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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2308916

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2308916

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2308916
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCATTOIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2023, M. et Mme C demandent au tribunal la suspension de l'exécution des travaux réalisés par M. B à la suite de la décision de non-opposition de la commune de Lille à la déclaration de travaux déposée le 27 avril 2023.

Ils soutiennent que :

- le projet en cause ne respecte pas le plan local d'urbanisme, plus particulièrement l'article relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives, figurant à la section II du chapitre 2, du titre 2, du livre III du IV Règlement du PLU 2, dès lors qu'il ne respecte pas la limite de hauteur ;

- les travaux entrepris ont des conséquences dommageables sur la jouissance de leur bien et la valeur de leur patrimoine dès lors que le projet prévoit, d'une part, la création de grandes fenêtres en R+1 et R+2 de l'extension, donnant des vues directes dans leurs chambres et leur terrasse et, d'autre part, la création d'un mur de dix mètres de haut à trois mètres de leur mitoyenneté réduisant fortement l'apport solaire et la lumière, entravant leur démarche écoresponsable ;

- le projet déclaré en mairie ne fait pas mention de la proximité de leur maison dès lors que le dessin de leur propriété n'apparaît pas sur les plans et coupes du projet, occultant ainsi l'impact de la création de cette extension sur leur propriété ;

- il n'ont découvert l'existence de ce projet que par le commencement des travaux et M. B n'est jamais venu leur faire part de ce projet qui a pourtant des conséquences dommageables les concernant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, la commune de Lille, représentée par Me Marcilly, conclut au rejet de la requête à la mise à la charge des requérants de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable par méconnaissance des dispositions des articles R. 411-1 et R. 431-3 du code de justice administrative dès lors que le prénom des requérants n'est pas précisé, que si la requête est présentée par " M. et Mme C ", elle ne comporte qu'une seule signature de sorte qu'il est impossible de savoir qui a signé ;

- elle est irrecevable par méconnaissance des dispositions de l'article R. 522-1 du code de justice administrative dès lors que les requérants ont saisi le tribunal par une seule et même requête tendant à la fois à l'annulation et à la suspension des effets de la décision contestée ;

- ils n'ont pas joint à leur demande une copie de leur requête en annulation, à supposer que celle-ci existe de sorte que, pour ce motif également, les exigences de l'article R. 522-1 du code de justice administrative n'ont pas été respectées ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés ne sont pas, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Cattoir, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas respectées ; le recours en annulation n'est pas recevable par méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-1 du code de justice administrative dès lors que les requérants n'ont pas procédé à la notification de leur recours par lettre recommandée avec avis de réception dans un délai de quinze jours ;

- le recours en annulation est également irrecevable pour tardiveté dès lors qu'il a procédé à l'affichage continue de son autorisation d'urbanisme dès le

1er juillet 2023 ;

- la requête en référé ne répond pas aux exigences de l'article R. 522-1 du code de justice administrative dès lors, d'une part, que les requérants ont saisi le tribunal d'une seule et même requête aux fins d'annulation et de suspension et que, d'autre part, ils ne produisent pas copie de leur requête à fin d'annulation ;

- la requête en référé ne respecte pas les exigences des articles R. 411-1 et R. 431-4 du code de justice administrative dès lors que la requête a été introduite au nom de " M. et Mme C " sans jamais préciser l'identité complète des requérants alors que, par ailleurs, la requête ne comporte qu'une seule signature ce qui ne permet pas de savoir lequel des deux époux a introduit cette action ;

- aucun des moyens soulevés n'est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 23 octobre 2023 à 11h30 :

- le rapport de M. Fabre, juge des référés ;

- les observations de M. et Mme C ;

- celles de Me Marcilly, représentant la commune de Lille ;

- et celles de Me Bosquet, substituant Me Cattoir, représentant M. B.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Le 15 février 2023, M. A B a déposé un dossier de déclaration préalable en vue de l'édification d'une extension en R+2 à l'arrière du bien immobilier dont il est propriétaire au 26 rue des Jardins Caulier à Lille. Cette demande a été complétée le 27 avril 2023 et, le 27 juin 2023, M. B a bénéficié d'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable de travaux. Par la requête dont le tribunal est saisi, M. et Mme C doivent être regardés comme demandant la suspension de l'exécution de cette décision tacite.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " () / A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision de non-opposition à déclaration préalable a été affichée sur le devant du domicile de M. B, à tout le moins depuis

le 1er juillet 2023 sans que les requérants ne contestent le caractère continu de cet affichage. Par suite, par application de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme, leur requête au fond, introduite le 7 octobre 2023, est tardive dès lors que leur recours gracieux n'a été adressé à la ville de Lille que par courrier du 27 septembre 2023, soit après expiration du délai de recours contentieux.

5. Par ailleurs, il est constant que la requête en référé suspension n'a pas été présentée par une requête distincte du recours au fond et ne comporte donc pas une copie du recours au fond, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 522-1 du code de justice administrative.

6. Pour ces deux motifs, la requête en référé suspension ne peut qu'être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fins de non-recevoir opposées en défense et les moyens soulevés par les requérants.

Sur les frais d'instance :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants les sommes que la commune de Lille et M. B demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Lille au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C, à la commune de Lille et à M. A B.

Fait à Lille le 25 octobre 2023.

Le juge des référés,

signé

X. FABRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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