jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2309230 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CLIQUENNOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2023, M. C A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.
M. A soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est reconnu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est illégale, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est illégale, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ; - la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Babski en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Babski, magistrat désigné ;
- les observations de Me Lokamba Omba, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et demande également d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ; il ajoute que, d'une part, le préfet de la Somme a méconnu le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il aurait dû prendre à l'encontre de M. A une décision de transfert aux autorités italiennes, ce dernier étant demandeur d'asile en Italie et, d'autre part, la décision d'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les observations de M. A, qui répond aux questions du tribunal ;
- le préfet de la Somme n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 11 juillet 2000 à Abidjan (Côte d'Ivoire), entré sur le territoire français en 2016 alors qu'il était mineur, selon ses déclarations, a été interpellé, le 19 octobre 2023, par les services de police lors d'un contrôle en gare d'Amiens alors qu'il voyageait sans titre de transport. L'intéressé a alors fait l'objet d'un arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces quatre décisions.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, modifiée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. "
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
4. Par un arrêté du 31 juillet 2023 publié au recueil spécial n°2023-095 du 31 juillet 2023 de la préfecture de la Somme, le préfet de ce département a donné délégation à M. B D, directeur de cabinet, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme, toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du directeur de cabinet du préfet de la Somme, signataire de l'arrêté attaqué, manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ". Le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
6. La décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énonce les considérations de droit et de fait au vu desquelles elle a été prise, notamment les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en précisant que M. A ne justifie pas d'une entrée régulière en France, n'a pas déféré à une mesure d'éloignement, une autorisation de transfert aux autorités italiennes du 17 juillet 2019, et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Cette décision répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, ainsi que par celles de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Il résulte toutefois de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
8. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de police le 19 octobre 2023 à 15 h 40, M. A a été invité à présenter ses observations sur la perspective de son éloignement à destination de son pays d'origine, éventuellement assortie d'un placement en centre de rétention administratif. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Somme aurait méconnu le droit de M. A à être entendu doit être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ".
10. M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que le préfet de la Somme aurait dû prendre à son encontre une décision de transfert aux autorités italiennes, étant demandeur d'asile en Italie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'en l'espèce, le requérant a fait l'objet le 17 juillet 2019 d'une décision de transfert aux autorités italiennes, qui n'a pu être exécutée, l'intéressé reconnaissant d'ailleurs à la barre ne pas être reparti en Italie. Dans ces conditions, l'Italie, qui a été libérée de son obligation de reprendre en charge M. A, ne peut, à la date de l'arrêté attaqué, être regardée comme l'Etat membre responsable de sa demande d'asile en application des dispositions précitées. Dès lors, le préfet de la Somme ne pouvait prendre, en l'espèce, contrairement à ce que soutient M. A une nouvelle décision de transfert aux autorités italiennes. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit, tel que soulevé par le requérant, ne peut qu'être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
12. Si M. A allègue, dans ses écritures, qu'il réside en France de manière continue depuis son entrée en 2016, il ne justifie de sa présence jusqu'à l'année 2019 que par quelques pièces et ne produit aucun justificatif pour les années 2020 à 2023 et alors qu'il n'établit pas être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il est constant qu'il n'a effectué aucune démarche pour faire régulariser sa situation sur le territoire français depuis sa demande de protection internationale le 17 juin 2019 auprès de la préfecture de la Seine-et-Marne. De même, s'il allègue vivre en concubinage depuis un an avec une ressortissante française, qui serait enceinte, il n'en justifie pas par les seules pièces produites, qui viennent même, pour certaines, contredire ses allégations et alors qu'il a déclaré, lors de son audition par les services de police le 19 octobre 2023, vivre, non chez la mère de sa concubine à Créteil mais dans un squat à Aulnay-sous-Bois. Dans ces conditions, M. A ne justifie pas qu'il aurait noué des liens intenses et stables en France et l'intéressé n'établit pas non plus être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il aurait vécu jusqu'à l'âge de quatorze ans alors que, durant son audition par les services de police, il a même indiqué que sa mère habitait en Côte-d'Ivoire. Par ailleurs, M. A ne démontre être intégré ni socialement, étant inscrit sur le fichier du traitement des antécédents judiciaires pour des faits de de violence sur une personne chargée d'une mission de service public et le 8 juin 2018 pour viol, faits dont il ne conteste pas la matérialité et l'imputabilité, ni professionnellement, en l'absence d'insertion professionnelle inscrite dans la durée et la stabilité en France. Dès lors, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Somme n'a porté aucune atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
13. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, laquelle ne fixe pas le pays de destination.
14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français.
En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
15. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision refusant un délai de départ.
16. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Somme lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :
17. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
18. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Somme a fixé son pays de destination.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
20. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit ,pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
21. En l'espèce, la décision par laquelle le préfet du Nord a fait interdiction à M. A de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an fait référence aux articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et atteste de ce que l'ensemble des critères énoncés par ces dispositions a été pris en compte, y compris l'existence de circonstances humanitaires. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
22. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence, de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français.
23. En dernier lieu, pour prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Somme s'est fondé, d'une part, sur l'absence de justification par le requérant de circonstances humanitaires particulières, et, d'autre part sur les circonstances particulières propres au cas d'espèce, sa durée de présence en France, son absence de liens en France, nonobstant une précédente mesure d'éloignement et une menace à l'ordre public. Le requérant, qui ne justifie pas de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à l'édiction de cette interdiction de retour, se prévaut des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale précédemment exposés au point 12 et soutient que ladite interdiction de retour est entachée d'erreur d'appréciation. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A ne justifie pas de la durée de son séjour en France, de l'ancienneté, de l'intensité et de la stabilité des liens privés et familiaux dont il se prévaut sur le territoire national et il est constant que l'intéressé s'y est maintenu irrégulièrement. Par ailleurs, si le préfet de la Somme ne justifie pas en défense, par la seule production du relevé des informations figurant au système de traitement des antécédents judiciaires de ce que la présence en France du requérant représenterait une menace pour l'ordre public à la date de la décision contestée, du fait de l'ancienneté des faits reprochés de violence sur une personne chargée d'une mission de service public et de viol et de l'absence d'indication des condamnations prononcées à ce titre, il n'en demeure pas moins que M. A ne conteste ni la matérialité ni l'imputabilité de ces faits. Enfin, l'autorité préfectorale s'est limitée à édicter une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée d'un an, alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à trois ans. Dans ces conditions, le préfet de la Somme n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en interdisant au requérant de revenir sur le territoire français et en fixant à un an la durée de cette interdiction.
24. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Somme lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
25. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi de 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Lokoma Omba et au préfet de la Somme.
Lu en audience publique le 26 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé,
D. BABSKI
La greffière,
Signé,
O. DEBUISSY
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026