vendredi 20 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2309078 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GUILLAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 16 octobre 2023 et 20 octobre 2023, M. C B, représenté par Me Guillaud, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 16 octobre 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a décidé de le transférer aux autorités croates ;
3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile dans un délai de quinze jours, et sous astreinte de 155 euros par jour de retard, et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à charge pour elle de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ou, en cas de refus à l'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement entre ses mains de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- a été pris par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/20103 ;
- méconnait par ricochet les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnait les dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 et de l'article 17 du même règlement ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation.
La requête a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée ;
- les observations de Me Guillaud, avocate de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ;
- les observations de Me El Assad, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui conclut au rejet de la requête de M. B au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- et les observations de M. B, assisté de Mme A, interprète en langue turque.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant turc né le 8 novembre 1992, a fait l'objet le 1er octobre 2023 d'un contrôle d'identité à Calais. Lors de ce contrôle, il est apparu qu'il était démuni de document lui permettant de circuler et de séjourner régulièrement en France et que ses empreintes digitales avaient été enregistrées comme demandeur d'asile le 11 juin 2023 en Croatie. L'État français a ainsi saisi les autorités croates d'une demande de reprise en charge le 1er octobre 2023. La Croatie a fait connaître son accord le 14 octobre 2023. M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté en date du 16 octobre 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a décidé de le transférer aux autorités croates.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ". La faculté laissée à chaque État membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare avoir quitté son pays d'origine en raison des persécutions qu'il subissait en lien avec l'activité de son père, journaliste d'opposition, est entré en Croatie où ses empreintes ont été enregistrées comme demandeur d'asile le 11 juin 2023. Il ressort des observations faites le 1er octobre 2023 que M. B a indiqué ne pas vouloir aller en Croatie, expliquant y avoir " été volé, battu et humilié par la police croate " et avoir " très peur ". Le requérant soutient, dans son mémoire complémentaire et à l'audience, être entré une première fois en Croatie et avoir été interpellé par des policiers croates alors qu'il se trouvait en compagnie de deux compatriotes. Il expose avoir tenté en vain d'expliquer les raisons de son départ de son pays d'origine. Il précise que d'autres policiers croates sont ensuite arrivés et l'ont emmené, avec les autres personnes de son groupe, en voiture avant de les laisser, seuls, au bord d'une voie rapide. Il déclare que lui et ses compagnons ont marché en direction de Zagreb et ont été de nouveau arrêtés par des policiers croates qui les ont fait asseoir sur la route, leur ont confisqués leurs téléphones portables, les ont insultés et avoir été lui-même malmené par l'un des policiers qui s'est assis sur lui, lui engendrant des douleurs intenses. Il indique que d'autres policiers en civil, vêtus de pantalons militaires et de t-shirt noirs sont ensuite arrivés avec des chiens et les ont conduits en pleine nuit dans un endroit abandonné dans la montagne, et leur ont sommé de courir sous menace de lâcher les chiens à leur poursuite. Il explique avoir ainsi traversé la frontière et être arrivé dans un village bosniaque. Il déclare avoir séjourné quelques temps en Bosnie-Herzégovine, toujours en compagnie de ses compatriotes, où ils se sont munis de nouveaux téléphones et d'une carte, et avoir de nouveau réussi à franchir la frontière croate, en passant par la commune d'Hadzin Potok. Il expose avoir marché plusieurs heures avant d'être dénoncé par une dame. Il indique avoir été alors de nouveau interpellé et avoir été conduit, toujours avec ses compatriotes, dans une petite salle d'un commissariat, où d'autres immigrés pakistanais se trouvaient déjà. Il dénonce avoir été obligé de se dévêtir, avoir été insulté, intimidé, ne pas avoir eu accès à de la nourriture et à de l'eau, et avoir été privé de l'assistance d'un interprète. Il ajoute avoir été contraint, alors qu'il le refusait, de déposer ses empreintes. Il expose avoir été enfin relâché, après avoir été mis en possession d'un document lui faisant obligation de quitter le territoire croate. Ces déclarations, précises et circonstanciées, qui font suite aux observations qu'il a faites spontanément le 1er octobre 2023 et qu'il a longuement développées à l'audience, ne sont pas sérieusement contestés par le préfet du Pas-de-Calais et correspondent aux faits constatés par plusieurs rapports d'organisation mentionnés aux débats, dont le rapport du 28 juin 2023 établi par deux organisations suisses, " Solidarité sans frontière " et " Droit de rester " et le rapport du 3 mai 2023 de l'organisation " Human Rights Watch " qui font état, après des investigations réalisées sur place, de la persistance de pratiques de refoulement de migrants à la frontière bosniaque et de violences policières commises à l'encontre de ces personnes. Par suite, dans les circonstances très particulières de l'espèce, le préfet du Pas-de-Calais a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en décidant de transférer M. B vers la Croatie sans faire application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 16 octobre 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a décidé de le transférer aux autorités croates.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'annulation de l'arrêté attaqué implique qu'il soit enjoint au préfet du Pas-de-Calais d'enregistrer la demande d'asile de M. B en procédure normale et de lui délivrer, en conséquence, une attestation de demandeur d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut donc se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Guillaud, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Guillaud de la somme de 900 euros.
DÉCIDE :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté en date du 16 octobre 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a décidé de transférer M. B aux autorités croates est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord d'enregistrer la demande d'asile de M. B en procédure normale et de lui délivrer, en conséquence, une attestation de demande d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera à Me Guillaud, avocate de M. B, une somme de 900 (neuf cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Maeliss Guillaud et au préfet du Pas-de-Calais.
Lu en audience publique le 20 octobre 2023.
La magistrate désignée,
Signé
F. BONHOMMELa greffière,
Signé
N. CARPENTIER
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026