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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2309917

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2309917

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2309917
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2023, M. A D, représenté par Me Navy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de la convention franco-algérienne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il pouvait se voir délivrer un titre de séjour de plein droit en application des stipulations du 5° de l'article 6 de la convention

franco-algérienne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du

28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Féménia,

- et les observations de Me Guillaud, substituant Me Navy, avocat de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 25 septembre 2000 à Sidi Khaled (Algérie), est entré en France le 25 février 2017 sous couvert de son passeport algérien revêtu d'un visa court séjour de type " C ". Par un arrêté du 30 octobre 2022, M. D a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de revenir sur le territoire pendant une durée d'un an. Par un jugement n°2208288 du 1er février 2023, le tribunal a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet du Nord de réexaminer sa situation. Par arrêté du 15 juin 2023 dont il sollicite l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 14 avril 2023, régulièrement publié au bulletin n°092 du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à M. B E, attaché d'administration de l'Etat, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux, signataire de l'arrêté du 15 juin précité, à l'effet de signer notamment les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté litigieux mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes des stipulations du 5°) de l'article 6 de l'accord

franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". En outre, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France le

25 février 2017 sous couvert d'un visa de type " C ". D'une part, il est constant que l'intéressé réside sur le territoire accompagné de ses parents et de ses quatre frères et sœurs.

Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que ses parents et son frère majeur étaient, à la date de la décision attaquée, en situation régulière. A ce titre, il se borne à se prévaloir, d'une part, eu égard à la situation de sa mère, d'une demande de rendez-vous en préfecture en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour et d'autre part, de la circonstance que son père a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 6 décembre 2022. En outre, s'il soutient que sa sœur peut prétendre à la nationalité française en application des dispositions de l'article 19-3 du code civil et qu'un recours dirigé contre le refus d'enregistrer la demande tendant à la mise en œuvre de ses dispositions a été engagé auprès du tribunal judiciaire de Lille, il n'apporte aucun élément de nature à étayer cette prétention ou à justifier de l'exercice de ce recours.

D'autre part, si M. D a eu un parcours scolaire lui permettant l'obtention d'un brevet d'études professionnelles en 2020, un baccalauréat professionnel en 2021 avec une mention " énergie renouvelable " en 2022, qu'il a validé en mai 2023 sa première année de BTS

" Fluides et énergies domotiques " et qu'il a réalisé dans le cadre de son parcours de multiples stages, que son comportement a été loué par ses professeurs et encadrants dans ce cadre, qu'il s'est investi dans diverses associations de solidarité depuis 2018, qu'il pratique des activités sportives et que de multiples attestations font état de ses qualités humaines, ces circonstances ne sont toutefois pas suffisantes pour lui permettre d'établir avoir nouer des liens privés et familiaux d'une particulière intensité en France. Enfin, M. D n'établit pas qu'il serait isolé et qu'il ne pourrait se réinsérer socialement en cas de retour dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 17 ans et où la cellule familiale pourra se reconstituer dès lors que tous les membres de sa famille disposent de la nationalité algérienne. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en refusant de faire droit à la demande de titre de séjour de

M. D, le préfet du Nord n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis.

Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord

franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

6. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points qui précèdent, qu'en refusant de délivrer à M. D un certificat de résidence, le préfet du Nord n'a entaché sa décision ni d'un défaut d'examen particulier de sa situation, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de laquelle la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5 du jugement, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle la décision octroyant un délai de départ volontaire a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

13. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé de sorte qu'il ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord lui a octroyé un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle la décision fixant le pays de destination a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

16. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé de sorte qu'il ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 juin 2023, par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Navy et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Féménia, présidente-rapporteure,

Mme C, première-conseillère,

Mme G, première-conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

La présidente-rapporteur,

Signé

J. Féménia

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

Signé

F. CLa greffière,

Signé

M. F

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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