mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2310026 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BROISIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2023, Mme D B, représentée par Me Broisin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
2°) d'annuler les décisions du 14 novembre 2023 par lesquelles le préfet du Nord a ordonné son transfert auprès des autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence à Villeneuve d'Ascq, dans l'arrondissement de Lille, pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de transfert attaquée :
- elle est entachée d'un vice de procédure puisque son droit à l'information, résultant des stipulations de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, a été méconnu ;
- elle est également entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas bénéficié d'un entretien individuel confidentiel dans les formes prescrites par l'article 5 du même règlement ;
- rien n'indique que les autorités françaises aient, dans le cadre de la détermination de l'Etat membre responsable de sa demande d'asile, respecté la procédure prévue aux articles 21 et 22 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle souffre d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, la responsabilité de l'Espagne dans l'examen de sa demande d'asile ayant pris fin douze mois après son franchissement irrégulier des frontières de cet Etat ;
- elle contrevient aux dispositions de l'article 22 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, les autorités espagnoles ayant fait par de leur accord définitif rectifié plus de deux mois après leur saisine ;
- elle viole les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, le délai de 6 mois pour l'exécution de son transfert à compter de l'acceptation par les autorités espagnoles ayant expiré le 16 octobre 2023 ;
- et elle méconnaît les stipulations de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
- elle est fondée sur une décision de transfert qui est elle-même irrégulière ;
- sa durée excède le délai de transfert, expiré depuis le 16 octobre 2023 ;
- elle est empreinte d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que, proche du terme de sa grossesse, elle ne peut plus se déplacer pour honorer ses obligations de pointage.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- le règlement UE n° 604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide et à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissant guinéenne née le 5 juin 1999, a déposé une demande d'asile, le 6 avril 2023, auprès des services de la préfecture du Nord. A la suite de l'enregistrement de cette demande, le préfet du Nord a constaté que Mme B avait déjà formulé une telle demande le 16 mai 2022 et avait fait l'objet, le 19 décembre 2022 d'un transfert auprès des autorités espagnoles, lesquelles avaient enregistrées dans la base dactyloscopique de données centrale informatisée du système Eurodac un franchissement irrégulier de ses frontières par Mme B le 21 mars 2022. Et, après l'acceptation, le 4 septembre 2023, par les autorités espagnoles, sollicitées les 7 avril, 14 juin, 3 juillet et 24 août 2023, de la prise en charge de Mme B, le préfet du Nord a décidé, le 14 novembre 2023, de leur remettre l'intéressée pour qu'elles examinent sa demande d'asile. Décision dont, par la présente requête, Mme B sollicite l'annulation.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre, à titre provisoire, Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur ". l'article 22 du même règlement dispose que : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. / () / 7. L'absence de réponse à l'expiration du délai de deux mois mentionné au paragraphe 1 () équivaut à l'acceptation de la requête et entraîne l'obligation de prendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée. () ". Aux termes de l'article 10 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 dans sa rédaction issue du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 et applicable à la décision en litige : " 1. Lorsque, en vertu de l'article 18, paragraphe 7, ou de l'article 20, paragraphe 1, point c), du règlement (CE) n o 343/2003, selon le cas, l'État membre requis est réputé avoir acquiescé à une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge, il incombe à l'État membre requérant d'engager les concertations nécessaires à l'organisation du transfert. 2. Lorsqu'il en est prié par l'État membre requérant, l'État membre responsable est tenu de confirmer, sans tarder et par écrit, qu'il reconnaît sa responsabilité résultant du dépassement du délai de réponse ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 15 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 dans sa rédaction issue du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 et applicable à la décision en litige : " 1. Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre États membres visant à l'application du règlement (UE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement / () 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national visé à l'article 19 est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse ". En outre, aux termes de l'article 19 du même règlement : " 1. Chaque État membre dispose d'un unique point d'accès national identifié. / 2. Les points d'accès nationaux sont responsables du traitement des données entrantes et de la transmission des données sortantes. / 3. Les points d'accès nationaux sont responsables de l'émission d'un accusé de réception pour toute transmission entrante. / 4. Les formulaires dont le modèle figure aux annexes I et III ainsi que les formulaires de demande d'informations figurant aux annexes V, VI, VII, VIII et IX sont transmis entre les points d'accès nationaux dans le format fourni par la Commission. La Commission informe les États membres des normes techniques requises ".
5. Si Mme B soutient que le préfet du Nord ne rapporte pas la preuve que les autorités espagnoles ont été dûment saisies d'une demande de prise en charge, il ressort toutefois des pièces du dossier que les autorités françaises ont saisi les autorités espagnoles d'une demande de prise en charge le 7 avril 2023 à 10h39. Cette demande a été réceptionnée par les autorités espagnoles le même jour à 12h09 ainsi qu'en atteste l'accusé de réception émanant du point d'accès national espagnol du système Dublinet produit par le préfet. Pour autant, Mme B soutient également que l'accord explicite des autorités espagnoles ne pouvait intervenir le 4 septembre 2023, entachant ainsi d'illégalité la décision de transfert attaquée. Or, si, au vu de ses mails des 14 juin, 3 juillet et 24 août 2023, la préfecture du Nord a estimé bénéficier, le 4 septembre 2023, d'un accord explicite " réctifié " de prise en charge de la requérante par les autorités espagnoles, il ressort des pièces du dossier que le premier accord explicite allégué des autorités espagnoles, qui, selon l'administration serait entaché d'une " erreur matérielle ", concerne une reprise en charge, et non une prise en charge, concerne M. A C et non Mme B, mentionne un numéro de référence différent de celui attribué à Mme B et fait état d'une procédure initiée en Allemagne où Mme B n'a jamais mis les pieds. Ainsi, au vu de cette pièce, dont il ne ressort pas qu'elle serait entachée d'une erreur matérielle, l'administration n'alléguant pas même ne pas avoir, le même jour, formulé une demande de reprise en charge de M. C, le préfet du Nord ne saurait se prévaloir d'un accord explicite de prise en charge de Mme B. Et, sur ce point, ses demandes de rectification d'erreur matérielle, qui ont toutes été communiquées après l'expiration, le 7 juin 2023, du délai dont disposait les autorités espagnoles pour statuer sur la demande de prise en charge de Mme B, sont sans incidence. Il suit de là qu'en se fondant, pour ordonner le transfert de Mme B, sur un prétendu accord rectifié du 4 septembre 2023 et non sur l'accord implicite des autorités espagnoles du 7 juin 2023, qu'en application des dispositions précitées de l'article 10 du règlement du 2 juin 2003, il n'était pas tenu de prier les autorités espagnoles de confirmer, le préfet du Nord a commis une erreur de droit.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à soutenir que la décision du 14 novembre 2023, par laquelle le préfet du Nord a ordonné son transfert aux autorités espagnoles, doit être annulée. Par voie de conséquence, il y a lieu d'accueillir ses conclusions à fin d'annulation de la décision du même jour l'ayant assignée à résidence
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Nord de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, à un nouvel examen de la situation de Mme B. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction du prononcé d'une astreinte.
Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :
8. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut donc se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Broisin, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Broisin d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 1 000 euros lui sera versée.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Article 2 : Les décisions du 14 novembre 2023, par lesquelles le préfet du Nord a décidé de transférer Mme B aux autorités espagnoles et de l'assigner à résidence, sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, à un nouvel examen de la situation de Mme B.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Broisin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, ce dernier versera à Me Broisin une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 1 000 euros sera versée à la requérante.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me Broisin et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé,
X. LARUE
La greffière,
Signé,
F. JANET
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2310026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026