vendredi 10 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2309601 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TRAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2023, M. A C demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 novembre 2023 par lequel le préfet Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à compter de son élargissement de l'établissement pénitentiaire dans lequel il est incarcéré, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord " de lui délivrer une autorisation d'asile et de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la Cour nationale du droit d'asile " ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en ce que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée ;
- les observations de Me Tran, avocate de M. C, qui conclut aux mêmes fins de la requête, précisant toutefois que les conclusions d'injonction doivent être regardées comme tendant au réexamen de la situation de M. C ; elle maintient les moyens exposés dans la requête et soulève, en outre, à l'encontre de la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
* le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et complet de la situation de M. C,
* le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas démontré que le comportement de l'intéressé constituerait une menace à l'ordre public et qu'il est par ailleurs établi que M. C a été en possession pendant plusieurs années d'un titre de séjour en France dont il a demandé le renouvellement,
* le moyen tiré de l'" erreur de droit " en ce que la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français ne pourra pas être exécutée faute de délivrance de laissez-passer consulaire dès lors que l'administration ne démontre pas que les recours formés par l'intéressé sont épuisés,
* le moyen tiré du détournement de procédure, dès lors que le préfet aurait, en prononçant à l'encontre de M. C une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, contourné la procédure d'expulsion qui doit s'appliquer pour les ressortissants présents en France depuis un temps certain,
* le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux liens qui perdurent entre M. C et ses enfants,
Quant à la demande de substitution de base légale formée par le préfet du Nord, elle soutient qu'un recours contre le refus de renouvellement du titre de séjour est toujours pendant et que, dans ces conditions, ce refus n'est pas définitif de sorte que l'autorité préfectorale ne peut légalement faire obligation à M. C de quitter le territoire français sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en cas de substitution des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par les dispositions du 3° du même article, elle soulève en outre le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
A l'encontre de la décision faisant interdiction à M. C de retour sur le territoire français, Me Tran soulève enfin le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les observations de Me El Haik, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête de M. C ; il demande que les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles est fondée l'obligation de quitter le territoire français soient substituées par les dispositions du 3° de ce même article ; il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés ;
- et les observations de M. C, assisté de Mme B, interprète en langue arabe.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 10 juin 1978, demande l'annulation de l'arrêté en date du 2 novembre 2023 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté en date du 20 septembre 2023, publié le jour même au recueil n° 253 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E D, adjointe à la cheffe du bureau de lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de ces décisions doit être écartée.
3. En deuxième lieu, le préfet du Nord, qui n'avait pas à faire figurer l'ensemble des éléments afférents à la situation administrative, personnelle et familiale de M. C, a mentionné les considérations de fait et de droit sur lesquelles il s'est fondé pour prendre les décisions attaquées. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre au requérant de comprendre et de discuter les motifs de cette décision et pour permettre au juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.
4. En dernier lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Dans ces conditions, M. C ne peut utilement soutenir que les décisions attaquées lui auraient été notifiées dans une langue qu'il ne comprend pas. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux et complet de la situation l'intéressé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche pénale de M. C, que ce dernier a été incarcéré le 5 juin 2022 dans le cadre d'une procédure le mettant en cause pour des faits de recel et de vol avec destruction. Il a été condamné pour ces faits le 8 juillet 2022 par le tribunal judiciaire de Lille à la peine de six mois d'emprisonnement. A l'occasion de ce jugement, ont été révoqués le sursis probatoire qui accompagnait une précédente condamnation prononcée le 29 septembre 2020 par le tribunal judiciaire de Lille, confirmée le 9 novembre 2022 par la Cour d'appel de Douai, pour des faits de violences aggravées par deux circonstances, proxénétisme, recel de vol, violence sans incapacité, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint ou concubin, et violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, ainsi que le sursis simple assortissant entièrement la peine de quatre mois d'emprisonnement prononcée le 31 mars 2021 par le tribunal correctionnel de Lille pour des faits de recel de vol. M. C a également été condamné le 10 janvier 2023 par le tribunal correctionnel de Lille à la peine de trois d'emprisonnement pour des faits de menace de mort par une personne étant ou ayant été le conjoint, le concubin ou le partenaire de la victime, une peine complémentaire d'interdiction d'entrer en contact pendant trois ans avec la victime ayant été prononcée. Il ressort en outre des pièces du dossier, et notamment du rapport du 19 septembre 2023 établi par le conseiller d'insertion et de probation à la demande de l'autorité préfectorale que M. C a pu tenir encore récemment des propos menaçants envers son ex-compagne et ses enfants et qu'il a fait l'objet d'un suivi post-peine, comportant diverses obligations et interdiction, notamment celle de paraître aux établissements scolaires de ses enfants et d'entrer en contact avec son ex-épouse. Compte tenu de la nature des faits pour lesquels M. C a été condamné, de leur nombre et de l'absence de remise en cause par l'intéressé de son comportement, qui a justifié que celui-ci fasse l'objet d'un suivi de fin de peine, le préfet du Nord a pu légalement considéré que le comportement de M. C constituait une menace à l'ordre public.
8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que si M. C s'est vu délivrer un titre de séjour en tant que " membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ", la demande qu'il a présentée le 15 février 2021 tendant au renouvellement de son titre de séjour a été refusée, par un arrêté du préfet du Nord en date du 26 avril 2021. S'il est constant que M. C a présenté un recours contre cette décision, lequel est toujours pendant, ce recours n'a pas pour effet de conférer un caractère régulier au séjour de l'intéressé en France. Dans ces conditions, M. C résidant à la date de la décision attaquée depuis plus de trois mois de façon irrégulière en France, et son comportement constituant, ainsi qu'il a été dit au point précédent, une menace à l'ordre public, le préfet du Nord a pu légalement se fonder sur les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lui faire obligation de quitter le territoire français.
9. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, le préfet du Nord pouvait légalement prononcer à l'encontre de M. C une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité préfectorale n'étant nullement tenue de recourir à la procédure d'expulsion prévue à l'article L. 631-3 du même code, le moyen tiré du détournement de procédure doit être écarté.
10. En quatrième lieu, les conditions d'exécution d'une mesure d'éloignement sont sans incidence sur la légalité de cette décision. Par suite, M. C ne peut utilement se prévaloir de ce que les autorités algériennes ne lui délivreront pas de laissez-passer consulaire pour contester la décision par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. C déclare être entré en France en 2001 et s'y être maintenu depuis. Il s'est marié avec une ressortissante roumaine le 3 août 2012 et deux enfants, nés en février 2023 et août 2014, sont issus de cette union. M. C a déposé une première demande de titre de séjour le 25 mars 2013. Il a alors été mis en possession d'un titre de séjour portant la mention " membre de famille d'un citoyen européen " valable du 17 septembre 2013 au 19 septembre 2018, puis d'une carte de séjour " membre de la famille d'un citoyen de l'UE " valable jusqu'en octobre 2020. M. C et son épouse ont divorcé le 13 février 2018. Alors qu'il était incarcéré, le requérant a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour qui a été rejetée par un arrêté du préfet du Nord du 26 avril 2021. Il ressort des termes du jugement du 20 septembre 2020 du tribunal correctionnel de Lille que M. C a été reconnu coupable d'avoir notamment commis le 7 juillet 2019 des violences sans incapacité sur la personne de son ex-épouse, en présence de mineurs. Il a été condamné, en répression de ces faits ainsi qu'en répression d'autres faits de recel de vol, proxénétisme et violences sur sa compagne, à la peine de dix-huit mois d'emprisonnement dont six mois assortis du sursis probatoire dans le cadre duquel il lui a été fait interdiction d'entrer en contact avec son ex-épouse. Ainsi qu'il a été dit au point 7, il ressort du rapport du conseil d'insertion et de probation, que dans le cadre du suivi de fin de peine dont il a fait l'objet en septembre 2023, il lui a de nouveau été fait interdiction d'entrer en contact avec son ex-épouse. Si M. C soutient qu'il continue d'entretenir des relations avec ses enfants en dépit du retrait de son autorité parentale, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations et il ressort au contraire de ses déclarations à l'audience qu'il n'a pas vu ses enfants depuis son incarcération. Il ne justifie pas davantage participer à leur éducation et à leur entretien. M. C ne se prévaut par ailleurs d'aucune insertion particulière dans la société française et il ressort au contraire de pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 7, qu'il a fait l'objet de plusieurs condamnations. Enfin, M. C ne démontre pas qu'il serait dans l'incapacité de se réinsérer en Algérie où vivent encore ses parents. Dans ces conditions, le préfet du Nord, en faisant obligation à M. C de quitter le territoire français, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et famille, eu égard aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En dernier lieu, compte tenu de la situation de M. C telle qu'énoncée au point précédent, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en faisant obligation à l'intéressé de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
15. D'une part, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 7, que M. C a été condamné à plusieurs reprises pour des faits de violences. Il ressort du rapport du conseiller d'insertion et de probation que malgré l'investissement dont M. C a su faire preuve en détention, il a encore pu tenir un discours menaçant à l'encontre de son ex-épouse et de ses enfants. Dans ces conditions, compte tenu de la nature et du nombre de faits pour lesquels il a été condamné, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son comportement ne constituerait pas une menace à l'ordre public.
16. D'autre part, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord, pour refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, s'est fondé sur le 1°, le 5° et le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'audition réalisée le 21 janvier 2022 par les services de police dans le cadre d'une procédure pénale, que l'intéressé, interrogé sur sa situation administrative, a déclaré être sans domicile fixe et n'a pas remis de passeport, expliquant vouloir empêcher la mise en œuvre d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le préfet du Nord pouvait légalement retenir, pour ces seuls motifs, l'existence d'un risque de soustraction de M. C à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet et, par suite, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Sur l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :
17. Si M. C soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :
18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
19. Compte tenu, d'une part, de la durée de séjour de M. C en France, qui, si elle est conséquente, résulte pour une grande partie d'une présence irrégulière, d'autre part, de l'absence de liens privilégiés que l'intéressé entretient en France, notamment avec ses enfants, âgés de 10 ans et 9 ans, sur lesquels il ne détient plus l'autorité parentale et qu'il n'a plus vu depuis a minima son incarcération en juin 2022, et, enfin, de la menace à l'ordre public que représente son comportement, le préfet du Nord n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en fixant à trois ans la durée pendant laquelle M. C a interdiction de retourner sur le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.
20. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
21. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 2 novembre 2023 par lequel le préfet Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles qu'il a présentées au titre des frais d'instance.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Sophie Tran et au préfet du Nord.
Lu en audience publique le 10 novembre 2023.
La magistrate désignée,
Signé,
F. BONHOMMELa greffière
Signé,
O. DEBUISSY
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026