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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2308979

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2308979

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2308979
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMARICOURT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2023, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 octobre 2023 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour lui de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

-elle est illégale en ce que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée ;

- les observations de Me Maricourt, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, à l'exception des moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions attaquées et de l'absence de notification des décisions dans une langue comprise par le requérant qu'il déclare abandonner ; il développe notamment le moyen dirigé contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français au regard de l'atteinte qu'elle porte au droit au respect du requérant de mener une vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête de M. C au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- et les observations de M. C, assisté de Mme D, interprète en langue néerlandaise.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant surinamais né le 20 septembre 1993, demande l'annulation de l'arrêté en date du 10 octobre 2023 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. En premier lieu, les décisions attaquées mentionnent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre à M. C de comprendre et de discuter les motifs des décisions en litige et pour le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France le 6 septembre 2023 muni d'un visa en court de validité délivré par les autorités consulaires néerlandaises au Surinam. Le requérant se prévaut de sa relation de concubinage avec une ressortissante française, dont il a fait la connaissance au Surinam cinq ou six années auparavant et avec laquelle il a un fils, né le 4 avril 2022 à Roubaix. Il soutient que sa compagne et son fils sont venus lui rendre visite au Surinam alors que l'enfant était âgé de cinq mois et s'être occupé depuis cette date de son enfant, compte tenu de l'incarcération de sa compagne qui est intervenue peu de temps après, lorsqu'elle s'est rendue en Guyane. Il précise que l'enfant, de nationalité française, est venu avec lui en France en septembre 2023 pour s'occuper des filles nées d'une précédente union de sa compagne, le temps de l'incarcération de cette dernière dont le terme est fixé au 20 octobre 2023. S'il ressort effectivement des pièces du dossier, et notamment de la procédure pénale, que M. C est arrivé en France pour s'occuper des filles de Mme B et qu'il est venu avec un jeune garçon, le requérant ne produit aucun élément attestant de l'ancienneté et de la stabilité de la relation qu'il entretiendrait avec sa compagne. Il ressort au contraire des déclarations de M. C à l'audience que le couple n'a jamais vécu durablement ensemble. En tout état de cause, au jour de la décision attaquée, la compagne de M. C était toujours incarcérée en Guyane. Le requérant ne justifie pas davantage qu'il existerait entre les enfants de sa compagne et lui-même des liens d'une particulière intensité, eu égard notamment à la faible durée pendant laquelle il a vécu aux côtés de ces enfants. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que les méthodes éducatives du requérant ont donné lieu à l'engagement d'une procédure pénale, à la suite de la dénonciation par l'une des filles de Mme B de violences commises à son encontre par le requérant. Si aucune suite pénale n'a été apportée à ces faits, ces derniers ont néanmoins conduit au placement provisoire en urgence des enfants auprès des services de l'aide sociale à l'enfance. En outre, s'il n'est pas sérieusement contestable, au vu des pièces de la procédure pénale et des déclarations précises et concordantes de M. C à l'audience, que l'intéressé est venu en France avec un jeune garçon surnommé " Yojo ", cet enfant n'a pas, ainsi que l'intéressé l'indique lui-même à l'audience, était reconnu par son père et était, à la date de la décision attaquée, également confié aux services de l'aide sociale à l'enfance. Enfin, le requérant ne démontre pas qu'il serait isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à récemment et où il disposait avant son départ, selon ses déclarations devant les services de police, d'un emploi. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas, en faisant obligation à M. C de quitter le territoire français, porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, l'article L. 612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () ".

6. D'une part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Nord ne s'est pas fondé, pour refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, sur la menace à l'ordre public que constituerait son comportement, mais sur le risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement soutenir, pour demander l'annulation de la décision attaquée, que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, n'est au surplus pas contesté, que M. C, qui est entré en France le 6 septembre 2023 muni d'un visa délivré par les autorités consulaires néerlandaises en cours de validité, s'est maintenu sur le territoire national au-delà de la durée autorisée de séjour de trente jours et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, et pour ce seul motif, le préfet du Nord a pu, sans erreur d'appréciation, retenir l'existence d'un risque de soustraction de l'intéressé à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet et, par suite, refusé de lui accorder un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

8. En quatrième lieu, si M. C soutient que la décision par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Compte tenu de la courte durée de présence de M. C sur le territoire français et des conditions de son séjour en France telles qu'énoncées au point 4, de la circonstance qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et en l'absence de menace à l'ordre public que représenterait sa présence en France, le préfet du Nord n'a pas, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, commis d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 10 octobre 2023 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour pour une durée d'un an. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles qu'il a présentées au titre des frais de l'instance, doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Olivier Maricourt et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 20 octobre 2023.

La magistrate désignée,

Signé,

F. BONHOMMELa greffière

Signé,

N. BELHARRET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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