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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2308550

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2308550

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2308550
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. A, ressortissant guinéen, qui contestait l'arrêté du préfet du Nord du 1er août 2023 lui refusant un titre de séjour "vie privée et familiale" et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant l'arrêté régulièrement signé par une autorité délégataire et suffisamment motivé. Il a également estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation de M. A et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-7 du CESEDA, 8 de la CEDH et 3-1 de la CIDE n'étaient pas fondés. En conséquence, la requête a été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 septembre et 26 décembre 2023,

M. F A, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement et ce, sous astreinte de

150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sous même condition de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il n'est pas établi qu'il ait été pris par une autorité habilitée ;

- il est insuffisamment motivé ;

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation à cet égard ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2023, le préfet du Nord, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

24 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Huchette-Deransy ;

- et les conclusions de M. Borget, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 20 août 1977 à Conakry

(République de Guinée), déclare être entré en France le 28 février 2019, à l'âge de quarante-deux ans. Il a sollicité le 22 mars 2023 un titre de séjour " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 1er août 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté du 27 juin 2023, régulièrement publié au recueil n° 158 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Nord en date du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à M. C D, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté en litige, aux fins de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de M. A, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision ni des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A au regard de sa demande. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des actes de naissance des enfants, que M. A est le père de trois enfants de nationalité française, nés de sa relation avec

Mme G B, reconnue réfugiée puis naturalisée française par un décret du

22 juillet 2022, à savoir deux fils et une fille, nés respectivement le 18 février 2016, le

30 avril 2018 et le 18 août 2022 à Lille, de sorte que son lien de filiation à l'égard de ses enfants est établi. Toutefois, si M. A se prévaut de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, les quelques attestations rédigées par la mère des enfants et des proches, très peu circonstanciées, ainsi que les rares tickets de caisses et factures dont seulement trois sont antérieures à la décision querellée, ne suffisent pas à établir de la réalité des allégations du requérant. De même, s'il déclare vivre avec ses enfants et leur mère en France depuis 2019, il n'apporte pas le moindre commencement de preuve permettant d'établir la durée pendant laquelle il a résidé avec ses enfants, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il disposait à cette date d'un titre de séjour néerlandais valable jusqu'en août 2023. De même, les quelques photographies avec ses enfants ne sont pas de nature à démontrer au cas présent la réalité de la communauté de vie. En outre, la déclaration de concubinage avec Mme B, datée du

17 août 2022, non signée, dans laquelle il est indiqué que les intéressés vivent maritalement depuis le 11 novembre 2011, est contradictoire avec l'assertion du requérant selon laquelle il a résidé aux Pays-Bas au moins jusqu'en 2019. Enfin, si la plupart des pièces produites mentionnent une domiciliation de l'ensemble de la famille rue de Lannoy à Lille, au moins depuis la naissance du dernier enfant de la fratrie en août 2022 et alors que M. A fait état de son activité professionnelle dans la restauration, les bulletins de salaire produits indiquent qu'à compter du mois de mai 2023, M. A n'est plus domicilié à cette adresse.

Dans ces conditions, la réalité de la communauté de vie, à défaut de démonstration de l'effectivité de la contribution de M. A à l'éducation et à l'entretien des enfants, n'est pas davantage établie. Dans ces conditions, le préfet n'a pas fait une inexacte application l'article

L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de renouveler le titre de séjour sollicité pour ce motif. Le moyen afférent doit, dès lors, être écarté.

7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ".

11. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision contestée portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur l'autre moyen dirigé contre les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination de la mesure d'éloignement :

14. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé au soutien des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours et de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991 doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. F A et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia présidente,

- Mme Bonhomme, première conseillère,

- Mme Huchette-Deransy première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

J. Huchette-Deransy

La présidente,

Signé

J. Féménia

La greffière,

Signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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