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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2308289

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2308289

mercredi 18 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2308289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (3)

Résumé IA

**Sujet principal** : Demande de remise totale d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) pour cause de précarité financière. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Lille (juge unique). **Solution retenue** : Le tribunal fait droit à la requête et accorde la remise totale de la dette restante, considérant que la requérante est de bonne foi et que sa situation de précarité justifie cette mesure. **Textes appliqués** : Articles L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles (conditions de remise d'une créance de RSA) et R. 772-9 du code de justice administrative (clôture de l'instruction).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 septembre 2023, Mme A... B..., demande au tribunal de lui accorder la remise totale de sa dette portant sur un indu de revenu de solidarité active d’un montant de 2 483,93 euros ;

Elle soutient que la précarité de sa situation ne lui permet pas de rembourser l’indu qui lui est réclamé.

La requête a été communiquée au président du conseil départemental du Pas-de-Calais, qui n’a pas produit de mémoire malgré une mise en demeure adressée le 24 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Huchette-Deransy, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La clôture de l’instruction a été prononcée, en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative, après l’appel de l’affaire lors de l’audience, les parties n’étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Par la présente requête, Mme B... sollicite la remise de l’indu de revenu de solidarité active d’un montant de 1 862,95 euros restant à sa charge, déduction faite de la remise partielle que le président du conseil départemental du Pas-de-Calais lui a accordée le 28 août 2023.

Aux termes de l’article L. 262-1 du code de l’action sociale et des familles : « Le revenu de solidarité active a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle. ». Aux termes de l’article L. 262-2 du code de l’action sociale et des familles : « Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. / (…) / ». Aux termes de l’article L. 262-3 de ce même code : « Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. Il est revalorisé le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. / L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat (…) / ».

Par ailleurs, aux termes de l’article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : « (…) La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration (…) ». Il résulte de ces dispositions qu’un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d’une remise gracieuse de la dette résultant d’un paiement indu d’allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l’indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s’entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d’une volonté de dissimulation de l’allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d’un indu de prime d’activité, il appartient au juge administratif d’examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l’indu résulte de ce que l’allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l’intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l’inverse, portent sur des éléments dépourvus d’incidence sur le droit de l’intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l’information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l’omission, des justifications données par l’intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l’allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu’il était tenu de déclarer les éléments omis.

En premier lieu, il ne résulte pas de l’instruction, en l’absence de toute réponse à la requête par le département du Pas-de-Calais, que la bonne foi de Mme B... soit en cause, une remise partielle lui ayant d’ailleurs été accordée. Par suite, elle doit être regardée comme étant de bonne foi.

En second lieu, il résulte de l’instruction, que Mme B... se trouve toujours, à la date du présent jugement, sans être contredite en défense, dans une situation de précarité financière telle qu’elle n’est pas en mesure de s’acquitter totalement de sa dette de prime d’activité, sans compromettre durablement l’équilibre de son budget ou menacer la satisfaction de ses besoins élémentaires Dès lors, l’intéressée doit être regardée comme étant en situation de précarité. Par suite, il y a lieu de lui accorder une remise gracieuse totale de son indu de revenu de solidarité active, d’un montant de 1 862,95 euros, laissé à sa charge.

Il résulte de ce qui précède que Mme B... est fondée à demander l’annulation de la décision qu’il soit fait entièrement droit à sa demande de remise de dette.


D E C I D E :

Article 1er : Il est accordé à Mme B... une remise totale de sa dette de prime d’activité d’un montant résiduel de 1 862,95 euros.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au département du Pas-de-Calais.

Copie en sera adressée à la caisse d’allocations familiales du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2026.


La magistrate désignée,
Signé
J. Huchette-Deransy
Le greffier,
Signé
A. Couet



La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Le greffier,




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