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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2309839

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2309839

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2309839
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE - CRA COQUELLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 novembre 2023 et 13 novembre 2023, M. B C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 novembre 2023 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45euros par jour à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée ;

- les observations de Me Broisin, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle sollicite en outre l'admission de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

- les observations de Me Hacker, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête de M. C au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- et les observations de M. C, assisté de M. A, interprète en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 5 juin 2003, demande l'annulation de l'arrêté en date du 10 novembre 2023 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. /() ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

4. En premier lieu, par un arrêté du 20 septembre 2023, publié le même jour au recueil n° 253 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E D, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

5. En second lieu, les décisions attaquées comportent, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de M. C. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que si M. C indique, dans son audition, être arrivé irrégulièrement en France en 2016 alors qu'il était âgé de 13 ans, ou, en 2015, selon ses déclarations à l'audience, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations. L'intéressé n'allègue ni ne démontre avoir, depuis le temps de sa présence en France, effectué de démarches afin de régulariser sa situation administrative. Il se prévaut de la relation de concubinage qu'il entretient avec une ressortissante française qui est enceinte de trois semaines. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que la réalité de cette relation est avérée, que l'état de grossesse de la compagne de M. C est établi et que ce dernier justifie, par les photographies qu'il produit aux débats, que le couple s'est uni religieusement, cette relation est néanmoins récente, les intéressés ne vivant ensemble que depuis dix mois. Par ailleurs, si M. C indique à l'audience avoir suivi des formations et travailler occasionnellement de façon non déclarée, il ne produit aucun élément attestant d'une quelconque insertion dans la société française. Il ressort au contraire des pièces du dossiers que M. C a été condamné par le tribunal correctionnel de Dunkerque le 8 septembre 2021 pour des faits de vol et tentative de vol dans un local d'habitation ou d'entrepôt commis en juillet 2021 à la peine de huit mois d'emprisonnement ainsi qu'à la peine complémentaire d'interdiction judiciaire du territoire français pour une durée de deux ans, à l'exécution de laquelle il s'est soustrait. Il a par ailleurs été placé en garde à vue, à la suite de la découverte à son domicile, de stupéfiants, de munitions de catégorie B, d'un scooter et d'une voiture déclarés volés, faits pour lesquels il est convoqué devant le tribunal correctionnel de Dunkerque le 11 mars 2024 pour être jugé. Il ressort des pièces du dossier qu'il est également convoqué le 26 mars 2024 devant ce même tribunal pour être jugé sur des faits de vol commis le 13 décembre 2022. Il ressort enfin des pièces du dossier et des déclarations de l'intéressé à l'audience que les membres de la famille de M. C, hormis son frère qui résiderait irrégulièrement en France, vivent encore en Algérie. Dans ces conditions, le préfet du Nord, en faisant obligation à M. C de quitter le territoire français, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 8, le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () /3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

11. Si M. C soutient qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il justifie d'une adresse stable, il est néanmoins dépourvu de document d'identité ou de voyage en cours de validité, n'a pas sollicité la délivrance de titre de séjour et s'est soustrait à l'interdiction judiciaire du territoire national prononcée le 8 septembre 2021. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur d'appréciation en retenant que le risque que M. C se soustraie à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet était établi. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En dernier lieu, compte tenu de la situation de M. C telle qu'énoncée au point 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 8, le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En second lieu, compte tenu de la situation de M. C telle qu'énoncée au point 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

15. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 8, le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

17. Compte tenu des conditions de séjour de M. C en France telles qu'énoncées au point 8, de la circonstance que sa relation de concubinage est récente, qu'il ne démontre pas, au-delà de cette relation, avoir noué en France des liens d'une particulière intensité, de la circonstance qu'il s'est soustrait à la peine complémentaire d'interdiction judiciaire du territoire français pendant une durée de deux ans prononcée à son encontre par le tribunal correctionnel de Dunkerque le 8 septembre 2021, et eu égard à la menace à l'ordre public que présente son comportement, au regard de la condamnation dont il a fait l'objet pour des faits de vol et tentative de vols aggravés et de ce qu'il doit être prochainement jugé notamment pour des faits de recel, des objets volés ayant encore été récemment trouvés à son domicile, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à trois ans la durée d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

18. En dernier lieu, compte tenu de la situation de M. C telle qu'énoncée au point 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 novembre par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

DÉCIDE :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 17 novembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé,

F. BONHOMMELa greffière,

Signé,

N. BELHARRET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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