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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2308956

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2308956

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2308956
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMARICOURT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 11 octobre 2023 et 19 octobre 2023, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 octobre 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour lui de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en ce que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard aux circonstances humanitaires dont il se prévaut ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

La requête a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée ;

- les observations de Me Maricourt, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il développe, hormis le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées qu'il déclare abandonner ; il soulève en outre à l'encontre de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français le moyen tiré de l'erreur de droit au regard de l'entrée régulière de l'intéressé sur le territoire national ;

- les observations de Me El Assad, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui conclut au rejet de la requête de M. C au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- et les observations de M. C, assisté de Mme D, interprète en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant libyen né le 1er janvier 1996, demande l'annulation de l'arrêté en date du 10 octobre 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions attaquées mentionnent, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre à M. C de comprendre et de discuter les motifs des décisions en litige et pour le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

3. En second lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige a été notifié au requérant par le truchement d'un interprète en langue arabe qu'il comprend. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification des décisions contestées ne peut qu'être écarté.

Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ". Aux termes de l'article L. 311-1 de ce code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une /". Enfin, aux termes de l'article R. 311-3 du même code : " Lorsque l'entrée en France est motivée par un transit, l'étranger est tenu de justifier qu'il satisfait aux conditions d'entrée dans le pays de destination ".

5. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a entendu éloigner M. C du territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux motifs, d'une part, qu'il ne pouvait justifier de ce qu'il remplissait les conditions énoncées à l'article R. 311-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, qu'il ne remplissait pas les conditions de l'article L. 311-1 du même code pour une entrée régulière sur le territoire français.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été interpellé le 10 octobre 2023 dans le cadre d'un contrôle d'identité à Marck, dans le département du Pas-de-Calais. Il est entré en France le 6 octobre 2023, après être entré en Italie le 2 octobre 2023. Il ressort de ses déclarations faites lors de son audition réalisée par les services de police qu'il a déclaré être entré en France dans le but de rejoindre la Grande-Bretagne. Si le requérant justifie, contrairement à ce qui été indiqué dans le procès-verbal de son audition ainsi que dans la décision attaquée, être en possession d'un passeport en cours de validité, lequel a été conservé par les services de la police aux frontières, et s'il démontre que ce passeport est revêtu d'un visa court séjour délivré par les autorités consulaires italiennes, valide du 1er au 30 octobre 2023, il ne justifie toutefois pas disposer de moyens d'existence et de la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières résultant de soins qu'il pourrait engager en France. En outre, il ne conteste pas ne pas satisfaire aux conditions d'entrée en Grande-Bretagne. Dans ces conditions, le préfet du Pas-de-Calais, en faisant obligation à M. C de quitter le territoire français, n'a ni entaché sa décision d'une erreur de fait ni d'une erreur de droit. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier ainsi que des déclarations de M. C à l'audience que l'intéressé est arrivé très récemment sur le territoire français. S'il fait valoir qu'il entretient une relation avec une ressortissante philippine qui vit en Irlande et avec laquelle il aurait un enfant, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. En tout état de cause, cet élément n'est pas de nature à établir qu'il disposerait en France d'attaches particulières, ce dont il se prévaut pas. Dans ces conditions, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas, en faisant obligation au requérant de quitter le territoire français, méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En dernier lieu, s'il ressort des termes de la décision attaquée, ainsi qu'il a été indiqué au point 5 que le préfet du Pas-de-Calais a, par erreur, indiqué que M. C était dépourvu de document de voyage revêtu d'un visa en cours de validité, cet élément ne saurait à lui seul, attester de ce que l'autorité préfectorale ne se serait pas livrée à un examen sérieux de la situation de l'intéressé avant de lui faire obligation de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, l'article L. 612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

11. D'une part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Pas-de-Calais ne s'est pas fondé, pour refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, sur la menace à l'ordre public que constituerait son comportement, mais sur le risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement soutenir, pour demander l'annulation de la décision attaquée, que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 6, que M. C ne justifie pas être entré en France de façon régulière et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il ressort en outre des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, qu'il ne justifie pas sur le territoire français d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Dans ces conditions, le préfet du Pas-de-Calais a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, retenir l'existence d'un risque que le requérant se soustraie à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet et, par suite, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Ce moyen doit donc être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. Si M. C soutient qu'il craint pour sa vie en cas de retour en Lybie en raison de son activité passée au sein du gouvernement de M. B dans lequel il travaillait en tant qu'agent en charge de la prévention des troubles à l'ordre public, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations qui sont demeurées à l'audience particulièrement générales. Dans ces conditions, en fixant notamment la Lybie comme pays de destination de la mesure d'éloignement dont faisait l'objet le requérant, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 que le moyen tiré de ce que la décision faisant interdiction à M. C de retour sur le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

18. Compte tenu de la situation de M. C telle qu'énoncée au point 8, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas commis d'erreur d'appréciation en ne retenant pas l'existence de circonstances humanitaires de nature à justifier que ne soit pas prononcée à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français.

19. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

20. Eu égard à la durée de présence de M. C sur le territoire français, à son absence d'attaches sur le territoire français, et compte tenu du fait que l'intéressé n'a jamais fait l'objet de précédente mesure d'éloignement et que sa présence ne représente pas une menace à l'ordre public, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à une année la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Olivier Maricourtet au préfet du Pas-de-Calais.

Lu en audience publique le 20 octobre 2023.

La magistrate désignée,

Signé,

F. BONHOMMELa greffière

Signé,

N. BELHARRET

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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