M. A. En outre, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne constituent pas le fondement de la décision en litige.

7. En troisième lieu, le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant résultant seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit ainsi être écarté en tant qu'il est inopérant.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la décision refusant un titre de séjour à M. A n'étant pas entachée d'illégalité, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de celle l'obligeant à quitter le territoire français.

10. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français le 11 octobre 2019, soit depuis moins de quatre ans à la date de la décision attaquée, après avoir vécu jusqu'à l'âge de 21 ans dans son pays d'origine où résident sa mère et sa fratrie. Le requérant est par ailleurs célibataire et sans enfant.

Il ne fait valoir aucune insertion particulière, ni aucune attache sur le territoire français, hormis des cousins et un oncle, les pièces du dossier ne permettant toutefois pas d'établir l'existence de liens d'une particulière intensité avec ces derniers. Dans ces circonstances et au regard des buts en vue desquels elle a été prise, la décision attaquée ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée. Par suite, le préfet du Nord n'a pas méconnu ces stipulations et le moyen afférent doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :

12. Les décisions refusant un titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalité, il n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de celle lui accordant un délai de départ volontaire.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord lui a accordé un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Les décisions refusant un titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalité, il n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de celle fixant le pays de destination.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code :

" Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

17. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français en octobre 2019 afin de poursuivre ses études. A cet effet, il a bénéficié de titres de séjour jusqu'au 25 novembre 2022. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement, ni qu'il constituerait une menace à l'ordre public. Ainsi quand bien même le requérant ne disposerait pas d'attaches personnelles d'une particulière intensité sur le territoire français, le préfet a fait une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en interdisant son retour sur ce territoire pour une durée d'un an.

18. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. L'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. A n'implique ni la délivrance d'un titre de séjour, ni le réexamen de la situation du requérant.

Par suite, les conclusions à fin d'injonction afférentes doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 17 mai 2023 par laquelle le préfet du Nord a interdit le retour sur le territoire français de M. A pour une durée d'un an est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Me Dewaele et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERE

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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