mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2308658 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GIUDICELLI JAHN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires complémentaires et des pièces complémentaires, enregistrés les 2, 4 et 5 octobre 2023, M. C B, représenté par Me Giudicelli Jahn, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
2°) d'annuler la décision du 2 octobre 2023 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a assigné M. B à résidence à Hénin Beaumont pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de procéder, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, au réexamen de la situation de M. B et de délivrer à ce dernier, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) et de mettre à la charge de l'Etat soit une somme de 1 500 euros à verser à son avocat, ou à M. B en cas de non admission de ce dernier au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision attaquée :
- a été signée par une autorité qui n'était pas matériellement habilitée pour ce faire ;
- est insuffisamment motivée au regard tant de sa situation professionnelle que de sa situation familiale ;
- a méconnu le droit de M. B d'être entendu ;
- est fondée sur un refus de titre de séjour et une obligation de quitter le territoire français qui sont elles-mêmes irrégulières ;
- est empreinte d'une erreur de fait, puisqu'il ne s'est jamais vu notifier la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- est également entachée d'erreurs de droit puisque, d'une part, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français ne lui ayant jamais été notifiée, le délai de départ volontaire dont disposait M. B n'a pas expiré et ce dernier ne pouvait donc pas faire l'objet d'une assignation à résidence sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, à considérer même que la décision lui ait été notifiée, le délai de départ volontaire n'expirait que le 2 octobre 2023 à minuit et il ne pouvait donc faire l'objet d'une assignation la veille du jour auquel expirait le délai de départ volontaire ;
- méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle, tant professionnelle que familiale, de M. B.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le préfet du Pas-de-Calais a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné
- et les observations de Me Kerkenni, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'était fondé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 8 mars 1992, a fait l'objet, le 25 août 2023, d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter, dans un délai de 30 jours, le territoire français à destination de l'Algérie et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par une décision du 2 octobre 2023, M. B a été assigné à résidence à Hénin-Beaumont par le préfet du Pas-de-Calais pour une durée de quarante-cinq (45) jours. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de cette dernière décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté n° 2022-10-139 du 26 décembre 2022, publié 27 décembre 2022 au recueil spécial n° 173 des actes administratifs des services de l'État dans le Pas-de-Calais, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. D A, chef du bureau du contentieux du droit des étrangers, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision querellée manque en fait et doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, le préfet du Pas-de-Calais énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision. A cet égard, si M. B soutient qu'il n'a pas été tenu compte de sa situation familiale, il allègue résider, depuis avril 2022, avec sa femme à Hénin-Beaumont, à l'adresse à laquelle il a été assigné. Ainsi cet élément est sans incidence sur la motivation de la décision attaquée. De plus, si M. B soutient qu'il n'a pas été tenu compte de son emploi de mécanicien à Persan dans le Val-d'Oise, le préfet du Pas-de-Calais n'avait pas, à la considérer même comme avérée, à tenir compte de cette activité pour laquelle l'intéressé n'allègue pas même avoir disposé d'une autorisation de travail. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.
5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".
6. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été informé, le 2 octobre 2023, entre 9h30 et 9h45, que le préfet du Pas-de-Calais envisageait de l'assigner à résidence. Il a alors, préalablement à la notification de la décision attaquée, intervenue le même jour à 10h10, été invité à présenter ses observations mais n'en a par formulé. Par conséquent, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais aurait méconnu son droit d'être entendu.
8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requête de M. B à fin d'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du 25 août 2023 a été rejetée par ordonnance comme tardive. Il suit de là qu'il n'est fondé à soutenir ni que la décision l'assignant à résidence serait fondée sur un refus de titre de séjour et une obligation de quitter le territoire français qui sont elles-mêmes irrégulières, ni que la décision serait empreinte d'une erreur de fait au motif que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne lui aurait jamais été notifiée, ni que la décision attaquée serait empreinte d'une erreur de droit au motif que le délai de départ volontaire dont il disposait n'aurait jamais expiré.
9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 25 août 2023 a été notifié à M. B le 31 août 2023. Il suit de là, que le délai de départ volontaire dont il disposait, qui n'est pas un délai franc puisqu'il ne s'agit pas d'un délai de procédure, expirait le samedi 30 septembre à minuit. M. B n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais aurait commis une erreur de droit en l'assignant à résidence le 2 octobre 2023 date à laquelle, contrairement à ce qu'affirme le requérant, le délai qui lui était imparti pour quitter volontairement le territoire français était expiré.
10. En dernier lieu, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. En l'espèce, si les pièces produites établissent la présence de M. B à Hénin-Beaumont au cours des mois de janvier et février 2023, sa présence n'est pas établie au-delà de la fin du mois de février et il ressort également des pièces du dossier que M. B est entré en France, pour la dernière fois, depuis l'Espagne le 13 septembre 2023, alors qu'il était âgé de 31 ans. Il doit donc être considéré comme ayant séjourné irrégulièrement en France depuis seulement 16 jours à la date d'adoption de la décision attaquée. En outre M. B n'établit ni disposer d'attaches familiales en France, ni en être dépourvu en Algérie. Enfin, il ne se prévaut d'aucun élément de nature à établir qu'il disposerait en France du centre de ses intérêts privés. M. B n'est donc, en tout état de cause, pas fondé à soutenir qu'en l'assignant à résidence, le préfet du Pas-de-Calais, aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 2 octobre 2023 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais l'a assigné à résidence à Hénin-Beaumont pour une durée de 45 jours.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de M. B ne peuvent être accueillies.
Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Giudicelli Jahn et au préfet du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé,
X. LARUE
La greffière,
Signé,
F. JANET
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2308658
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026