mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2308160 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | NADER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Nader, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- ayant été pénalement sanctionné pour des faits de violence sur sa conjointe, il ne peut également être sanctionné par la justice administrative pour ces mêmes faits, sauf à méconnaître le principe du non bis in idem ;
- il subvient au besoin de son fils de nationalité française depuis sa naissance ou depuis au moins un an, de sorte que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et l'article L. 432-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de démonstration du caractère actuel de la menace à l'ordre public que sa présence en France constituerait ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et fait courir à son fils le risque d'être en situation d'abandon parental.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. B a vu sa demande d'aide juridictionnelle rejetée par une décision du 23 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Goujon ;
- et les observations de Me Nader, avocat de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 5 mai 1981 et entré en France le 18 juin 2012 sous couvert d'un visa de court séjour, a fait l'objet, le 26 juillet 2017, d'une mesure d'éloignement en raison de l'irrégularité de son séjour sur le territoire. Il a par la suite sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien, portant la mention " vie privée et familiale ", en se prévalant de sa qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 8 juillet 2020, le préfet du Nord a rejeté sa demande pour motif d'ordre public, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement du 16 février 2021, le tribunal a annulé l'arrêté et a enjoint au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire. En conséquence, M. B a été muni d'un titre de séjour " vie privée et familiale " valable du 28 avril 2021 au 27 avril 2022, renouvelé pour la période du 3 juin 2022 au 2 juin 2023. Le 8 juin 2022, les services de la préfecture ont été informés que M. B venait de faire l'objet d'une interpellation et d'un placement sous contrôle judiciaire pour des faits de violences conjugales. Ils ont également été saisis le 15 février 2023 par M. B d'une demande de renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 27 juin 2023, pris après avis de la commission du titre de séjour, le préfet du Nord doit être regardé comme ayant rejeté la demande de titre de séjour de M. B, en assortissant cette décision d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et de la fixation du pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. La critique du bien-fondé de ces motifs relève de la légalité interne de la décision et non de sa forme. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet du Nord a bien procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet doit dès lors être écarté.
4. En troisième lieu, l'arrêté de police administrative en litige ne saurait être regardé comme constituant une peine prononcée pour les mêmes faits que ceux ayant justifié les condamnations pénales déjà exécutées par M. B. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que le principe " non bis in idem " aurait été méconnu.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " ()Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4. au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins () ". Aux termes de l'article 375-7 du code civil : " Les père et mère de l'enfant bénéficiant d'une mesure d'assistance éducative continuent à exercer tous les attributs de l'autorité parentale qui ne sont pas inconciliables avec cette mesure. () ". Les stipulations de l'article 6 précité ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
6. M. B est père d'un enfant né le 15 juillet 2018, de nationalité française et qu'il a reconnu, le 5 février 2018, préalablement à sa naissance. Après la séparation de ses parents, l'enfant a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du département du Nord par un jugement en assistance éducative du 21 janvier 2022 en raison d'un état de dénutrition et des violences conjugales dont il avait été témoin. Par un jugement du 12 janvier 2023, le juge des enfants du tribunal judicaire de Valenciennes a prolongé le placement de l'enfant jusqu'au 31 janvier 2024 et a accordé à ses parents un droit de visite séparé deux fois par mois dans un lieu neutre médiatisé. Malgré le placement de son fils, M. B continue, en vertu de l'article 375-7 du code civil d'exercer tous les attributs de l'autorité parentale qui ne sont pas inconciliables avec cette mesure. Ainsi, M. B demeure éligible à la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, sans qu'il y ait lieu, contrairement à ce qu'a estimé le préfet, de prendre en considération la circonstance qu'il contribue effectivement ou non aux besoins de son enfant.
7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné par le tribunal correctionnel de Valenciennes pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime à un pacte civil de solidarité, à des peines de quatre mois d'emprisonnement avec sursis par jugement du 27 juin 2017 et dix-huit mois d'emprisonnement dont un an avec sursis et deux ans de mise à l'épreuve par jugement du 18 janvier 2019. M. B ne conteste pas avoir de nouveau fait l'objet d'une nouvelle condamnation dans un jugement du 14 novembre 2022 à six mois d'emprisonnement pour les mêmes faits commis en état de récidive ainsi que pour violation de domicile, introduction dans le domicile d'autrui à l'aide de manœuvres, voie de fait et contrainte. Eu égard à la nature répétée des infractions, de leur gravité et du caractère récent pour la dernière à la date de l'arrêté contesté, le préfet du Nord pouvait légalement estimer que ces faits témoignaient d'un comportement de nature à menacer l'ordre public et pouvait, pour ce motif, refuser un certificat de résidence à l'intéressé.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. En dépit de la durée de sa présence sur le territoire et du fait qu'il y a séjourné de manière régulière pendant deux ans, M. B ne fait état d'aucun élément durable d'insertion sociale ou professionnelle en France. Il ressort des pièces du dossier qu'il a comme seule attache sur le territoire français, son fils âgé de six ans, placé auprès de l'aide sociale à l'enfance depuis le 6 janvier 2022. Le jugement en assistance éducative du 12 janvier 2023 qui a prolongé pour un an le placement de l'enfant en raison de la dénutrition et de la violence qu'il a connues avant sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, relève que l'enfant reste marqué par les violences conjugales auxquelles il a assisté, que M. B n'intègre pas les motifs du placement de son fils et reste inaccessible à toute remise en question et qu'à l'occasion de deux visites successives, l'intéressé a montré à son fils des vidéos violentes qui ont suscité des angoisses chez ce dernier. Si M. B soutient que le refus de délivrance d'un titre de séjour fait courir à son fils le risque d'être en situation d'abandon parental, il ressort que, d'une part, son fils a toujours des liens avec sa mère et sa grand-mère maternelle, et d'autre part, que les rencontres de M. B avec son fils sont décrites par les services de l'aide sociale à l'enfance comme pauvres. Par ailleurs, M. B ne conteste pas l'existence de liens familiaux dans son pays d'origine dont il est parti à l'âge de trente et un ans. Dans ces conditions, eu égard au comportement de l'intéressé qui, ainsi qu'il a été exposé au point 7, constitue une menace à l'ordre public et qui ont d'ailleurs conduit la commission du titre de séjour à émettre un avis défavorable sur la demande de renouvellement du droit au séjour, le préfet du Nord n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions contestées ont été prises et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, ses conclusions tendant à la délivrance d'un titre de séjour.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Nader et au préfet du Nord.
Copie pour information sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cotte, président,
M. Fougères, premier conseiller,
M. Goujon, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
J.-R. Goujon
Le président,
signé
O. CotteLa greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026