mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2309919 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BADAOUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 novembre 2023 et 24 février 2024, Mme B C, représentée par Me Badaoui, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;
3°) à défaut, de lui délivrer une autorisation de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation, et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Badaoui, avocate de Mme C, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision a été prise par une personne incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjours des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants, en violation des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 2 de l'article 7 de la convention relative aux droits des personnes handicapées ;
Sur la décision portant l'obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours :
- la décision a été prise par une personne incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est fondée sur une décision portant refus de titre qui est elle-même illégale ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 2 de l'article 7 de la convention relative aux droits des personnes handicapées ;
- elle méconnait le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjours des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire :
- la décision a été prise par une personne incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision a été prise par une personne incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision a été prise par une personne incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Riou,
- et les observations de Me Badaoui, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, née le 17 mars 1979, de nationalité géorgienne, déclare être entrée en France le 21 août 2017 avec son conjoint et ses deux enfants. Un troisième enfant du couple est né en France en 2018. Le 24 octobre 2022, elle a sollicité l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou en qualité de salariée. Par un arrêté du 1er août 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
3. Si Mme C, ressortissante géorgienne, entrée irrégulièrement en France, selon ses propres déclarations le 21 août 2017, s'est maintenue depuis lors irrégulièrement sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier que son fils aîné, le jeune A, né le 20 juin 2017 et âgé de 16 ans à la date de la décision litigieuse, souffre d'une paralysie cérébrale accompagnée de quadriplégie spastique et dystonie, nécessitant des injections de toxine botulinique et une rééducation appropriée. Il a fait l'objet, par une décision de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH), d'une orientation en institut d'éducation motrice (IEM) pour la période du 8 février 2018 au 7 février 2022, renouvelée au moins jusqu'au 28 juin 2024. A a ainsi bénéficié d'un projet individualisé d'accompagnement, entre le 2 avril 2019 et le 2 avril 2020, tel que prévu par l'article D. 312-10-3 du code de l'action sociale et des familles. Il est également scolarisé à l'institut des jeunes aveugles de D à raison de deux demi-journées par semaine. Il ressort, de manière générale, des observations du coordinateur, au titre du premier projet pour l'année scolaire 2019/2020, que, depuis son arrivée, A est bien intégré à la fois dans l'apprentissage du français et au sein de l'institut. Il fait en outre l'objet d'un suivi par un ergothérapeute et un psychomotricien à l'IEM et d'un kinésithérapeute trois fois par semaine. Par un certificat en date du 12 mars 2024, un médecin généraliste atteste que A nécessite des soins constants et un suivi médical régulier pluridisciplinaire indispensable, à savoir un suivi par un ergothérapeute, un orthophoniste, un médecin rééducateur, un physiothérapeute, un kinésithérapeute et une psychomotricienne. Il ressort de manière générale des pièces du dossier que cette prise en charge complexe et lourde a permis à A de progresser tant dans l'apprentissage scolaire que dans son rapport aux autres et dans son autonomie. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Myriam, deuxième enfant de la requérante, est scolarisée en école primaire puis au collège avec des résultats toujours en constante progression. Le dernier enfant est scolarisé depuis ses 3 ans, soit depuis l'année scolaire 2021/2022. Dans ces conditions, compte tenu notamment de la prise en charge de A en France, l'arrêté contesté a, dans les circonstances de l'espèce, porté atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant, en méconnaissance des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de sa dernière grossesse, Mme C est suivie par le groupement des hôpitaux de l'institut catholique de D pour une embolie pulmonaire et une thrombose veineuse profonde. Ces complications ont entraîné, entre autres, un syndrome post-thrombotique significatif, à savoir une insuffisance veineuse chronique due à la présence d'un caillot sanguin dans les veines, pour lequel elle est suivie depuis l'année 2018 pour le contrôle de ses membres inférieurs. De plus, Mme C et son mari suivent de manière assidue des cours de français avec différentes associations. Il ressort des pièces du dossier que, dans la volonté de s'intégrer socialement voire professionnellement, Mme C participe à des activités de bénévolat de manière régulière. Également, son époux fait état d'une attestation de participation entre le 13 juin et le 13 décembre 2023, ainsi que pour une période prévue du 3 avril au 3 octobre 2024 à des activités d'adaptation à la vie active en vue d'un tremplin vers l'insertion professionnelle et son épouse, quant à elle, fait état d'une promesse d'embauche. Compte tenu de la situation des intéressés et de leurs enfants, Mme C et son époux justifient de considérations humanitaires et de motifs exceptionnelles permettant la délivrance d'un titre de séjour vie privée et familiale. Dès lors, Mme C est fondée à soutenir que la décision du 1er août 2023 lui refusant l'admission exceptionnelle au jour portant la mention " vie privée et familiale " est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 1er août 2023 portant refus de titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions, datées du même jour, portant obligation de quitter le territoire français, accordant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et interdisant le retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", d'une durée d'un an soit délivrée à la requérante sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer ce titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Badaoui, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Badaoui de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 1er août 2023 du préfet du Nord est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", d'une durée d'un an, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Badaoui une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Badaoui renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Badaoui et au préfet du Nord.
Copie pour information sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.
Le président-rapporteur,
signé
J.-M. Riou
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
V. Fougères
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026